•  


    votre commentaire
  •  

    "Dans la vie, il n'y a rien à faire, il n'y a pas de but,..."

     

    "Le problème ce n'est pas la situation, c'est moi dans la situation,..."

     

     

     

    Jean Bouchard d'Orval
    Entretien et dialogues avec Eric Baret

     

    ON NE PEUT ÊTRE LIBRE DEMAIN

    Entretien avec Éric Baret

    Maison Raphaël

    Paris, le 14 mai 1998

     

    Pour moi, une rencontre c'est uniquement pour s'amuser...

     

    Pour moi, une rencontre c'est uniquement pour s'amuser, parce qu'il n'y a rien d'autre que l'amusement. Pour s'amuser, il faut être des enfants, c'est-à-dire être libre de l'histoire, de la prétention à savoir quelque chose, à être quelque chose, ou à devenir quelque chose. Je n'ai aucune réponse ; je ne suis pas une bibliothèque, j'ai très peu lu. La manière de jouer pourrait être d'écouter en soi-même et si un sentiment, une émotion, une pensée surgissent et si on sent le goût de l'exprimer, on peut le faire. Je fais la même chose. Si à ce moment-là quelque chose surgit dans l'écoute, ce quelque chose sera exprimé. Ce n'est pas pour répondre à une question, ce n'est pas pour éclairer une question, c'est uniquement parce que la nature des choses est mouvement, sonorité. Mais pour jouer, il faut être libre de tout savoir ; sinon on ne joue pas, on travaille. C'est trop tard pour travailler.

    Mais si on ne sait pas jouer, peut-être qu'apprendre à jouer est un travail…

    On sait tous jouer. On sait tous jouer, parce qu'il n'y a que ça. Vous ne croyez pas à vos histoires, vous ne croyez pas à votre passé, vous ne croyez pas à votre futur. Quand vous êtes vraiment à l'écoute, vous ne pouvez pas croire vos parents, qui vous ont dit que vous étiez né à telle date, la société qui vous dit que vous allez mourir dans les quarante années qui viennent, votre compte en banque. Si vous écoutez, vous ne pouvez pas croire à ces choses. On peut prétendre croire. On peut prétendre se prendre pour son compte en banque, pour sa vitalité, pour son intelligence, pour sa force. Mais profondément, on ne croit pas à ça. C'est pour cela que tous les soirs, vous abandonnez toutes ces prétentions et vous vous laissez glisser dans le sommeil profond. C'est vraiment la profonde jouissance de la journée. Si vous y croyiez vraiment, vous ne pourriez pas dormir, vous ne pourriez pas mourir chaque soir. Mais souvent, l'histoire d'être quelque chose surgit et c'est merveilleux que ça soit comme ça : elle surgit parce qu'on en a besoin. Quand vous avez peur, quand vous désirez, c'est votre porte sur la liberté, c'est votre porte sur le rien-être. Mais généralement, par mauvaise habitude, je dirais, on repousse ces portes et on se dit : " Je dois me libérer de la peur, je dois me libérer de l'inquiétude. Je dois devenir libre, un sage. Je dois devenir, demain… "

    Ça c'est la grande misère, de vouloir devenir, de vouloir être libre demain, quand je n'aurai plus de peur, quand je ne serai plus comme ceci, comme cela. Ça c'est la souffrance. Mais même cette prétention, vous la quittez également, tous les soirs. À un moment donné, on découvre le mécanisme en soi. C'est très clair : dès que vous prétendez, vous souffrez ! Quand vous ne prétendez rien, il y a une tranquillité. La tranquillité est toujours maintenant, elle ne dépend de rien. Vous n'avez pas besoin de devenir, d'apprendre, d'étudier, de vous purifier : vous avez besoin d'arrêter de prétendre d'être quoi que ce soit. C'est ce que fait un enfant ! L'objet se présente, l'enfant est là. L'objet le quitte, il est sur l'autre objet. À un moment donné, on voit combien l'ajournement est ce qui fait souffrir. Vouloir être libre demain, ça c'est la souffrance. Vouloir se calmer, se transformer. On peut faire du yoga, on peut aller en Inde, en Chine, devenir bouddhiste, devenir… c'est difficile de dormir, tant qu'on veut devenir. Mais tôt ou tard, vous pressentez qu'il n'y a rien à devenir. Quelque chose, ou plutôt rien ne se passe. C'est le devenir qui se passe.

    Donc on ne peut pas chercher à être comme un enfant : ça c'est une attitude d'adulte ! Vouloir comprendre un enfant… il n'y a rien à comprendre ! Il y a uniquement l'écoute, sans avoir la prétention d'être autre chose que ce qu'on entend. Vous écoutez. Votre voisin écrase la tête de sa femme contre votre mur, vous écoutez le bruit de la tête qui se brise, vous écoutez votre réaction, votre indignation - vous trouvez ça très violent - et vous auriez envie de lui écraser la tête contre le mur, parce que la violence c'est inadmissible. Vous vous rendez compte que vous êtes aussi violent que lui et que c'est pour cela que vous ne supportez pas sa violence. Il suffit d'écouter, comme un enfant. C'est gratuit, vous n'avez pas à aller à des séminaires pour l'apprendre. Aucun livre ne peut vous l'apprendre : c'est le voisin, quand il écrase la tête de sa femme, qui vous l'apprend, parce que c'est votre réalité dans le moment. C'est ce que vous devez écouter, parce que c'est cela qui se passe.

    Quand il y a l'anxiété, c'est ça l'objet de méditation. Quand il y a la jalousie, c'est ça l'ishta devata, l'objet de méditation. Vous n'avez pas besoin d'aller en Inde pour cela, c'est toujours avec vous. C'est gratuit. Mais il faut avoir cette attitude d'enfant, d'être libre de but, parce que ça ne vous rapporte rien : vous ne devenez pas libre, vous ne devenez pas sage, vous devenez rien. Il y a uniquement la tranquillité. C'est pas la vôtre, elle n'est pas dans votre poche. Jouer c'est dans l'instant. Demain, la peur surgit de nouveau : vous dites merci, parce que c'est vous-même. Il n'y a que vous-même. Cette peur est de nouveau votre écoute, votre vérité, d'instant en instant. On ne peut pas être libre pour toujours, parce qu'il n'y a que l'instant. On ne peut pas être libre demain, parce qu'il n'y a que l'instant. Et c'est un jeu sans participant. Il n'y a que le jeu, personne ne joue.

    Je n'ai pas de question, mais je voudrais juste vivre plus intensément. Quand vous avez commencé à parler, j'ai senti une tranquillité qui s'installait. Mais vous avez parlé de l'enfance et de l'intuition de l'enfant à plusieurs reprises. Plus ça va et moins je me sens bien quand je vous entends dire ça, parce que l'intuition de l'enfant je ne l'ai pas connue. Je l'ai connue de façon très furtive et c'est maintenant que je la découvre. Parler de l'enfant, pour moi c'est difficile. J'ai l'impression de faire le chemin inverse, de ne pas avoir connu d'enfance insouciante et de découvrir ce qui est inhérent à l'enfant maintenant. Ça me met très mal. Plus je vous entends et plus je sens la colère, parce que les choses ne sont pas arrivées au moment où il le fallait.

    La colère, c'est ce qu'il y a de plus haut en vous, c'est ce qu'il y a d'essentiel. C'est maintenant. Si vous l'écoutez, si vous la sentez, c'est là que vous êtes libre. C'est pas de revenir à l'enfance ; ça c'est un concept. L'enfance c'est maintenant. C'est maintenant, quand vous laissez votre histoire d'avoir eu une enfance. C'est maintenant. Mais si vous essayez d'écarter cette colère, parce que ça vous empêche de quelque chose, ça c'est un ajournement. Sentez ce que vous sentez maintenant. C'est à vous, c'est ce qu'il y a de plus précieux en vous. Comment vous le savez ? Vous le sentez maintenant. Il n'y a rien d'autre. Laissez cela totalement vous remplir. C'est ça la tranquillité. Vous ne pouvez pas vous libérer demain, vous ne pouvez pas vous libérer dans une seconde ; c'est maintenant. Vous n'avez rien à faire. Ne faites rien : vous ressentez. Il n'y a rien d'autre. C'est ça l'enfance : ne la cherchez pas dans le passé, ça c'est une histoire.

    Sentir, ça veut dire aimer, ça veut dire : dire oui. Personne peut le dire ; on ne peut dire que non. Quand vous aimez, quand vous vous aimez, vous aimez tout. Là il ne peut pas y avoir de colère. La colère c'est une vieille histoire, qui veut faire croire qu'il y a eu quelque chose de faux dans votre vie. Et la bonne nouvelle c'est qu'il n'y a jamais rien eu de faux dans votre vie. Votre vie était parfaite. Ce qui s'est passé quand vous étiez jeune, c'était parfait. Car tout est parfait, quand il n'y a pas d'histoire : que les choses devraient être autrement, que Dieu a fait une petite erreur dans votre vie et qu'il vous faut essayer de la corriger, de vous en libérer. Non. Tout ce qui vous est arrivé, c'est ce qui vous amène à être complètement libre dans l'instant. Il n'y a rien à rectifier ; il ne peut plus y avoir de culpabilité, de remords. Tout était parfaitement juste, sauf dans votre histoire que la vie devrait être ceci ou cela. Pas d'histoire. Il s'agit d'être complètement là, il n'y a rien d'autre.

    Ne vous racontez pas non plus d'histoire que vous avez commencé à ressentir une tranquillité quand j'ai commencé à parler. C'est votre histoire : vous avez ressenti une tranquillité parce que vous avez écouté. Vous vous êtes écouté vous-même ; c'est votre tranquillité que vous avez sentie, il n'y en a pas d'autre. Votre tranquillité n'est pas à l'extérieur, c'est la vôtre. Elle ne vient de rien. Alors, c'est une histoire. C'est votre tranquillité. Il n'y a pas de situation qui amène la tranquillité.

    Quand je vous écoute, il y a une part de moi qui a envie de jouer. Ce qui me vient, c'est : à quoi bon écouter, à quoi bon essayer d'être libre, à quoi bon…

    Exactement !

    La suite, c'est que de toute façon je vais mourir. Je me sens derrière ça. De toute façon, à quoi ça sert ?

    Ça vous le pensez, vous ne le sentez pas. Vous ne pouvez pas sentir la mort. La mort c'est une pensée. Quand vous dites " je sens que c'est inutile de faire quoi que ce soit ", vous pouvez le sentir. Ça c'est votre nature profonde : être sans dynamisme. Vous pouvez sentir que c'est inutile de venir ici, parce que c'est votre nature profonde d'aller nulle part. Mais vous ne pouvez pas sentir qu'il y a la mort devant vous. C'est un concept, c'est une histoire. Vous l'avez acheté ce concept, avec celui d'être né, avec celui de votre nom. Vous le fabriquez à chaque instant. Et ça doit être comme ça, c'est parfait comme ça. C'est parce que vous le fabriquez à chaque instant que vous pressentez la tranquillité. Vous n'avez pas à vous libérer de cela pour être tranquille. Il faut laisser cela aux grands yogis.

    Être un enfant, ça veut dire ne pas avoir la prétention d'être quoi que ce soit. Vous sentez en vous l'image de la mort - ça ne peut être qu'une image, on ne peut pas pressentir sa mort - et c'est votre porte sur la tranquillité. Laissez venir ça, vous allez voir ce qui se passe en vous. Ça devient un ressenti : la mort, elle est dans la gorge, dans la poitrine, dans le ventre. Vous l'accueillez et vous allez voir que ça ne peut pas se maintenir. C'est fatigant de penser. Mais quand vous accueillez quelque chose, il ne reste que l'essentiel : c'est l'accueil. Ce que vous accueillez n'a pas d'importance. C'est pour ça qu'en Inde, l'ishta devata peut être Ganesh ou Kali ; ce n'est pas important. C'est la célébration qui est importante, ce qu'on célèbre c'est un prétexte. C'est l'accueil qui compte. Ce qu'on accueille, c'est une décoration. Vous avez la chance d'accueillir le concept de la mort : c'est votre ishta devata, votre objet de méditation. Pas votre objet de concentration, pas de vouloir comprendre, de vouloir ramener à votre niveau l'immensité : ça c'est l'orgueil et il faut laisser cela aux yogis.

    Il n'y a rien à comprendre dans l'essentiel. Vous écoutez, Il n'y a personne qui écoute, il n'y a rien qui est écouté ; il y a écoute. C'est ça la méditation. Le moment où vous voulez chasser cette pensée de la mort, c'est ça l'agitation. Ce qui se présente, c'est exactement ce qui est nécessaire. Comment vous le savez ? Parce que c'est là ! Et parce qu'il n'y a pas eu d'erreur dans la création divine, d'erreur que vous devez rectifier. Ce qui se présente c'est votre cadeau. Alors, vous dites oui. Pas conceptuellement, mais profondément, en ce sens que vous êtes ce oui. C'est votre nature et là il n'y a pas d'histoire. Vous n'avez rien à faire pour ça, sauf voir qu'on est constamment en train de… Si vous faisiez plus de méditation, si vous étudiez les Karikas de Gaudapada, si vous mangiez plus de graines germées… : chacun a ses fantaisies. Mais c'est toujours demain et ça ne marche pas. Ça peut changer la coloration : vous pouvez avoir moins peur des chats, mais la peur est toujours là. Car être quoi que ce soit, c'est avoir peur.

    Il y a quelques temps, j'ai pris conscience que j'aspirais vraiment à passer ma vie à rire et à m'amuser, à traverser l'existence dans la légèreté. N'y a-t-il pas l'envie de la distraction derrière ça ? Je ne sais pas si cette envie-là c'est ce dont vous parlez.

    Si demain vous apprenez que vous avez un cancer terminal, ainsi que vos proches, qu'est-ce qui se passe dans cette envie de légèreté ?

    Elle devient plus forte. Ça devient grave en dedans. C'est les deux. Parce que je dois vous dire que vous parlez de légèreté et je vous trouve d'une gravité terrible. (Rires). Je vous dis qu'il y a quelque chose que j'ai envie de saisir dans ce que vous dites. Je me dis qu'il doit y avoir une coexistence entre gravité et légèreté.

    La gravité c'est une impression. Quand vous allez à un concert, parfois les musiciens semblent graves, mais ils ne sont pas comme ça. Quand vous allez voir des compétitions d'art martiaux, celui qui donne le coup de pied ou le coup de coude peut parfois pousser un cri, faire une grimace, mais il n'est pas comme ça. Le corps s'exprime de différentes manières. À un moment donné, vous n'avez plus d'histoire sur ces codifications. Il y a de multiples manières de sourire. Il y a de multiples manières de pleurer. Si votre légèreté devient grave, dans quelque situation que ce soit, c'est qu'elle n'est pas sérieuse. C'était une légèreté psychologique. La légèreté, si on veut employer ce mot, c'est ce pressentiment que ce qui se présente dans l'instant est tout ce qui peut à jamais y avoir. C'est un ressenti non conceptuel. Il ne pourra jamais y avoir autre chose et il n'y a jamais eu autre chose. Mais si l'événement vous rend grave, c'est que cette légèreté est psychologique, donc qui dépend des circonstances, que vous allez pouvoir développer par le yoga ou d'autres techniques - en devenant soufi - mais qui dépend d'une activité.

    Un jour, vous allez voir profondément que tout ce que vous devez faire, ça va vous fatiguer. Vous allez être trop fatiguée pour faire quoi que ce soit, y compris pour être légère, y compris pour être triste. Vous allez voir que tout ça c'est une activité qui vient uniquement quand vous prétendez avoir une histoire, avoir un passé et avoir un futur. On peut voir tout ça comme étant un concept. C'est une maturation qui ne dépend pas d'un quelconque faire et qui ne dépend pas du temps. Alors le mot maturation est faux. Évitez de vouloir le comprendre, parce qu'on ne peut le comprendre que dans le temps et c'est faux ; la maturation est dans l'instant. Vous êtes condamnée à cette maturation. Le seul ajournement possible, c'est d'essayer d'être mûr, par la pensée, par l'action ou par l'émotion. Ça c'est un sac sans fond. Vous allez être plus sage tous les jours, plus libre tous les jours : c'est une misère constante. Vous ajournez constamment l'essentiel.

    À un moment donné, vous ne cherchez plus à être moins ceci et plus cela, à être sans peur, à être sans désir : vous ne cherchez rien. On peut appeler cela une forme de respect, un respect pour la réalité, pour ce qui est là dans l'instant. C'est le respect pour l'essentiel. L'essentiel ce n'est pas quelque chose qui est caché derrière l'apparence - ça ce sont de belles histoires indiennes - l'essentiel c'est ce qui est là, c'est ce que vous sentez dans l'instant. Il n'y a rien d'autre que ça. Là il n'y a rien à comprendre, il n'y a tout simplement rien. C'est ça qui se reflète comme légèreté qui apparemment surgit quand les situations conviennent à votre idéologie et qui apparemment s'élimine quand les situations ne correspondent pas à votre plan pour l'humanité. À un moment donné, vous arrêtez de vous prendre pour Dieu et de vouloir régler les problèmes de l'humanité - ou le vôtre, parce que c'est le même. C'est une histoire dans les deux cas.

    Pratiquement, vous pouvez vous offrir des moments dans la journée, à un feu rouge, pour quelques instants - ce n'est pas un problème de temps, il n'y a pas de temps là - où vous arrêtez de prétendre d'être une femme, un homme, un chien, un dromadaire, d'avoir des parents, des enfants, un travail, une intelligence, une compréhension et vous vous donnez à ce qui est là. Ça peut être un genou, un vacarme, une odeur, ce qui est là dans l'instant, sans rien vouloir en tirer. Ça c'est l'essentiel, c'est la beauté. Je dirais que cette disponibilité va s'étaler dans votre vie, jusqu'au moment où vous voulez ce qui est là, parce que ce qui est là, c'est ce qui doit être là. C'est vous-même, il n'y a rien d'autre. Que ce soit soi-disant vous, soi-disant les autres, ce n'est que vous même. C'est la totalité. Là, la légèreté est véritable ; mais elle ne peut pas être grave. L'expression de cette légèreté peut être terrifiante si nécessaire. Mais c'est une légèreté. Quand le chat crève la gorge de la souris, c'est la même légèreté, si on le regarde sans histoire. Mais si vous avez une histoire, alors, selon que vous preniez pour le chat ou pour la souris, c'est une chose dramatique ou merveilleuse. Mais ce n'est absolument rien, si on n'a pas une idéologie à savoir comment le monde doit être, si on n'a pas la vanité de vouloir améliorer la création.

    Ça n'empêche pas de bouger ! Parfois vous allez assister avec émerveillement au spectacle du chat qui torture la souris, parfois vous allez donner un petit coup sur le nez du chat. L'un n'est pas mieux que l'autre. Vous ne décidez pas : ce n'est pas un méchant chat, ce n'est pas une gentille souris. La souris, si quelqu'un ne lui crève pas la gorge, va manger quelqu'un d'autre. La nature de la vie c'est l'action. Le corps bouge, le corps contemple, le corps tape sur un museau de chat : c'est la même chose. Vous n'avez pas d'histoire que vous savez mieux que Dieu ce qui doit être. Comment vous savez que vous devez taper sur le nez du chat ? Vous tapez sur le nez du chat. Comment vous savez que vous devez assister à la mise à mort de la souris ? Vous assistez à la mise à mort. Il n'y a pas de mieux ou de moins bien, sauf si on vit de manière idéologique. Dans ce cas, dix ans après, vous allez encore penser à cette pauvre souris massacrée par le chat. Tout ce qui est moins qu'une liberté, c'est une prétention, c'est fatigant. Tout ce qui dépend de quelque chose, c'est une prétention. Il n'y a pas de cause à effet, sauf dans notre histoire. Il n'y a rien à penser là-dedans, la pensée ne peut pas comprendre. Vous l'écoutez, vous l'oubliez. Il va rester une légèreté.

    Vous n'avez pas de place dans la liberté. Il faut vraiment le comprendre : on ne peut pas devenir libre. Il faut laisser ça à l'Inde traditionnelle. L'Inde est un pays de symboles, d'analogies. Ce qui est formulé en Inde dans les textes, dans l'Islam ou ailleurs, ce sont des portes : ça parle de ce qui est derrière la porte. On ne peut pas parler de ce qui est derrière la porte, alors on crée des goûts, des sons, des proportions qui pointent vers ça : un temple, une proportion musicale, un mouvement de danse. Ça pointe vers ce qu'on ne peut pas penser, comprendre, ressentir. Vouloir être libre, c'est la prison. La liberté n'a pas de place pour quelqu'un de libre. On ne peut pas devenir libre : c'est très important, sur un certain plan, de comprendre cela. Sinon, il y a toujours une tension, toujours un dynamisme vers la liberté, toujours une insatisfaction. C'est une forme d'affront à la divinité de penser qu'il y a une quelconque autonomie.

               

     

    Vous n'avez pas d'autonomie

     

    Selon ce que vous avez mangé, ce que vous avez lu, ce que vous croyez, vous répondez d'une manière ou d'une autre. Mais la vie n'est que ça. Vous n'avez aucune liberté dans ce que vous pensez : c'est ce que vous avez lu, entendu, approuvé. Et vous dites " je pense ça ". Vous n'avez aucune liberté dans ce que vous ressentez. Si on voit votre passé, on voit pourquoi vous vous sentez comme ça. Alors s'imaginer qu'un organisme qui n'est que conditionnements peut être libre, c'est une forme de stupidité. Mais à un moment donné, on s'émerveille de cette stupidité, parce qu'elle est notre porte sur la liberté, quand on accepte totalement, quand on se rend compte de notre totale incompétence à pouvoir être libre. Car tout ce qu'on va faire pour être libre, c'est le passé, c'est la mémoire. On peut uniquement trouver le passé, ce qu'on connaît déjà. Si vous pensez sur la liberté, ce sont vos vieux mécanismes, vous ne pouvez que trouver le passé. Quand vous vous rendez compte que ce que vous cherchez vous ne pouvez jamais le trouver, parce que vous allez constamment le projeter, vous réalisez que ce que vous avez toujours cherché devant vous c'est derrière vous et que ça, vous ne le cherchez pas ; c'est ça qui vous cherche, quand vous arrêtez d'avoir la prétention de vouloir le trouver.

     

    C'est que Eckhart appelle l'humilité

     

    Mais il n'y a pas personne d'humble dans l'humilité. Ça, il faut le comprendre et ensuite il faut oublier qu'on a compris. Se rendre compte combien dans la journée on essaie de se changer, alors que tous nos antagonismes, toutes les peurs, toutes les restrictions en nous, c'est exactement ce dont on a besoin pour découvrir cette liberté. Mais constamment on dit non : " J'ai peur, je voudrais être sans peur. Alors je vais travailler pour être sans peur et peut-être à ce moment-là je vais devenir libre. Je suis jaloux, je dois me libérer de la jalousie pour être libre. Je suis coléreux, je suis ceci, ceci, ceci… " C'est la même chose, c'est une prétention. Non. Vous êtes jaloux, vous êtes peureux, vous êtes agité : c'est la merveille de la vie. Quand vous l'accueillez complètement, que vous vous émerveillez de votre totale stupidité, de votre totale incapacité à comprendre le neuf - parce que vous ne pouvez que comprendre votre mémoire - là il y a une tranquillité qui s'installe. Ça, je dirais c'est un moment de repos ; il faut se laisser inviter, constamment. À un moment donné, il n'y a plus aucune tendance en vous de vous trouver dans quelque chose : de vous trouver dans votre famille, vos enfants, votre travail, votre corps, dans ce que vous faites, ou dans la fantaisie d'être libre. Vous cherchez d'abord dans l'école de danse et puis dans le mari, puis dans les enfants, puis dans la méditation. Mais vous vous cherchez toujours ! À un moment donné, vous ne vous cherchez plus. Ça vous cherche… Vous devenez disponible.

    Ce qui s'approche le plus de cette orientation, c'est l'art. Quand vous apprenez à écouter la musique indienne, à regarder la danse, à contempler l'architecture, je dirais que organiquement vous êtes ramené à ce non-dynamisme. Ça c'est ce qu'on appelle en Orient la voie directe. ce n'est pas une voie et personne ne l'a jamais suivie. Il n'y a surtout personne qui soit jamais arrivé au bout ! C'est pour cela qu'on l'appelle la voie directe.

    Ça ne remet pas en question quoi que ce soit. Vous pouvez organiquement faire une thérapie, faire du yoga, devenir bouddhiste, vous marier, avoir des enfants, méditer, aller en Inde. Mais à un moment donné, vous ne le faites plus pour quelque chose. Vous faites de la musique parce que vous êtes musicien, pas pour vous trouver dans la musique. La vie c'est l'activité, mais vouloir vous trouver dans l'activité, ça vous empêche d'avoir une activité organique. Si vous voulez vous trouver dans la danse, vous n'êtes jamais un bon danseur. Si vous voulez vous trouver dans la famille, vous n'êtes jamais une bonne mère de famille. Si vous voulez vous trouver dans la méditation, il n'y aura jamais de méditation. La méditation vous trouve, la famille vous trouve, la danse vous trouve, la vie vous trouve. Ça c'est autre chose ; vous suivez. Il y a résonance en vous. Vous ne le faites pas pour ceci ; vous le faites parce que vous le faites. Parce que la raison est humaine et vouloir comprendre quelque chose de ce qui est au-delà de ce qui est humain, c'est un manque de compréhension. Il n'y a rien qu'on puisse comprendre : on ne peut comprendre le soleil, la lune, la vie, la mort, une fourmi, on ne peut rien comprendre ! On peut uniquement ramener à sa mémoire ce quelque chose qui est la totalité. Alors vous respectez ce que vous ne pouvez jamais comprendre. Vous allez voir que c'est vous-même, parce qu'il n'y a rien qui soit à l'extérieur. Tout ce que vous rencontrez dans la vie, c'est pas autre chose que vous et c'est exactement ce dont vous avez besoin pour vous rendre compte de ça. Alors il n'y a plus de voies spirituelles. Il n'y a qu'une voie spirituelle et vous ne pouvez pas être là en même temps : tant que vous suivez une démarche spirituelle, il n'y a pas de démarche spirituelle : vous la suivez pour vous trouver. Une voie spirituelle n'a pas de place pour un quelqu'un, pour une personne. Dans un moment de tranquillité, où vous ne voulez rien, vous ne savez rien, vous ne prétendez rien, il y a une voie spirituelle. Peut-être irez-vous au Kailash, peut-être irez-vous à la Mecque, mais vous irez pour remercier, pas pour trouver quelque chose. c'est là que l'art se présente. L'artiste joue pour célébrer, pas pour se trouver. Sinon, ce n'est pas un véritable artiste. Alors la démarche spirituelle, du point de vue de l'Orient, c'est un remerciement : c'est remercier du pressentiment d'être. Ce n'est pas un moyen pour se trouver, car ça c'est une caricature. Alors votre vie, votre pensée, votre activité, expriment votre conviction qu'il n'y a rien à trouver dans la vie, qu'il n'y a pas de but à la vie, que chaque instant est sa propre beauté. C'est ça la voie spirituelle. C'est de dire merci : pas à quelqu'un, pas à quelque chose, mais merci à soi-même, parce qu'il n'y a rien d'autre dans tout ce que vous voyez.

     

    Vous ne devez pas écouter

    C'est vous qui êtes ce qui est écouté.

    Il y a écoute. Vous n'écoutez pas. Si vous écoutez, il n'y a pas écoute, il y a agitation.

    Si vous méditez, il n'y a pas de méditation ; il y a un méditant. Personne n'écoute.

    Un bruit, une sensation : ça jaillit, ça disparaît. Vous apparaissez, vous disparaissez. Vous n'écoutez jamais, vous ne méditez jamais.

    C'est ça l'écoute. C'est ça qui est là, maintenant. Le reste, ça s'en va.

     

    Quand on est un en votre présence, cette écoute résonne. Qu'est-ce qui peut faire, une fois qu'on est en un autre lieu, dans une autre situation, que ça se maintienne ?

    Quand vous êtes là en votre présence, cette écoute résonne.

     

    C'est un processus, c'est une conscience qui est ma réalité ?

    Il n'y a rien d'autre. Sauf dans votre histoire que la réalité devrait être comme un éléphant rose. Il n'y a rien d'autre ! Il n'y a que résonance. Vous l'attribuez à ceci, à cela, mais c'est vous qui vivez la résonance. Il n'y a rien d'autre. Vous vous écoutez maintenant, vous sentez la résonance. Ça c'est vous-même, vous l'avez toujours là. C'est quand vous arrêtez de prétendre qu'elle dépend de quoi que ce soit, y compris de vous-même. C'est sur un fil de rasoir. Un millième de millimètre en avant et c'est parti. Mais c'est toujours là… sauf quand vous voulez l'attraper. Parce que là vous vous êtes quitté, vous avez quitté votre intégrité.

     

    - Mais toute personne qui a un plaisir, un bonheur quelconque, a envie de le retenir…

    - Il faut rester avec vous, il n'y a que vous.

    Vous sentez cette avidité, c'est merveilleux ! C'est votre ishta devata, c'est votre porte sur la tranquillité. Cette avidité, ce n'est pas une erreur à rectifier, qui vous empêche. Non ! C'est ça, c'est ici, il n'y a que ça ! Ouvrez-vous à cette avidité, c'est votre cadeau. Mais vous le refusez, parce que vous dites : " je suis avide, ça m'empêche ". Vous êtes avide : c'est ça qui vous amène ici, c'est ça votre porte de sortie. Il faut l'aimer, c'est vous-même. Qu'est-ce qui se passe quand vous aimez cette avidité ?

     

    On ne peut être clair que maintenant

    Alors, constamment on dit non. Je ne devrais pas être avide, parce que la spiritualité, la sagesse, c'est de ne pas être avide. On passe sa vie à refuser ce qui nous amène sur l'essentiel, parce qu'on a l'idéologie que la sagesse, elle est là-bas. Non, elle est maintenant : c'est l'avidité. Vous le ressentez, vous êtes ça. Il n'y a pas de but là-dedans ; le fait d'être est son propre but, sa propre joie.

    Ça ne vous apporte rien. Vous ne devenez pas riche pour ça, vous ne devenez pas sage pour ça ; vous ne devenez rien. Il n'y a rien d'autre, sinon c'est une histoire. Et c'est dans l'instant, c'est que dans l'instant. Ce n'est pas dans l'histoire de devenir clair et de rester clair jusqu'à la fin de sa vie : ça c'est une histoire.

    On ne peut être clair que maintenant.

    Demain, la peur surgit, c'est merveilleux !

    La peur, c'est l'essentiel. Il n'y a que ça. On est constamment en train de dire : " non ! c'est pas ça ! " Un jour vous travaillez plus et puis un jour vous… non, ce n'est pas ça. C'est une histoire.

     

    Mais en même temps c'est ce qui vous amène. Comment savez-vous que vous êtes avide ? Vous êtes avide ! C'est la réalité, c'est la tranquillité. Il n'y a rien à faire. Tout ce que vous pouvez faire, c'est à côté. Il n'y a rien à penser, il n'y a pas de technique. Vous ne pouvez pas le faire demain. Vous n'êtes que ça.

     

    - La pensée n'a presque pas de rôle, dans une (…)

    - La pensée intentionnelle. Mais il n'y a que la pensée. Il n'y a rien d'autre.

    - S'il n'y a pas d'histoire, où est la pensée ?

    - C'est encore un dynamisme, même l'absence d'histoire. C'est une double absence : l'absence de l'absence. L'absence d'histoire, pour moi c'est un peu comme le samadhi : il y l'absence d'objet, mais il y a encore l'écho d'une histoire. L'absence de l'absence, c'est ouvert à l'absence de l'histoire et à la présence de l'histoire. Même quand l'histoire est présente, il n'y a pas d'histoire. Parce qu'il n'y a jamais eu d'histoire. C'est nous qui le qualifions d'histoire, c'est nous qui le qualifions de faux, c'est nous qui le qualifions d'illusion, c'est nous qui le qualifions d'avidité. Alors qu'il n'y a que l'essentiel, c'est nous qui le nommons Dieu ou qui l'appelons le diable. Mais pour s'ouvrir à ce pressentiment, la pensée n'a pas de place, sauf quand elle est là. Quand elle est là, c'est ça la porte. C'est-à-dire tout le temps. Elle a pas de place comme moyen, mais elle n'est que résonance.

     

    Il n'y a que pensée

    La chaise, c'est une pensée, bien sûr. Ce que vous appelez tabouret, ou arbre, c'est une pensée, bien sûr. Quand vous ne le pensez pas, ce n'est pas là. Je pense que pédagogiquement la sensation - qui est une pensée aussi, qui est toujours en termes d'essence - est beaucoup plus… - c'est très dangereux de dire ça, mais si on le dit très vite… - elle est beaucoup plus proche de l'essentiel que la pensée. S'il y a des gens intelligents dans la salle, bien sûr, ils peuvent détruire cela très facilement. Mais sur un certain plan c'est vrai. Le ressenti de la peur, dans le ventre, est plus proche de l'essentiel que la pensée de la peur. Sur un autre plan, c'est deux pensées. Nous pouvons déceler en nous le mécanisme de la pensée. C'est de vouloir s'en sortir : dès qu'un événement ne correspond pas à notre plan du monde, on pense. Il faut s'en rendre compte. On en peut pas penser et écouter à la fois. Quand on écoute, il n'y a pas de pensée. Il peut y avoir une pensée, mais ce n'est plus une pensée séparée. C'est un écho, une résonance. Quand on ajourne, il n'y a que pensée : " Je devrai, demain. J'aurais dû. Si la situation était différente. Si j'étais différent. " Et ça passe. Vous devenez trop fainéant pour prétendre avoir un quelconque avenir là-dedans, pour vouloir vous trouver dans quelque chose, dans vous-même.

     

    J'ai exactement les mêmes peurs que vous !

     

    - Et comment vous les vivez ?

    - Exactement comme vous !

    - Très bien !

     

    Il y a un ressenti. Être sans peur, c'est une histoire. C'est un sage qui est sans peur. Quelqu'un qui est devenu sage et qui est condamné à le rester. Mais si vous ne devenez rien, si vous arrêtez d'avoir la prétention de devenir quoi que ce soit, quelle pourrait être le problème de la peur ? Si vous n'avez pas d'histoire, vous devez être sans peur… Mais dans le seul instant où vous vous libérez de la prétention de devoir être sans peur, comment vivez-vous la peur ? On doit vivre la peur sans peur. On doit vivre la tristesse sans tristesse. On doit vivre l'agitation sans agitation.

     

    Mais quand vous dites vivre la peur sans peur, vivre la tristesse sans tristesse, ce que nous entendons, c'est que c'est possible de traverser ça dans une relative base de confiance. Il faut d'abord qu'il y ait un terrain solide pour pouvoir traverser ça. S'il n'y a pas de terrain solide, il n'y a pas de traversée possible.

     

    Si vous avez une histoire de devenir, oui ! Mais à un moment donné, vous ne vous situez pas dans une histoire de devenir sans peur. Alors il n'y a plus de terrain possible. Votre terrain, c'est votre liberté du terrain. Votre peur, c'est votre liberté de la peur. La peur est uniquement là pour que vous vous sentiez sans peur. Mais c'est uniquement possible quand vous dites merci. La peur est uniquement là pour que vous vous sentiez sans peur. Vous sentez la peur : c'est votre cadeau. Vous dites merci. C'est pas un hasard, ce n'est pas une erreur, une erreur divine… Non, c'est votre cadeau. Quand vous n'avez pas l'arrogance d'être sans peur, quand la peur s'immisce totalement en vous, sans la moindre résistance, vous sentez la peur sans peur. Et c'est dans l'instant !

     

    Qu'est-ce qui peut faire qu'on s'ouvre à la peur, sans la moindre… [inaudible]…, sans la peur de mourir ? Qu'est-ce qui va faire qu'on va dire : " Oui, j'ai peur de mourir et je vais me laisser aller complètement dans cette peur, jusqu'à ce que j'en meure, si ça doit se produire ?

     

    La même chose qui va faire que vous allez commander deux œufs au restaurant tout à l'heure.

     

    Ça me fait moins peur !

     

    Il n'y a rien de séparé dans la vie, rien qui pourrait avoir une autonomie, une activité, qui pourrait arriver à quelque chose. Vous seriez le seul être indépendant du cosmos, le seul qui pourrait décider quelque chose, de faire ou de pas faire, pour être ouvert à la peur. Parce qu'il n'y a qu'un. Vous pouvez prétendre faire, vous pouvez prétendre ne pas faire, mais vous n'avez jamais rien fait et vous ne ferez jamais rien. Il y a une légèreté quand on comprend ça. Vous ne portez plus sur vos épaules vos capacités. Il n'y a pas de devenir ! Vous sentez la peur, vous dites merci. C'est tout ! Quand vous dites merci, de quoi pourriez-vous avoir peur ?

     

    Il faudrait que ce merci me vienne ! Si vraiment j'ai peur, c'est la peur qui va m'emporter et qui va m'effrayer. Ce merci, je vais être obligé de le plaquer, ça va pas être quelque chose de naturel.

     

    C'est parce que vous amenez les choses dans une histoire d'un devenir. Le merci, vous ne pouvez pas le dire tout à l'heure, c'est maintenant à tout jamais. N'essayez pas de le trouver dans ce qui va arriver demain ! Ça c'est pas possible.

     

    Vous voulez dire par là que quand je parle et j'argumente…

     

    Non, avant ça. Vous êtes dans ce merci, mais vous avez l'histoire que vous n'y êtes pas. C'est que vous allez essayer d'y être demain. C'est de ça dont il faut se rendre compte.

     

    Donc, peut-être que cette histoire m'habite d'une façon très insidieuse…

     

    Ce n'est pas vous ; c'est moi, c'est tout le monde. Il n'y a pas de différence.

     

    Oui, d'accord. Oui, oui, d'accord. Mais [rires] pour la plupart des gens ici dans cette pièce, cette histoire qui les habite, elle les habite de façon suffisamment insidieuse pour que, s'ils ont peur, ça ne leur vienne pas naturellement de dire merci.

     

    Vous allez voir que ça c'est une histoire. C'est une histoire dont vous vous servez pour ne pas dire merci maintenant, pour vous maintenir en vie. Un jour vous allez voir que toutes les histoires dont vous vous servez pour justifier de ne pas dire merci, c'était ce qui était nécessaire pour dire merci aussi. Mais dans le moment, toute justification (quand, comment, pourquoi), c'est une fuite. C'est la peur. Vous donnez du L.S.D. à quelqu'un qui vit dans la peur, il va vouloir savoir où il est, qui il est, où il va, ce qui se passe. Vous donnez du L.S.D. à quelqu'un de tranquille, il y a émerveillement. Parce qu'il ne se cherche pas dans ce qu'il voit, dans ce qu'il ressent maintenant.

     

    - C'est un abandon total.

    - Même pas ! C'est déjà une histoire. Parce que c'est encore quelque chose qui pourrait se faire. Il faut vivre ça finalement, de plus en plus, avec cette compréhension que c'est derrière et qu'on ne peut que regarder devant, on ne peut faire que devant. Tout est juste. Mais rien n'est ça ; et tout est ça aussi.

     

    - Chez vous c'est juste, mais chez moi c'est une histoire.

    - C'est ça l'histoire ! Il y a l'histoire que quelqu'un peut être sans histoire, un grand sage…

    …une personne assise sur une chaise devant moi…

    …ou sur une montagne, ou dans une grotte, ou vous-même demain. À chaque instant on essaie de penser l'impensable. Il faut se rendre compte que c'est inévitable, qu'on ne peut pas fonctionner autrement que ça. On ne peut pas éviter aussi de se rendre compte, à un moment donné, que c'est impossible. Quand on voit que c'est impossible, là il n'y a plus d'histoire. C'est pour cela qu'on l'appelle la voie négative. On ne peut jamais pointer. On ne peut pointer que vers ce qu'on n'est pas. Et il n'y a rien qu'on n'est pas. Ce qui se présente, c'est ça. Alors c'est pas la peine de se libérer, de se séparer. Tout ce que vous rencontrez, c'est ça, sauf dans votre histoire que ça devrait ressembler à quelque chose d'autre. Mais on le sent, quand on commence à avoir certains moments où on ne se cherche plus. Ce n'est que quelques instants d'abord : vous n'êtes pas en train de faire quelque chose pour quelque chose. Vous vous mariez, vous divorcez. Vous devenez un dictateur. Vous ouvrez un pressing. Mais vous ne vous cherchez pas là-dedans. Qu'est-ce que c'est l'essentiel ! Ça ne peut pas être autre chose, sauf dans l'histoire que les pressings c'est des pressings. Il n'y a jamais eu de pressing. Il n'y a que l'essentiel, si on ne crée pas une histoire, si on ne sépare pas. Il faut se rendre compte soi-même qu'on est toujours en train de séparer : le haut et le bas, oui et non…

    … vous et moi.

     

     

               

     

    On ne peut pas faire autrement !

     

    On aime ça, c'est soi-même. Quelque chose se passe. Ce n'est pas un acquis, ce n'est pas à vous. Une réaction surgit de nouveau et c'est également ça. Vous ne pouvez rien avoir dans la poche. Il n'y a rien à vendre. Ça s'appelle regarder, écouter, sentir, penser, quoi que ce soit, sauf dans notre histoire où il y a ceci et cela. On se rend compte du mécanisme, on aime ce mécanisme, parce que c'est nous-mêmes et c'est notre porte de sortie. On se rend compte de sa prétention à dire : " non, ça doit pas être comme ça, je devrais être comme ça. " Je devrais être sans peur. " Je " ne peut pas être sans peur ! Une personne n'est que la peur. On sent la peur, mais personne n'a peur. Il y a vibration, dilatation, chaleur, opacité, souplesse, élasticité, coloration, devant, en haut, derrière. Personne n'a peur ; il y a un ressenti. Vous sentez la peur, vous sentez la joie, vous sentez la tristesse, vous sentez l'agitation. Vous n'êtes pas l'agitation ; vous la sentez. Vous n'êtes pas la peur ; vous la sentez. Vous n'êtes pas votre genoux ; vous le sentez. Vous n'êtes pas votre voiture, votre compte en banque, votre peur non plus. Vous n'avez pas besoin de donner votre argent pour être libre de l'argent. Vous devez vous rendre compte qu'il n'est pas à vous. Il n'y a rien dont on doive se débarrasser, surtout pas du corps ; c'est lui qui se débarrasse, au bon moment. Alors, ce qui est là, c'est l'essentiel. Ça se présente sous la forme du compte en banque, du divorce, du cancer, d'une naissance, d'une mort et de la compréhension d'une agitation. Mais vous n'avez plus la prétention de savoir ce qui devrait être là. Ce qui est là, c'est ce qui est là : c'est vous-même. Il n'y a pas d'espace pour bouger, il n'y a que mouvement. Ça, vous le voyez dans l'art : dans un grand danseur de Kata Kali, dans un musicien, dans une architecture, dans un poème, dans un enfant, dans un mourant, quand il n'y a pas d'histoire que les mourants ne devraient pas mourir, ou autre chose. C'est une résonance, ça ne se pense pas. Je ne le sait pas plus que vous, je le ressens exactement comme vous. Ce n'est pas à vous, ce n'est pas à moi. Il n'y a personne qui puisse le comprendre, le vivre. C'est ce qui fait que vous aimez la perception, que vous aimez un chat, que vous aimez un arbre : c'est parce que ce chat, cet arbre, c'est également cela. Vous vous aimez vous-même, dans ce qui se présente, pas dans ce qui devrait se présenter.

     

    Qu'est-ce qui peut faire qu'on ne perd pas le fil qui nous relie à l'essentiel ?

     

    C'est une histoire. Vous cherchez demain plus de réaction, de dynamisme. Si vous étiez un sage, ça serait inacceptable de perdre la sagesse. Si vous étiez libre, ça serait inacceptable d'avoir une peur. Mais si vous n'avez pas d'histoire, il n'y a pas de demain : vous n'avez rien à garder, à défendre, à protéger. Vous n'avez pas une sagesse qui a peur de la peur, une sagesse qui a peur de l'histoire. Il n'y a rien, …surtout pas de sage. Ça il faut vraiment le comprendre, sinon ça va être demain. Je l'entends comme ça, ce n'est pas une vérité ; c'est à vous de voir comment ça résonne. C'est cette résonance qu'on a en unité. Ça ne peut pas aller de l'un à l'autre, car il n'y a qu'une résonance. Tout ce que vous sentez, c'est à vous : c'est toujours votre résonance, il n'y en n'a pas d'autre. Sauf dans une histoire. Mais il faut oublier cela, sinon c'est en train de devenir une belle histoire. Peut-être qu'au niveau des mots, ce qui a le plus approché cette résonance qu'on ressent tous c'est le Sermon des pauvres de Maître Eckhart. C'est également un texte de Baliani, mais surtout le Sermon des pauvres de Maître Eckhart, quand il parle de l'humilité. Mais il n'y a personne qui est humble. Il faut le comprendre. J'ai passé une fois un après-midi avec l'ancien conservateur du musée de Los Angeles dans la collection tibétaine, le docteur Pal, un Indien très sympathique. Nous discutions ensuite de différents objets de ces collections. Il m'a expliqué pendant une heure, avec de nombreux exemples à l'appui, combien il était humble, comme seul un Indien peut le faire…

    Il ne faudrait pas avoir une nouvelle histoire, quand on formule ce qui est ici un jeu. Parfois, certaines personnes se sentent inconfortables, comme si on enlevait quoi que ce soit. Au contraire, quand vous pressentez qu'il n'y a rien à trouver dans la vie, tout est à votre disposition : vous pouvez devenir ce que vous voulez. Mais vous ne prétendez plus que c'est entre vos mains. Vous laissez la nature vous faire tortionnaire, vous faire boucher, vous faire sage, vous faire musicien ; vous dites merci. Alors là vous trouvez vraiment votre rôle dans la création. C'est une histoire aussi ; mais c'est vrai aussi. Il ne s'agit pas de rester sur une chaise et de ne pas bouger. Vous pouvez aussi courir très vite, brasser le monde, mordre et être mordu. C'est le jeu de la vie, mais vous ne vous cherchez pas là-dedans. C'est la vie qui vous amène où vous devez être. C'est toujours juste et vous le savez parce que c'est ce qui arrive. Il y a un sentiment de liberté.

    C'est la prétention d'être indépendant qui amène cette oppression terrible de pouvoir se tromper : vous vous êtes trompé, on s'est trompé dans son passé. Cette impression de ne pas avoir été juste, de ne pas arriver à être juste maintenant, de penser ne pas être juste demain. Ça, ça vous quitte. Tout ce que vous avez fait a toujours été parfait et vous ne l'avez jamais fait. Ce sont des réactions chimiques : je vous mords le genou, votre jambe bouge. La bouche a mordu, personne n'a mordu. Personne n'a bougé, c'est une bouche et un genou. Vous n'êtes pas obligé de vous approprier cela. Il n'y a qu'un mouvement. Vous pouvez devenir empereur, un grand roi comme Janaka - ce qu'il a symbolisé - ou un balayeur. Vous ne devenez rien. Ce que vous êtes fait pour accomplir, ça va s'incarner. Maharaja était un homme très vulgaire, Krishna Menon était un homme très élégant. Chacun remplit son rôle. Un jour, on a demandé à Maharaja : " Cette vulgarité, cette agitation qu'on sent en vous… " Il a dit : " Oui, je suis d'une caste vulgaire, je suis agité, mais je suis libre de ça. Et vous qui êtes assis en méditation devant moi, vous êtes agité. Vous vous prenez pour la méditation. "

    L'agitation apparaissait chez Maharaja. Moi je l'ai vu dix fois en train de menacer sa belle-fille, devenir rouge, presque écumer, l'insulter avec les mots les plus orduriers qu'aucun brahmane ne pouvait traduire sans déchoir de sa caste. Il était libre. Son corps et son psychisme insultaient sa belle-fille. Il y avait des gens assis devant lui en lotus, très calmes, mais ce n'est pas là qu'il y avait la liberté. Il n'avait rien à prétendre, il ne prétendait pas être un sage. Dans les livres, c'est arrangé. C'est une expression presque propre de parler autrement. C'était amélioré dans les livres : pas l'essentiel, la forme. On veut toujours se libérer de l'agitation : c'est ça l'agitation, c'est ça le manque de respect. On se rend compte ; on accepte en soi cette tendance de toujours vouloir, vouloir. Quand vous acceptez profondément cette tendance, rien ne se passe. Là il n'y a pas d'agitation, sauf quand elle se présente.

    L'expression de Maharaja a fait beaucoup de bien. Je connaissais beaucoup d'élèves de mon maître, qui était un homme élégant, raffiné, cultivé, riche, beau, tranquille, qui s'habillait très bien, avec des chaussettes en soie, des pull-overs de très haut prix, qui avait deux Mercedes, un chalet en Suisse, trois appartements à Lausanne, la plus belle maison de Saint-Paul de Vence, qui connaissait admirablement la musique classique, le théâtre antique. Alors beaucoup de ses élèves se sont mis à se raffiner, à porter des chemises blanches, à aller au concert, à manger avec subtilité. Et puis certains ont eu la chance de rencontrer Maharaja : ça leur a fait beaucoup de bien ! Quelque chose s'est passé : ils n'ont plus essayé. Ceux qui était naturellement purs, sattviques, le sont restés. Ceux qui étaient naturellement agités le sont restés aussi. À ce moment-là une clarté peut se présenter. Mais quand on veut changer sa nature, changer ses composantes chimiques, être autrement que ce qu'on est, c'est une insulte à ce qui est au-delà de la nature.

    C'est de se rendre compte en soi-même quand on essaie d'être sage, d'être libre, d'être ouvert, d'être disponible ; se rendre compte de sa prétention et l'accepter. Ça c'est la porte. Il n'y a pas de porteur. Quand vous invitez une troupe de Kata Kali pour un spectacle, souvent, pour qu'ils montent sur scène, il faut qu'il y ait une bouteille de whisky. Dans tous les cas, après le spectacle, il faut avoir de nombreuses bouteilles de whisky. Mais pendant le spectacle, il n'y a que la perfection. Il n'y a personne de parfait sur scène, il n'y a que la perfection. Mais quand on n'est pas clair, on est étonné après. On va au restaurant avec les danseurs, on est étonné. On se dit : " Mais c'est pas possible ! Comment quelqu'un d'aussi vulgaire peut être la perfection ? " Il n'y a que la perfection, mais personne ne peut l'avoir dans sa poche. Elle passe autant au restaurant après ; mais dans notre histoire, nous ne le savons pas. Il n'y a pas de bons danseurs, il n'y a que la danse. C'est pour cela qu'au Japon il y a des masques et qu'en Inde on peint le visage. Il n'y a pas d'acteur, il y a action. C'est pour ça que l'art est la forme extrême de l'intelligence, de la beauté, de la compréhension. C'est ce qui va le plus loin, parce qu'il n'y a pas d'acteur. C'est quand il n'y a pas d'acteur, qu'il y a un bon acteur : c'est parce qu'il n'est pas son rôle qu'il n'est que son rôle. Mais un acteur qui se prend pour son rôle le congestionne.

    Vous pouvez le transposer. C'est pour ça que dans la musique indienne, dans la peinture indienne, dans la sculpture, vous n'avez que des émotions qui sont montrées. Même l'émotion de la tranquillité n'est pas plus haute que la peur. C'est un raga parmi les autres. Pourquoi ? C'est comme à l'opéra. Tout le monde s'égorge, à la fin : vous applaudissez, c'était merveilleux. Qu'est-ce qui était merveilleux ? Ce n'était pas l'histoire, c'était l'émerveillement. Dans la musique c'est la même chose. Dans la peinture indienne c'est surtout la séparation. C'est Radha qui cherche sous toutes les branches de Brindavan si Krishna est là. C'est sa souffrance qu'elle exprime dans la poésie, dans les grands poètes. La souffrance c'est quoi ? C'est la beauté ! C'est pas de se libérer pour être libre. L'émotion c'est la liberté, quand elle a pas d'histoire, quand elle est ressentie. C'est pour ça qu'après un raga de la séparation, le raga de la terreur (le Bhairava raga), ou le raga de la paix, quand les dernières notes se meurent dans votre cœur, vous avez la même joie. Le reste c'est une histoire, une histoire nécessaire pour trouver cette tranquillité. C'est la même chose pour les émotions. La peur apparaît : elle va s'effondrer dans votre écoute. C'était votre raga. Il faut l'écouter.

    De temps en temps, je m'ennuie…

    C'est votre chance ! Pour quelqu'un d'autre c'est une gifle, pour quelqu'un d'autre c'est un viol, pour quelqu'un d'autre c'est de gagner à la loterie nationale. Pour vous, c'est l'ennui : c'est ce qui vous vient, c'est l'essentiel, c'est l'absolu. Vous sentez l'ennui, vous le sentez. Vous fermez les yeux : c'est dans la gorge, dans la poitrine, dans le ventre. Vous écoutez : c'est une caresse. Vous êtes attaché sur votre lit et c'est une nouvelle maîtresse qui vous caresse : vous ne pouvez rien faire. C'est ça l'ennui. Vous vous laissez faire : vous ne pouvez pas influencer sa main, son pied, ses lèvres. Vous vous laissez faire. Quelque chose se fait. Vous allez voir, vous ne vous ennuyez plus !

    Vous sentez la main. Quelque chose va se faire. Sur un certain plan c'est, bien sûr, l'histoire que les choses devraient être autrement : si vous étiez en train de faire un pèlerinage à Dharmanath, ou la Khumba Mela, la semaine dernière, vous vous ennuieriez moins… peut-être quelques jours : l'ennui revient, il n'y que l'ennui. L'ennui c'est notre histoire, c'est se prétendre quelqu'un : on s'ennuie, c'est vraiment ennuyeux… À un moment donné, vous n'avez plus la prétention d'être un quelconque clown pour vous-même, c'est-à-dire d'être un quelconque non-ennui. Vous vous rendez compte que c'est l'état ultime, l'ennui, parce qu'il n'y a effectivement rien qui ne soit ennuyeux, quand on le regarde du point d'une histoire ! Ce qui plaît aujourd'hui, demain, vous le savez très bien, va vous laisser indifférent : c'est ennuyeux. Tout ce que vous allez acquérir aujourd'hui, vous allez le perdre demain. Tout ce que vous savez, vous allez l'oublier. Vous allez devenir gâteux. C'est ennuyeux tout ce que vous savez. Tout ce que vous avez c'est ennuyeux. Vous le pressentez et vous écoutez l'ennui.

    Quand vous n'avez plus la prétention de vouloir vivre comme ceci et que ce serait moins ennuyeux, quelque chose se fait également. Il ne faut surtout pas essayer de quitter l'ennui, parce que ça revient tout de suite ! Faire autre chose n'est pas moins ennuyeux. Dévaliser une banque est aussi ennuyeux que d'être facteur. Si vous êtes fait pour l'un ou pour l'autre, vous le faites ! Vous le faites avec tout ce que vous avez, mais pas pour quelque chose. On a besoin de voleurs de banque, sinon il n'y en aurait pas. On a besoin de facteurs, sinon il n'y en aurait pas non plus. Ils ont un sens très profond tous les deux. Ils concourent à l'essentiel tous les deux, pas un plus que l'autre. Les sages n'apportent pas plus que les criminels ; ça c'est une histoire. Comment on le sait ? Il y a les deux ! Pour vous, l'ennui c'est votre ishta devata. C'est votre objet de méditation, mais pas conceptuellement. Vous êtes intelligents, vous allez faire le circuit très vite : rien ne s'est passé. Sensoriellement, peut-être que la première fois c'est bizarre de vous dire où est l'ennui. Je dirais, pour parler pratiquement, de ne même pas chercher l'ennui ; sinon vous allez encore trouver un concept. Vous vous laissez faire, ne l'oubliez pas ! C'est elle qui vous caresse, ce n'est pas vous qui vous caressez. Vous ne dirigez même pas votre attention sur la caresse : vous vous laissez faire. Ça va venir. Peut-être pas la première fois, mais ça vient.

    Vous allez voir, c'est une légère amertume, c'est une compression, une oppression, un inconfort. Ne nommez même pas. Vous sentez. Vous ne dites pas où c'est, parce que dire " le ventre, la gorge ", c'est un concept. Vous sentez. Quelque chose se fait, quelque chose se défait. Vous ne cherchez pas à défaire ! Ce qui vous intéresse, ce n'est pas de défaire l'ennui ; ça c'est pour les yogis. C'est de vous trouver dans l'écoute, ce n'est pas dans ce que vous écoutez. Vous écoutez l'ennui. Vous allez vous trouver dans l'accueil et là il n'y a plus d'ennui. C'est l'essentiel. L'ennui était votre chance : vous trouvez l'accueil. Pour quelqu'un d'autre, c'est l'agitation. Vous ne voulez plus vous ennuyer, alors vous vous ennuyez toute votre vie !

    Il faut comprendre le mécanisme. Pas raccommoder. Vous êtes assis, vous êtes sur la tête, dans la position que vous trouvez confortable. Vous êtes caressé et à un moment donné vous pensez à votre nouvel amant, à votre nouvelle amante, à votre chien, à votre compte en banque, à votre nouvelle religion, à votre gourou. N'essayez pas de revenir, de vous dire " non, non, je suis agité " ; non, allez à la pêche, allez voir le gourou. De nouveau, à moment donné, l'écoute est là. Allongez-vous, asseyez-vous, laissez venir, laissez venir. Vous vous rendrez compte que vous pensez à votre grand-mère : c'est parfait. Surtout ne revenez pas, ce serait une insulte. Allez à la pêche. Un autre jour, vous sentez l'ennui, allongez-vous, asseyez-vous, ou marchez. Il en vient d'autres. C'est comme un iceberg, on ne voit que le top. Petit à petit, ça monte. Vous le sentez là et puis vous allez voir, ça va être là. C'est dans la nuque et puis c'est là. Tout vient. À un moment donné, vous pensez à nouveau à votre grand-mère. Vous vous rendez compte également que vous n'avez pas à revenir, que vous êtes revenu. C'est parce que vous êtes revenus que vous savez que vous étiez parti.

    Quand vous pensez à votre grand-mère, vous ne savez pas que vous pensez à votre grand-mère. Quand vous savez que vous pensez à votre grand-mère, vous n'y pensez plus. Alors vous restez là, vous ne cherchez pas à revenir. De nouveau, vous êtes là et à un moment donné, il n'y a plus de grand-mère : il n'y a que la sensation. Au début, c'est grossier : c'est lourd, c'est chaud, c'est froid, c'est élastique. Mais très vite, il n'y a plus de mots : ni en haut, ni ne bas, ni chaud, ni froid. Si vous connaissez l'art, il y a encore quelques expressions de l'art qui pointent encore, mais très vite il n'y a plus rien qui pointe ; il y a le ressenti. Ce ressenti va se dilater en vous : il y a d'abord la lourdeur, la pesanteur, la chaleur. Ça monte, ça s'étale, ça va complètement dépasser votre corps, remplir un espace. Vous ne poussez pas, vous ne faites rien : vous n'êtes pas en train de faire une expansion, comme on fait chez les yogis. Vous laissez faire, vous n'entretenez rien. Vous allez voir : tout ce qui s'est étalé, cette énergie qui s'est déployée complètement dans l'espace, de sa propre nature, un peu comme une coupe de champagne qu'on laisse tranquille, ça explose, puis ça redescend, ça redescend, ça redescend, ça redescend… puis à un moment donné il n'y a plus rien.

    Si c'est le soir, vous êtes dans le sommeil profond, si c'est dans la journée, vous êtes dans ce qu'on appelle la méditation : vous savez que vous n'êtes rien. Ça se transforme à chaque instant. Au début, il faut du " temps ", mais, à un moment donné, vous voyez en vous l'impulsion : vous l'accueillez, ça va se vider complètement. Le but n'est pas que ça se vide ! Ça c'est encore du yoga. À un moment donné, vous allez vous sentir derrière cette expansion qui est derrière cette réduction, parce que vous ne mettez pas l'accent dessus. Si vous voulez devenir un yogi, faites du yoga : vous allez vous trouver toujours dans l'expansion et dans la résorption. C'est ça le yoga.

    Dans la démarche directe, on reçoit l'expansion, on reçoit la résorption ; il ne reste que ce qui est essentiel. Au début, vous le ressentez après la résorption et à un moment donné vous le ressentez avant la résorption. Ça également il faut le transposer. Les concepts se sentent, les percepts se pensent : tout ce qui est ressenti se transpose conceptuellement, tout ce qui est pensé se transpose sensoriellement. Car il n'y a pas deux. C'est nous qui avons créé un mental et un corps. Ici, on a choisi deux mots ; en Inde, il n'y a pas deux mots. Il y en a beaucoup plus ; il n'y en a surtout pas deux. Alors c'est nous qui visualisons : nous créons l'histoire de notre pensée et de notre corps. Dans chaque pensée, vous le sentez, à un moment donné. À chaque ressenti, c'est une pensée ; c'est la même chose. Mais il faut deux expressions pour les exprimer dans les langues européennes.

    On a trop parlé, de toute manière… Peut-être, avant de se quitter- ce qui est une figure de style - on peut passer quelques moments tranquilles, sans chercher à être tranquille.

     


    2 commentaires
  •  http://p7.storage.canalblog.com/77/65/300942/18396559.jpg

     

    Source: http://www.pratique-du-yoga.com/forum/viewtopic.php?t=380

     A défaut d'un butinage forumal exubérant, je me contenterai de relever la question qui m'était indirectement posée au sujet d'Eric Baret et que j'ai réussi à capter au milieu du flot bouillonnant de vos interventions diverses. Si j'opte pour la constitution d'un nouveau fil, ce n'est que par souci de clarté, celui dans lequel la question avait été posée étant passablement encombré et prolixe en développements divers. De plus, l'intitulé du message permettra à chacun d'y inscrire de plus large réflexions.

    Il me faut tout d'abord relativiser les "réticences" que j'ai peut-être exprimées à l'encontre de l'enseignement d'Eric Baret.

    En effet, je ne peux me prévaloir d'une connaissance exhaustive du travail de ce dernier, n'ayant lu que deux de ses ouvrages et participé à trois (si mes souvenirs sont bons) journées de pratique, et ce, il y a déjà quelques années.

    Mon sentiment est d'ailleurs somme toute plutôt positif ; j'ai été sensible à l'accent porté sur le ressenti, au travail postural visant à travers les "prolongations" à explorer au-delà des limites visibles du corps, et surtout - un des leitmotiv du discours de Baret - à l'attention envers la non-intentionnalité recherchée dans la pratique. Ses livres en témoignent à profusion : jamais il n'est vraiment question d'acquis, d'alimenter l'histoire personnelle par sa pratique, de but à atteindre etc.

    Tous ces éléments peuvent apporter une autre vision du yoga, déconditionnante pour ceux qui se seraient laissés conduire dans des chemins où la psycho-rigidité limite l'exploration intérieure. Dans la pratique, ce travail est perçu comme une approche assez intériorisée, subtile, dont l'effort physique et la discipline systématique ne semblent pas être des composantes essentielles.

    Alors me direz-vous, où donc se situent mes réticences ? De fait, si je ne doute pas que les propositions d'Eric Baret peuvent se révéler profitables pour nombre de personnes, je reste circonspect quant à la référence faite au shivaïsme du Cachemire. A ce propos, notons que le titre initial du deuxième livre de Baret - en forme de formule anti-héraclitéenne ? :wink: - était à l'origine L'eau ne coule pas, sous-titré Yoga de la non-dualité. On peut supposer qu'une préoccupation purement mercantile a incité l'éditeur à livrer une édition ultérieure sous le titre cette fois plus évocateur de Le yoga tantrique du Cachemire. Il ne s'agit là que d'un signe parmi bien d'autres tendant à confirmer un effet de mode (?), le tantrisme cachemirien a bonne presse et fait vendre.

    Cela dit, je ne doute pas que les motivations d'Eric Baret ne soient pas entâchés d'un pareil esprit et que lui-même se trouve sincèrement impliqué dans une démarche authentique. Il importe toutefois de se poser la question tout d'abord de la transmission. Celle-ci passe par Jean Klein, dont Baret fut au nombre de ceux ayant suivi son enseignement. Or, c'est un fait que Klein était connu pour sa compétence en matière d'advaita vedânta, mais que nulle part il n'a revendiqué s'inscrire dans le courant du shivaïsme cachemirien. Par ailleurs, l'advaita vedanta shankârien et le tantrisme en général présentent quelques incompatibilités, bien qu'au prix de quelques contorsions l'on puisse leur trouver des points communs. Ceci n'est d'ailleurs pas bien différent de ce qu'écrit Baret, notamment dans l'entretien réalisé pour la revue Troisième Millénaire, N°56. Nous y reviendrons.

    La filiation cachemirienne par Jean Klein est donc une révélation semble-t-il posthume, que les écrits du maître ne laissent pas soupçonner. Il est intéressant de se référer à un autre élève de ce non-dualiste, Pierre Feuga, homme très sympathique qui ne fait pas mystère de la part de "bluff" quant à l'appellation cachemirienne qui vient estampillée nombre d'enseignements actuels. Il utilise une salutaire distanciation non dépourvue d'humour vis-à-vis des "approches non contrôlées" (et leurs marques de fabrique) ainsi que de lui-même comme en témoignent les mots suivants :

    Je n’ai pas mentionné en effet le « yoga du Cachemire », un produit assez récemment lancé sur le marché mais qui garde un petit parfum ésotérique, un charme pour happy few. Ah, bien sûr, insinueront les finauds, si j’ai omis ce bon Trika, c’est parce que je craindrais de scier la branche sur laquelle je serais moi-même assis… Mais non, mes bons amis, je ne suis assis sur aucune branche, je ne suis pas un yogui branché (un guiyo chébran). Cette histoire du Cachemire, bien avant que je ne traduise le Vijnâna-Bhairava, je l’ai inventée pour de me débarrasser des gens qui m’importunaient avec leurs questions : quel « type de yoga » j’enseignais, à quelle « lignée » j’appartenais, quel était le nom de mon « gourou », qui m’avait « formé » ou « initié » ?… etc. J’ai toujours trouvé ces questions insupportablement indiscrètes et même grossières, comme si l’on vous demandait avec qui vous avez fait l’amour la première fois et si c’était au printemps ou en automne, dans un lit à baldaquin ou dans un sous-bois. Un jour, sans préméditation, j’ai donc répondu que j’enseignais le « yoga du Cachemire », ça sonnait joli, mais j’aurais pu aussi bien dire « yoga des Marquises » ou « des Tuamotu ». Depuis, j’ai découvert que je n’étais pas le seul en France à avoir eu cette idée mais je ne doute pas un instant que mes collègues soient, eux, d’authentiques héritiers de ce yoga cachemirien que de méchantes langues prétendent éteint depuis sept siècles. Et, même dans mon misérable cas, était-ce vraiment un mensonge ? On devient souvent ce qu’on a joué à être (ou à ne pas être). Je me suis caché derrière le miroir du Cachemire puis je m’y suis miré. Avec émerveillement je n’y ai vu personne. Aucune appellation possible, ni contrôlée ni non-contrôlée.

    Je recommande aux curieux d'aller jeter un oeil ici (http://pierrefeuga.free.fr/indexbis.html), afin de se faire une idée plus complète et pour le plaisir de lire ses lignes d'hommage sincère à cet homme que Feuga n'hésite pas à qualifier de guerrier, [de] vîra dont l’énergie habituellement recueillie pouvait jaillir comme un éclair. Autant son enseignement intellectuel était à petit feu, autant, dans le travail corporel, il vous grillait littéralement. A lire ceci, on se dit qu'il s'agissait peut-être d'un Janus que ce Klein-là, et qu'après tout, il peut bien avoir recueille quelque enseignement cachemirien sans en avoir fait un étalage manifeste. Un savoir réservé pour quelques-uns. Car je ne sais trop pourquoi je devrais accorder crédit à ceux qui prétendent que Lakshman Jî (la source de Silburn en matière de shivaïsme cachemirien) était le dernier maître vivant transmettant l'approche du trikâ. S'il faut se garder de fantasmer sur les lignées ininterrompues qu'affectionnent tant les tibétains, cela n'empêche pas de considérer ces écoles aux multiples ramifications comme autant d'arbres dont les racines par marcottage sont venues irriguées d'autres enseignements, produisants de nouvelles pousses, de nouveaux fruits gardant traces des enseignements passés. Bref, l'affaire n'est pas si simple ! Un texte comme le yoginî-hrdaya-tantra entretient un rapport avec le shivaïsme cachemirien tout en s'inscrivant dans la shrî vidyâ.

    Il faut donc en revenir aux textes et aux propositions plus qu'aux "lignées", et ceux-ci ont d'autres informations à nous livrer.

    Ainsi, Baret lui-même présente un double aspect. Pour être plus explicite, voici un extrait de l'entretien précédemment cité (P.79) :

    Le yoga est une tradition du coeur qui doit être approchée avec une intensité absolue. Le yoga concerne très peu de monde, comme la musique, comme la peinture. [...] Ce que nous faisons dans les séminaires n'est pas du yoga. Ce que nous faisons est de nous libérer de certaines restrictions, et nous utilisons certains fragments [c'est moi qui souligne] de la tradition yoguique pour approfondir notre compréhension du corps et du psychisme.

    Mon maître [Jean Klein] pratiquait le yoga, mais il n'a jamais donné de séminaire de yoga. C'était des séminaires pour explorer l'opacité de notre disponibilité.

    Le yoga se pratique seul. Ce n'est pas une activité, c'est un rituel.

    On ne saurait être plus clair, non ? A la suite de quoi, nous pouvons très bien penser que Baret a reçu un enseignement de ce yoga au sens strict qu'il transmet à ceux qui lui semblent disposés à en porter les fruits, mais ses textes n'en portent pas traces, sinon en creux. Au demeurant, certaines des restrictions dont il parle comme étant partie constituante d'une approche yoguique (consignes alimentaires ou liées à la vie sociale, familiale) ne semblent pas s'enraciner non plus dans le contexte cachemirien.

    Il faut, pour finir, toucher deux mots de ce shivaïsme cachemirien. Si celui-ci fait tant d'adeptes, c'est qu'il à la chance d'être plus célèbre que connu, pour reprendre un mot d'un amoureux de l'Inde, et que sa partie émergée est fascinante pour les personnes en quête de spiritualité, d'absolu, de liberté etc. Le résultat, on le voit par exemple dans les propos de Khavan qui ne voit dans cette mouvance qu'une non-voie se fondant uniquement sur une intuition illuminatrice, une reconnaissance du Soi spontanée que bien des aspirants s'imagineront rapidement avoir acquise aux termes d'une auto-persuasion de nature plus intellectuelle que spirituelle. Si l'on compile les citations d'ouvrages relevants de la tradition cachemirienne dont Baret parsème ses livres, on s'aperçoit qu'il s'agit d'une sorte de crème issue d'un baratage des textes. Il s'agit la plupart du temps de stances au caractère plutôt métaphysique, des achèvements de la sâdhana où se manifeste pleinement l'identité Je-Shiva, de bribes concernant le souffle lorsque celui-ci s'abolit dans l'indistinct de la Conscience omnipénétrante etc.

    Or, si l'on parcourt la somme incontournable du shivaïsme cachemirien, le tantrâloka d'Abhinavagupta, sorte d'immense synthèse de différents courants tantriques du Xe siècle, il est surtout fait mention de rituels, d'initiations, de mantra et de bien d'autres matières très concrètes. Il faut garder à l'esprit qu'il y a une constante dans la manière d'exposer une voie dans la tradition indienne. Le style sutra en est le condensé, quasiment incompréhensible si personne ne le commente. Et de fait, les disciples commentent, glosent les commentaires, praphrasent à l'envi, cela devient luxuriant au possible. Mais cela fonctionne également dans l'autre sens, ainsi, le tantrâloka représente donc une somme des connaissances en matière tantrique d'un certain point de vue, à un certain moment, mais Abhinavagupta a également écrit un Tantrasara qui est une façon de condensé du volumineux traité précédent. Et de manière encore plus concise, certains textes comme ceux que Silburn a rassemblé sous le titre "Hymnes" expriment également la quintessence de l'enseignement, parfois en quatre ou cinq stances. Evidemment, il est tentant de se suffire des formes "courtes" et de proclamer qu'il s'agit là de l'essentiel en oubliant les nombreux développements qui sont sous-entendus. C'est à mon avis trompeur, car pour être inspirants et merveilleux, ces textes concis ne permettent pas à coup sûr de traverser le précipice de nos conditionnements. En certains cas, avec certaines personnes, ils peuvent peut-être le faire, mais il n'a jamais été question dans l'enseignement traditionnel de ne se servir que de cette enseignement quintessencié.

    Un texte comme le Vijñanabhairava propose des "moyens habiles" qui permettent à l'adepte déjà mûr de faire le pas ouvrant sur l'espace de la "Conscience Suprême", mais pour la plupart d'entre nous, il n'apportera que le pressentiment tour à tour apaisant, exaltant, de cette Conscience, ce qui n'est déjà, ma foi, pas si mal.

    Si cela intéresse quelqu'un - et surtout si je trouve le temps - j'essaierai de poster une petite synthèse du chapitre XXVI du tantrâloka qui concerne la discipline post-initiatique selon le shivaïsme cachemirien.

    Pour en revenir à Baret, j'avoue n'avoir pas pris connaissance de ses derniers ouvrages ; j'avais mis en ligne ici-même un court extrait -disponible sur son site - de son dernier ouvrage qui traitait plus précisément semble-t-il du "yoga cachemirien". Peut-être y a-t-il donc du neuf...

    Je ne peux terminer sans faire mention, au titre de la sincérité, de l'agacement qui peut saisir parfois à la lecture des questions/réponses de Baret, où l'on a parfois le sentiment qu'il adopte une posture provocante de manière un peu artificielle. Il y a parfois un mélange d'idées fertiles et de psychologie de bazar, et aussi une méfiance envers l'affect, l'histoire individuelle qui ne me paraît pas si tantrique que cela, cette dernière approche se révélant plutôt incluante quant à toute notre personne. A chacun de faire le tri, en le lisant et l'écoutant si l'envie vous en prend.

    Désolé pour Denis et ceux qui aiment les posts courts, mais je ne me voyais pas répondre en trois mots, cela n'aurait pas eu de sens.

    Que de précisions utiles, d'ailleurs assez semblables à celles qu'anargala exprime à ce sujet.

    Il est vrai que n'ayant peu ou pas de bases solides concernant les divers aspects et approches du shivaïsme et plus encore du Cachemire, je ne pouvais me faire grande idée de la chose (ce qui est toujours d'actualité).

    Pour avoir vu deux fois Eric Baret, si on ne le prend pas pour autre chose qu'un aimant passionné de cette voie, je ne pense pas qu'il y ait de grands problèmes. D'ailleurs il ne laisse planer ni ambiguïté, ni grande possibilités pour un éventuel "disciple" qui s’essaierait à un harponnage voulant le placer dans la position de maître.

    Les exercices des trülkhors tibétains sont nettement plus volontaristes et un objectif visé est clairement posé. Ce qui change fondamentalement du fait de faire sans volonté d'atteindre quoi que ce soit, juste pour célébrer. Ce sont des aspects assez marquants et pour moi assez libérateurs (de contraintes).

    C'est un nouveau monde et qui ouvre d'autres portes...donc j'aimerais bien me donner les moyens d'explorer cette voie.

    Pour un petit feedback du dernier ouvrage d'Eric Baret, je vais me contenter de parler de ce que j'ai compris de son positionnement quant à l'exposé de cette approche.

    Il fait plutôt référence à l’enseignement de Jean Klein qu’à un enseignement pur du shivaïsme non duel. C’est peut être pour cela qu’il n’est peut être pas nécessaire de se lancer dans une critique qui se voudrait trop puriste et élitiste. Certes ce type d’ouvrage évoque peut être trop ce que l’on s’attend à y trouver. Mais l’auteur fait de multiples mises en garde et sur les écarts de ses propres considérations et sur la singularité de l’approche Cachemirienne de Jean Klein.

    D’ailleurs Eric Baret n’est pas sans affirmer qu’il n’existe plus de transmission au travers d'une lignée. Pour lui, il n’y a que des chercheurs.

    Ceci étant posé on ne devra plus s’étonner de certains "manquements" aux valeurs fondamentales de l'enseignement du Cachemire.

    Il me reste à te remercier pour toutes ces informations qui sont toujours bienvenues. Et suis ouvert à tous conseils.

     

    Je pense en effet que l'aspect non-intentionnel, le dépouillement face à l'avidité spirituelle peut apporter une sorte de fraîcheur à celui qui s'est frotté à des ascèses rigoureuses. Non que je pense que la première proposition soit supérieure à la seconde, car il s'agit parfois simplement d'une léger déplacement de notre focale pour passer de l'une à l'autre. En tout cas, si tu ressens un quelconque attrait pour cette "manière", c'est une bonne idée d'aller l'éprouver plus en détails.

    Bien sûr, Baret louvoie habilement afin de ne pas être épinglé "guru". C'est devenu un exercice de style que les enseignants actuels maîtrisent avec plus ou moins de bonheur. Odier est passé virtuose en ce domaine ;-) mais il n'est besoin que d'ouvrir une revue comme Troisième Millénaire pour se rendre compte que c'est chose assez courante. Et ce n'est pas peu plus mal, tant qu'il ne rentre pas une dose de manipulation derrière ! En ce qui concerne Baret, mon impression après l'avoir rencontré était du même ordre que la tienne : quelqu'un de sincère et qui ne cherche pas lors des questions-réponses à systématiquement avior le dernier mot, ce que je trouve, est une qualité suffisamment rare pour être soulignée :-)

    Je voulais lever une ambiguïté concernant mon précédent post : mon objectif n'était pas d'écrire un plaidoyer pour un shivaïsme cachemirien authentique qui laverait plus blanc que ceux des autres, d'autant qu'il faut garder une certaine distance vis-à-vis des textes théoriques, ceux-ci servant parfois des visées polémiques, quand il ne s'agissait pas d'objet littéraires destinés à magnifier un courant, une école, à célébrer un aspect de la divinité sans assurer toutefois qu'ils étaient la norme à laquelle allaient se plier tous les adeptes contemporains. En bref, le tantrâloka tout commenté et touffu qu'il est n'est peut-être par pour autant la norme du shivaïsme cachemirien, mais représente une somme concernant divers aspects de celui-ci réarrangés en un tout cohérent par Abhinavagupta. Je dis ça d'après ce que j'ai pu apprendre sur le sujet, mais je ne prétends aucunement avoir le dernier mot sur l'affaire :-)

    Je ne sais si Baret s'exprimait uniquement au sujet du shivaïsme du Cachemire lorsqu'il affirme que la transmission n'est plus le fait de lignée mais de chercheurs isolés, mais cela me semble peut-être exagéré. Autant comme je comprends les doutes que l'on peut avoir devant les lignées sensées remonter aux origines des écoles médiévales (pour ne pas remonter plus loin) autant je pense que la notion de famille spirituelle, de kula au sens étymologique est loin d'être perdue, et que cela n'est pas sans importance.

    Enfin il ne s'agissait pas non plus pour moi d'opérer une distinction entre un enseignement "populaire" (Baret, Feuga, Odier, Lozowicz...) et une tradition réservée à l'élite (à laquelle je n'appartiendrais pas d'ailleurs ;-)) mais d'essayer de ne pas oublier ce qui a nourri et continue de nourrir les chercheurs précités. Car il faut tout de même bien avouer que la grande diffusion de certains enseignements sous des formes plus immédiatement assimilables ou dans certains cas complètement dévoyées a des effets pervers sur les enseignements qui les ont suscités. Il suffit pour s'en convaincre de constater ce que représente le yoga à l'heure actuelle, ce qu'est en train de devenir l'ayurveda, appliqué en vaste cliniques touristiques etc. Sans être "traditionnaliste", ce qui est désséchant, il convient de revenir périodiquement aux racines. La musique et l'art en général applique volontiers cette formule pour "avancer". Et la musique la plus complexe est accessible à tout un chacun, pourvu que l'on est le désir d'en capter l'essence.

    Bonnes explorations, j'aurai plaisir à partager ce que tu pourras nous livrer de tes découvertes dans la direction de ce yoga non-duel.

    Salve,

    Kavi

    Pour une fois tu donnes dans l’excès par omission ou l’excès de compréhension de la nature humaine !

    Tu parles donc d'une virtuosité dont on ne peut imaginer les limites. :D

    Je pense que ta mise au point a toute son importance car trop de traditionalisme sans regard sur l’évolution (pas au sens de progression) d’une culture peut tout autant nuire à l’acclimatation d’une tradition.

    Question déviance et dévoiement plus aucun système n’est à l’abri. Par exemple dans le bouddhisme, le plus remarquable est que cela se produit même sous l’impulsion de certains de ses représentants, d’origine asiatique et de dernière génération, les plus autorisés.

    Il est vrai que la mondialisation des effets de mode nous promet quelques surprises dont nous aurons peut-être du mal à nous relever.

    Pour quelqu’un n’ayant pas ou ne prenant pas le temps de voyager dans de lointaines contrées montagneuses (de plus pas spécialement à la recherche de maîtres), quel type de rattachement te semble possible sous nos latitudes ?

     

    Salutations

    Oufff...

    Je viens de trouver le temps pour lire ton texte Kavi et t'en remercie grandement...

    Comme à chaque fois, je trouve que tu apportes une vision bien claire de toute cette merveille, encore merci...

    Kavi a écrit:

    J’essaierai de poster une petite synthèse du chapitre XXVI du tantrâloka qui concerne la discipline post-initiatique selon le shivaïsme cachemirien.

     Quand tu veux et quand tu peux... :D

     Je suis bien d'accord avec toi et tout ceux qui l'on dit, que le tantrisme cachemirien est devenu "un beau slogan de carte de visite". J'irais même encore plus loin en disant qu'il permettrait à certain de justifier des démarches totalement sans sens...

    Cela me semble profondément regrettable... :cry:

    J'avoue que j'aime bien cette phrase de Baret et merci de l'avoir mis sur le forum, car je ne connais rien de lui...

    Baret a écrit:

    Le yoga est une tradition du coeur qui doit être approchée avec une intensité absolue. Le yoga concerne très peu de monde, comme la musique, comme la peinture. [...] Ce que nous faisons dans les séminaires n'est pas du yoga. Ce que nous faisons est de nous libérer de certaines restrictions, et nous utilisons certains fragments [c'est moi qui souligne] de la tradition yoguique pour approfondir notre compréhension du corps et du psychisme.

    Mon maître [Jean Klein] pratiquait le yoga, mais il n'a jamais donné de séminaire de yoga. C'était des séminaires pour explorer l'opacité de notre disponibilité.

    Le yoga se pratique seul. Ce n'est pas une activité, c'est un rituel.

    J'ai souvent cette sensation amusante de bien sentir que le Yoga ne se passe pas dans un cours ni dans un stage.... Cours et stages sont importants et peuvent permettre de trouver "Yoga" mais l'ego est tout le reste sont trop présent....

    Même si dans certains cours et stages Yoga peut être là, mais rarement….

    Seul, dans un lieu qui ne nous rassure pas, où notre histoire ne compte pas, là, je pense que Yoga peut-être trouvé...

    J'aime bien aussi l'idée du rituel, mais que se soit un rituel pour soi, de soi...

    Je crois que ce qui a fait ressortir le tantrisme cachemirien c'est les excellents livres de Lilian Silburn. Nous avons eu cette chance d'avoir des traductions sans commentaire, et je trouve cela remarquable… je ne peux que les conseillers à tout le monde, même si ils restent assez incompréhensible par l'intellect et qu'il serait souhaitable d'être initié à leurs lectures et décodages…

    Si tu as un peu de temps, pourrais tu donner une liste de livres que tu connais sur le tantrisme en relation ou non avec Silburn, mais bien sur que tu penses être assez bien

    Je ferai de même… :?

    Pour quelqu’un n’ayant pas ou ne prenant pas le temps de voyager dans de lointaines contrées montagneuses (de plus pas spécialement à la recherche de maîtres), quel type de rattachement te semble possible sous nos latitudes ?

    Question ambiguë, Mind, ou tout du moins délicate, n'est-ce pas ? Image

    Je crois qu'il n'est pas forcément inutile - comme on a parfois tendance à le dire de manière systématique dans les milieux "spirituels" - de tenter une approche livresque. En dépit des précautions qui doivent entourer la lecture de textes originaux et des études d'universitaires, cela permet de se faire une certaine idée du sujet et à faire provision de questions.

    Mais peut-être as-tu déjà épuisé cette matière-là.

    Pour ce qui est des rencontres avec des personnes qui connaissent de l'intérieur ces sujets, et bien, si l'on ne peut aller avec eux, il faut bien que ce soient eux qui viennent à nous Image

    Et pour être sincère, je ne prétends pas avoir écumé nos latitudes, mais me suis arrêté lorsque j'ai trouvé de quoi nourrir ma recherche. Ce qui n'exclue pas qu'il existe probablement d'autres sources d'enseignement, même si celles-ci restent bien moins apparentes que ne l'est la présence tibétaine, contrainte par l'exil. Je ne sais pas si je réponds à ta question ni quelle est au juste ta recherche, mais n'hésite pas à m'envoyer un MP si le coeur t'en dit.

    Salve


    2 commentaires
  • Bancs

     

    « Quand le moment présent est là, c’est qu’il n’y a personne pour le vivre. Quand vous êtes là en tant que personne, vous ne pouvez vivre que dans le futur ou le passé. Vous ne pouvez pas être présent à la sensation, vous pouvez uniquement être une avec la sensation. Donc vivre le présent cela veut dire que l’idée d’être une personne n’est pas là. Dans l’instant, il n’y a pas de problème, le problème intervient quand on se réfère à l’image d’un soi-même. Apprendre à aborder la vie d’une manière neuve. Il y a des gens qui ne regardent pas. Des gens passent devant Notre-Dame sans la regarder parce qu’ils l’ont déjà vue, d’autres ne regardent pas la pleine lune pour la même raison, d’autres ne regardent pas leur mari parce qu’ils l’ont déjà vu. Tôt ou tard vous n’avez plus besoin d’une mémoire du futur. » 

    « Dans le moment présent, il y a émerveillement. La personne que vous regardez, le nuage, cela vous émerveille, parce que c’est unique, cela ne se reproduira jamais plus. La pleine lune est toujours neuve, un être humain est toujours neuf. Si vous le reconnaissez  cela veut dire que vous vivez dans la mémoire. … Quand vous vous rendez compte que tous les jours vous projetez une image sur votre environnement, que vous voyez vos enfants de manière restrictive, cela fait un choc en vous. Vous vous apercevez que vous ne voyez jamais vraiment vos enfants, vous voyez uniquement le concept que vous avez formé à une certaine époque: ils sont comme ceci, comme cela, et vous ne laissez jamais l’enfant remettre en question ce concept. Quand il est mis en question cela vous fait réagir. Il suffit de se rendre compte, de voir combien on est toujours dans ce schéma.

    Tout est là :  quand vous avez profondément vu que tout ce que vous pensez, que tout ce que vous regardez est uniquement un schéma, que l’on n’est jamais libre face à la nouveauté, une explosion se fait, qui est due au fait de voir profondément que l’on vit constamment en référence. Et cela par peur : on a peur de trouver un nouveau conjoint tous les jours, on a peur de voir un enfant que l’on ne connaît pas. … Vous ne pouvez jamais faire le tour d’un être humain. Si vous vous ennuyez avec quelqu’un, c’est que vous vivez dans des références, il n’y a rien qui soit ennuyeux, il n’y a que la richesse. Un être humain, une perception, un arbre, c’est pareil, c’est infini. Quand vous laissez un arbre s’exprimer, c’est constamment nouveau. Des gens sortent de la maison et ne regardent jamais l’arbre, parce qu’ils l’ont déjà vu : c’est cela la dépression, c’est s’imaginer avoir déjà vu. »

    Extrait du livre « Le sacre du dragon vert – Pour la joie de ne rien être » de Éric Baret aux Éditions Almora. (p164-165)
                                                                                                        Trouvé ici

    2 commentaires
  • http://images04.olx.fr/ui/1/08/63/3200563_1.jpg

    La pratique de l'exploration du corps subtil amène progressivement un déconditionnement des cerveaux. Lors de ces ouvertures, les notions de temps et d'espace sont remises en question. Les lieux de la géographie sacrée se présentent alors clairement. Bénarès la souterraine et Bheragat, domaine secret de la déesse, peuvent se révéler. L'iconographie indienne est la concrétisation de ces mondes subtils. Ce n'est pas seulement la représentation de principes métaphysiques, comme cela est souvent entendu par les mondes intellectuels.

    […]

    L'état de rêve, quand il n'est plus utilisé comme poubelle de l'état de veille, devient un révélateur de notre sensibilité au monde subtil. A ce moment-là, il quitte sa formulation d'histoires, d'aventures, pour évoluer vers un monde de formes, de couleurs, de sons dont l'expérience n'engendre plus de conceptualisation. Les rêves deviennent de moins en moins racontables, de plus en plus intenses. On peut dire la même chose de l'état de veille : on ne peut plus penser sa vie ; toutes les constructions de la peur, de la société mondaine, de l'imaginaire humain se fondent dans un non-savoir sans attente. Le cerveau apaisé, silencieux, devient le témoin d'expériences inconceptualisables, où les notions de passé et de futur, de proximité ou de distance, de relation ou de séparation, d'intimité ou d'indifférence perdent leur sens. Ces notions se révèlent alors comme des images creuses de la réalité, artifices poétiques, conventions qui ont leur place dans la description superficielle des modalités sécuritaires et traumatisantes de la vie, mais non comme actualisation d'expériences unitives.

    Inlassablement exprimées dans les manuels de yoga, la plupart des descriptions géographiques du corps subtil ne font que répéter la formulation du Shatchakranirûpana telle que traduite par Arthur Avalon au début du siècle. Comme la Shiva-Samhitâ, ce texte dépend largement, pour sa formulation, du Kubjikâmata-tantra de la tradition Kaula, qui date du Xe siècle. Enseigné comme une réalité à apprendre par cœur pour les examens de fédérations de yoga, le sens traditionnel de cette imagerie est le plus souvent incompris. Quand on indique une couleur correspondant à un centre subtil, ce n'est pas une couleur que peut imaginer notre mémoire, mais qui se réfère plutôt à un ressenti : un homme noir n'implique pas une appartenance à la race africaine, un homme léger n'implique pas une absence de poids, un homme amer n'implique pas une saveur de la peau. Ainsi, les couleurs, les odeurs, les formes attribuées aux différents récepteurs du corps subtil ne sont pas à prendre à la lettre.

    Si, par exemple, lors d'une séance, le centre de pureté est particulièrement stimulé, il se peut que la vision de l'espace prenne, pendant un certain temps, de nombreuses teintes de bleu. La descente de l'énergie dans ce centre révèle également la capacité d'une audition multidimensionnelle. Les textes plus anciens, comme les Goraksha-shataka, Yoga-Yâjñavalkyam, voire les Upanishads, s'expriment chacun de manière légèrement différente. Les centres et réseaux du corps subtil s'imposent dans une conscience non impliquée. Toute tentative de ressentir les organes subtils, d'intervenir dans le corps éthérique, ne ferait que stimuler un imaginaire déjà trop fécond. Il n'y a pas à éveiller l'énergie par des moyens volontaires. Quand la sensibilité est laissée libre d'appropriations, de refus, les masses musculaires s'effondrant dans une vacuité profonde, les différents canaux d'énergie et autres images tactiles se présentent spontanément. Plus ce corps tactile va s'éveiller dans la pratique, plus des transpositions impensables vont s'exprimer dans la vie de tous les jours. La sensibilisation à ces modalités fera apparaître de nombreux points vitaux présents dans le corps, auxquels se réfère la pratique de la médecine ayurvédique et des arts martiaux indiens. Souvent mentionnés, les centres principaux sont liés à de nombreux autres récepteurs également importants. Tout cela ne doit pas devenir un sujet d'étude livresque. Une pratique sans attente, les mains vides, sans chercher à sentir quoi que se soit, disponible à tous les sentis possibles sans refus ni peur, est l'espace nécessaire à ces révélations.

    Cette exploration permettra également de découvrir la présence de trois nœuds essentiels, granthi. Au bas de la colonne, lié à la cosmicité du monde : vishnugranthi ; dans le cœur, mort de toutes nos peines : hridayagranthi ; entre les sourcils où la connaissance claire, bauddhavijñâna, se reflète : rudragranthi. Ces trois étapes franchies, par aspiration ou dissolution, correspondent à l'intériorité de la sâdhanâ.

    Les trois lingam, svayambhû, bâna et turîya, qui habitent ces portes, se révèlent comme ouverture privilégiée de la conscience. L'équilibrage naturel de la circulation des énergies amènera tôt ou tard à ressentir le corps comme un gigantesque écho de l'univers. La géographie et l'histoire se transposeront dans chaque région du corps. Toutes les relations profondes qui s'imposent dans notre vie seront ressenties dans des points précis de notre corps. La souffrance ou la joie des lieux et des êtres qui forment notre famille cosmique seront expérimentées dans des zones très délimitées de la corporalité. La pratique des âsanas par le corps subtil, ainsi que son déplacement conscient, libre de l'enveloppe physique, participeront à l'extinction de notre vie affective et à la révélation de ce corps géographique généralement étouffé par la tension musculaire. Toute terre étrangère est ma patrie, quand ma patrie devient terre étrangère. Tel est l'accomplissement de la délocalisation corporelle.

    Entre les états de veille, de sommeil et de rêve, se trouvent des espaces de vie beaucoup plus intenses que ce qu'on appelle communément la vie. Dans ces résonances, les formes subtiles et puissantes, si bien exprimées par l'iconographie hindoue, prennent en charge la vie et transmettent l'enseignement.

    Le corps vacant va parfois être visité par cette immense et jaillissante verticalité, qui semble n'avoir ni commencement ni fin. Ce lingam d'énergie ressenti comme une érection à l'intérieur de la colonne, comme une langue de feu débordante et simultanément plus ténue qu'un fil de soie, est le sens profond du yoga traditionnel.

    Ce n'est pas à accomplir, à éveiller ou à créer. Découverte de l'évidence, reconnaissance de cette énergie toujours neuve consumant passé et futur dans un brasier constant, cette expérience, symbolisée par le shiva lingam de la tradition shivaïste, est le cœur de la vie. Pandit Veeraraghavachar se référait plutôt à la caverne du cœur où un feu rugissant entourait un lingam d'espace et brûlait tout encombrement. Jean Klein transmettait la ligne d'écho de la verticalité organique. Ce mouvement ascendant et secret, lingam-rahasya, est l'écho direct du secret de la vie. Il est le reflet dans l'espace-temps du sans-forme, arûpa.

    […]

    Eric Baret  

    Yoga. Corps de vibration, corps de silence

    Visiblement ce livre est épuisé....si quelqu'un veut me le vendre....

     


    3 commentaires
  • L’intuition directe a toujours été la voie royale de la compréhension. La forme suprême de la Conscience ne peut être appréhendée avec les capacités limitées du mental, par celui qui d’image en image se perd dans la nuit.

    L’esprit mondain est dispersé, distrait. La pensée ne fait que paralyser la clarté. L’esprit s’éloigne car il ne peut atteindre la transcendance qui est au-delà de l’esprit. Si la tranquillité mentale est l’espace nécessaire, elle n’est pas suffisante. Quand le raisonnement atteint son ultime limite, et que l’évidence s’installe, l’agitation de l’esprit prend fin. La passion et la partialité de l’esprit individuel abdique dans le sans-penser.

    Ibn Arabi souligne que seule l’intuition crée le dévoilement. Pour ceux qui pensent que l’étude peut mener à la clarté, il souligne que la connaissance est initiatique, intensité, actualisée par la pratique, contrairement aux limites de la réflexion mentale. Comme Constantinople résista longtemps à la conquête islamiste, la cité de l’homme fait l’objet du grand jihad. Les sept murailles qui entourent la grande ville d’Ibn Arabi  sont symbole de l’activité mentale, défense envers la lumière. Plus la pensée se vide de substance, plus les murailles tombent jusqu’à la non pensée. Abhinavagupta fait la différence entre la connaissance non duelle qui est révélation, et l’intellectuelle, qui n’est que pensée.

    L’abandon du raisonnement de la réflexion intellectuelle va s’imposer dans  une écoute humble et sans attente. La pure observation éveillant la clarté, la non réactivité va dissoudre les tendances tamasiques et rajasiques. L’écoute s’ouvre à la forme spontanée du savoir, seule révélation de la science traditionnelle. Non seulement le pressentiment de l’essentiel s’installe dans cette tranquillité, mais également dans l’esprit alerte, la conscience du mouvement ascendant de l’énergie devient tangible, comme célébration de cette évidence. La recherche intellectuelle, quand elle vient du cœur, n’est cependant pas inutile. Dans certains cas, elle est préparation à la révélation intuitive, perspective de la direction non objective de la recherche. 


    votre commentaire
  •  

    Cap Blanc Nez 20 nov 2011 (16) (Large)

     

    Dans notre quotidien, quand on vit des événements qui nous bousculent ou des choses qui nous affectent en atteignant des personnes que l’on aime, si on se concentre sur notre souffle, est-ce que cela peut nous aider à faire face à notre situation plus facilement, sans devenir insensible, mais le vivre avec moins d’émotion ?

     

    Cap-Blanc-Nez-20-nov-2011--17---Large-.JPG

     

    Oui, mais cela ne va pas très loin. Si vous vous donnez à la pratique du souffle à chaque peur, c’est très bien, mais la prochaine fois, il faudra de nouveau le faire. Quand vous êtes dans une situation complexe, cela à très peu de valeur de chercher un truc pour ne pas vous perdre. Quand vraiment c’est intenable, on pourrait dire : « Mettez l’accent sur l’expiration. » Mais ce qui est beaucoup plus essentiel, quand vous vous trouvez dans une situation où tout vous semble complexe, c’est de ressentir corporellement la tension.

     

    Peut-être que vous ne pouvez pas le faire dans l’instant, alors vous le faîte après. C'est-à-dire, vous vous allongez, vous vous asseyez dans votre fauteuil pour localiser corporellement la tension, là où campe l’écho de la situation difficile. Tous les conflits que vous ressentez ont toujours une localisation corporelle : dans le genou, dans le ventre, dans le plexus, dans la poitrine, il y’a toujours une région qui participe. Ressentez dans cette région du corps la réaction de défense, sans vouloir la défaire, la détendre, mais la ressentir. Sentez la gorge, la poitrine complètement en réaction. Explorez.

     

    Cap-Blanc-Nez-20-nov-2011--19---Large-.JPG

     

    Si vous pleurez, sentez la larme, la caresse de la larme, sentez le goût de la larme sur le coin de la bouche. C’est une caresse. La tension du visage, les mâchoires, les mains rétractées, les hanches. Déjà vous verrez l’accalmie naissante. Ensuite, quand vous rentrez chez vous le soir, allongez-vous, faites comme on l’a déjà expliqué. Portez le regard sur les régions qui ont été ébranlées dans la journée, pour qu’elles soient envahies par cette vibration. Là se produit un réel changement, parce que lorsque la région physiologique lâche, l’élément psychologique lâche également. Restez sur ce plan purement sensoriel. Il n’y a rien à penser, rien à justifier, rien à expliquer, sinon vous allez constamment tourner en rond.

    Le Sacre du Dragon vert. Pour la joie de ne rien être - Eric Baret

    Source

     

    Photos: Cap blanc Nez, dimanche 20 novembre 2011

    Divine journée!

     

    __________________________________________________________________________________________________________________

    Ressentir

     

    Article de Yoga Partout:

    L’ostracisation et le yoga

    Comment vivre avec les rejets, les personnes toxiques, borderline et autres imprévus sur le chemin spirituel afin de conserver l’homéostasie

    Nous avons tous, yogi ou pas, à un moment donné ou à un autre, avoir dû à vivre un échec, deux, trois, dix, quinze. C’est de cela que je veux vous entretenir aujourd’hui : Le rejet. Si vous avez l’impression d’avoir tellement été rejeté dans votre vie, que vous avez même vécu le jugement d’une collectivité, d’un groupe, continuez à lire cet article. Si non, au moins, pratiquez votre yoga, quel qu’il soit.

    Château de carte ou forteresse en béton?

    Personne n’est à l’abri, même les sages, les « arrivés », les prétentieux qui font semblant que rien ne les perturbes, nous avons tous un Ego. Le choix s’impose lorsque nous vivons un échec : Devons nous subir la douleur de manquer notre coup, peu importe le projet sur lequel nous avions bâti un espoir de mieux être? Ou plutôt, est-il préférable de continuer à jouer à l’autruche pour se dire et se répéter comme un mantra de la dernière minute que « Ce ne sont pas les évènements ni les gens qui nous perturbent mais bien l’idée que l’on s’en fait » (Épicure)

    Soyons pragmatique, « collé à la réalité et tenons nous en aux faits » (Véronique Loiseleur qui citait son Swamiji lors d’une conférence brillante et empreinte de GBS, ayant eu lieu à Victoriaville, au Québec, le quatre décembre 2010 grâce à Padma Yoga) puisque ce sujet est d’actualité depuis des centaines d’années : L’Ego.

    Posons-nous la question : Est-ce que l’Ego est à notre service ou nous en subissons les contrecoups?

    Plus on est éveillé, plus ça fait mal

    Il y a un adage qui dit que lorsqu’on travaille sur nous-mêmes, qu’on cherche à contrôler notre mental, alors tout notre être devient soudainement et agressivement actif. Hors donc, revenons sur le sujet, le rejet. Nous savons par expérience que vivre un rejet, ça fait mal. Des trois mondes dans lequel nous vivons, ce sont les perceptions du monde extérieur qui d’habitude se heurtent en premier à notre monde mental, notre intérieur. Ne nous éparpillons pas trop sur ce point puisqu’il existe une dichotomie évidente qui pourrait facilement donner lieu à un débat enrichi d’exceptions. Disons seulement que le monde physique à souvent une place prépondérante qu’il serait absurde d’ignorer et reconnaissons simplement que l’échec vécu en rejet appartient au ressenti physique. Amenons donc toute notre attention au niveau de la perception de ce que l’on vit et nous nous rendons compte que là encore, ce que nous vivons est illusion. Est-ce que cette compréhension des échecs vécus vous aide? NON, pas vraiment. En fait, c’est bien de comprendre une chose, un concept, une réalité, sauf que ça n’enlève pas la douleur.

    La douleur est inévitable. La souffrance est optionelle

    Comment se défaire d’une douleur si grande lorsqu’on ne voit pas notre Ego fondre comme on le souhaite? Vous savez cette fausse croyance qui dit qu’en pratiquant le yoga, notre Ego vas « disparaître », fondre comme une livre de beurre au soleil! Toutes les réponses à tous les questionnements qui surgissent en nous reposent indéniablement sur la perception que nous avons au sujet du rejet que l’on vit.

    Lorsque nous n’arrivons pas à percevoir cette réalité, nous continuons d’avoir mal. Nous vivons rejets, échecs, rejets, échecs en rafale, toute notre vie durant. Sans être capable de sortir de cette spirale toxique et sans même savoir qu’il est possible de s’en sortir même si les égratignures demeurent, nous continuons notre bonhomme de chemin en croyant que la vie est faite ainsi, que cet état de mal est inévitable. Certes, nous ne pouvons pas éviter la douleur. Il y aura toujours des situations, des personnes qui sont dérangés intérieurement et qui nous éclaboussent. Par contre la souffrance elle, nous pouvons l’éviter. Et c’est sur cette nuance que je vous invite à réfléchir, à méditer. Toute une vie durant, nous prenons des décisions, posons des gestes en fonction de la douleur que nous ressentons, que nous avons accumulée. Notre Ego se gonfle lorsqu’on réussit à faire un quelque chose de valorisant et il s’essouffle ou se dégonfle même, lorsque nous nous recroquevillons sur nous-mêmes. Nous perdons une partie de notre estime ou décidons de faire comme si cela ne s’était jamais produit. Chose certaine, l’étoile en nous en prend un coup. Cette étoile fait son travail pour nous mettre en garde que ce que l’on vit n’est pas sain pour l’esprit.

    L’étoile en nous

    J’ai un ami dont je n’ai plus de nouvelles depuis belle lurette. Son nom est Réjean. Voici l’histoire qu’il racontait à tous ceux et celles qui voulaient bien l’écouter.
    Nous avons tous une étoile à l’intérieur de nous qui brille. Nous devons l’honorer, la protéger, l’entretenir. Cette étoile nous guide. Lorsque nous commentons une faute, une erreur qui va à l’encontre de notre nature véritable, lorsque nous abusons ou simplement allons à l’encontre des lois de la nature, notre étoile nous pique de l’intérieur.
    Ça fait "OUCH" lorsqu’on fait quelque chose qui contrevient aux lois de la nature. Que ce soit un morceau de gâteau de trop que nous mangeons, un geste que nous ne devrions pas poser, aussitôt que nous sommes en contradiction avec nous-mêmes, notre « vrai nature », notre étoile nous pique à chaque fois pour nous indiquer que nous ne suivons pas la bonne route. À chaque fois que notre étoile nous pique, les pointes de celles-ci s’usent. A chaque fois qu’on se fait piquer par notre étoile intérieure, ça fait mal un peu moins mal que la fois précédente puisque les pointes d’usent au fur et à mesure.
    Lorsqu’un être humain enfreint constamment les lois de la nature, vient un moment donné ou l’étoile n’a plus de pointes! Les extrémités se sont tellement arrondis que ça ne fait plus mal. Ou du moins, la personne ne le ressent plus de façon aiguë.
    Mon ami Réjean nous racontait : « À ce moment là, c’est comme un gros mal de ventre ». Et puis, je me souviens, il prenait ses deux mains pour faire semblant que lui-même avait un "motton" dans l’estomac. Je le vois encore dans mon mental, comme si c’était maintenant. Il avait le visage crispé avec un sourire moqueur, il forçait son expression, il faisait semblant d’avoir mal. Mon souvenir de Réjean est très vivide, même encore aujourd’hui, même si trente années nous séparent!
    Pour terminer cette histoire, Réjean nous disait qu’il y avait quand même un espoir. Celui de retrouver notre étoile intérieure dans toute sa splendeur. Car, comme il nous disait en guise de conclusion : "Si nous sommes sages, que nous respectons "LA nature", alors les pointes de notre étoile se régénèrent, tranquillement, doucement et sûrement". Pour qu’au bout du compte, si nous vivons de façon éveillée, notre étoile nous guide sur le bon chemin.

    Ah, Réjean. Ce Réjean dont je vous raconte l’histoire, les dernières nouvelles que j’ai eu à son sujet est qu’il avait choisi un chemin spirituel très exigeant : la voie du Bhakti? chez les Hare Krisna?. On m’a dit qu’il était à l’hôpital, qu’il avait fait un jeûne purificateur tel, qu’il en était tombé malade. Ah Réjean : Je comprends aujourd’hui que l’histoire qu’il se plaisait à raconter et à raconter de nouveau, c’était pour lui-même qu’il la racontait. Il croyait se purifier en rejetant du revers de sa pensée la nourriture que son corps exigeait. Ce que la nature demande aux êtres humains c’est un respect de soi-même. Lorsqu’on abuse de notre métabolisme, notre étoile intérieure nous fait signe. Notre étoile nous dit de ralentir ou de prendre un chemin moins périlleux, au risque de mettre notre vie tout entière en jeux. Réjean n’a pas su écouter les signes de son étoile personnelle, il s’est retrouvé à l’hôpital déshydraté, maigre, carrément en danger. J’espère et je prie pour lui encore aujourd’hui que sa famille, ses proches, ses amis véritables qui le côtoyaient ont su lui faire voir une réalité flagrante qu’il n’a pas su comprendre: La souffrance est une option, ce n’est pas obligatoire de ce faire mal à soi-même pour arriver à bon port.
    Si je vous raconte l’histoire de Réjean, c’est pour vous démontrer combien les variations du mental (Vrtti) influencent notre façon de faire. Donc, si vous êtes en présence d’une personne qui vit des bouleversements (même un prof de yoga peut vivre un grand désordre intérieur, avoir un comportement borderline qui émerge lorsqu’un grand stress survient, etc.), ou qu’un proche de votre famille ne vous accepte pas tel que vous êtes, même en prenant le temps d’expliquer ce que vous vivez à l’intérieur (une sorte de blocage mental, d’obstination empêchant le proche a avoir de l’empathie par exemple), alors utilisez des techniques pratiques pour contrer ce rejet afin de protéger votre for intérieur.

    Pratico pratique, que faire?

    Vous avez vécu une situation tellement désagréable et parce-que cette situation ne se résorbe pas, vous réagissez. Vous êtes conscient de vos réactions. Le tourbillon dans votre tête prend le dessus. Les Vrttis de votre mental émergent de telle sorte que vous semblez perdre la maîtrise de votre vie. Que faire? Puis, naturellement, mécaniquement puisqu’il s’agit d’un processus quasi automatique, vous vous imaginez des choses. Parce-que votre mental cherche une explication logique qui fasse du sens pour vous-même, des pensées émergent qui vous ramènent en arrière. Par exemple, vous faite des liens en rapport avec la situation que vous vivez et trouvez des concordances avec d’autres situations de rejets que vous avez vécu dans le passé. Un peu comme si vous regardiez la première page d’un journal à sensation et que trois meurtres étaient annoncés en gros titre. La première pensée qui vous vient à l’idée, c’est celle qui suppose qu’un tireur en série se promène au large. Oui? Alors qu’en réalité, si vous lisiez le fond des nouvelles, vous vous rendriez compte qu’il n’y a aucun lien entre chacune des tragédies. Ainsi fonctionne notre mental. Nous vivons une situation douloureuse, alors notre mental cherche des points de références passées qui nous aideront à rétablir une homéostasie.

    Parce-que cet équilibre tant recherché n’arrive point à s’établir, nous faisons des liens avec des évènements passées qui n’existent pas vraiment. Intérieurement vous bouillez jusqu’à développer une ostracisassion contre vous-même!

    Il y a huit façons de vivre cette toxicité :

     

    1. On ignore tout, comme une autruche en faisant fi de rien
    2. On exprime une colère, de la colère proportionnelle ou disproportionnelle selon notre tempérament
    3. On se rend malade à absorber, on se sent coupable
    4. On prend la situation comme une critique sérieuse, très durement cela nous paralyse, nous avons peur
    5. Pour éviter la réalité, on se sabote
    6. On se critique soi-même, tout le blâme repose sur nos épaules
    7. On se cache de honte
    8. On ostracise à notre tour, nous devenons le bourreau de quelqu’un d’autre

     

    Une solution à cet état d’âme

    Lorsqu’on vit une crise existentielle, nous devons nous « restructurer » à chaque coup. À chaque fois nous devons « refaire notre psyché » le plus rapidement possible. Par exemple, la dernière fois que j’ai vécu un déséquilibre profond de ce genre, ça m’as pris cinq jours pour retomber sur mes pattes. J’expliquais à une proche qui n’arrivait pas à comprendre pourquoi j’avais changé, pourquoi je parlais de cet envahissement avec autant de trémolo dans ma voix, pourquoi cette attaque envers mon Ego était si déroutante. J’étais méconnaissable. Par contre, parce-que j’ai appliqué cette technique de yoga symbolique dont je fais ici l’introduction, je suis demeuré conscient de ce qui se produisait en moi. J’ai été bouleversé, certes, sauf que j’ai réussi à vivre les échecs à lequel je faisais face de façon consciente et engagée.
    Voilà ce qu'est le yoga symbolique! D'arriver par la méditation de trouver un symbole qui nous est propre (L'Ego est à notre service, souvenons nous en!), une phrase, une affirmation, un mantra que l'on se répète comme le Japa? yoga et de visualiser, d'intégrer, de vivre cette symbolique jusqu'au cerveau limbique en utilisant le son, la musique est en fait une technique d'éveil très puissante.

    Certes, nous ne dévoilons pas cette technique ici dans cet article car c'est un enseignement qui doit être transmit en temps réel, pas en suivant des consignes écrites, dites à la radio ou vu sur un DVD ou écran YouTube, cela contradirait l'essence même de yogapartout.com, de sa mission de transmettre la connaissance seulement en temps réel.

    Toutefois, si vous vivez quelque chose d'intense et que vous désirez qu'un de nos professeur vous téléphone via Skype, faites nous signe via cette interface de communication.

    Entre temps, que la paix et l'harmonie vous habite.

    Namaste.

    Pensée

    En attendant la partie II de cette page, voici une pensée de Georges Bernard Shaw qui, d'une certaine façon, touche le vif du sujet:

     
    "Prenez soin d’obtenir ce que vous aimez, sinon vous serez forcé à aimer ce que vous obtiendrez"
     
     

    3 commentaires
  • http://abby.hautetfort.com/media/00/00/228641743.jpg

    Je crois que c'est ce qui est difficile : arriver à perdre tous les concepts

    Éric Baret : Vous n'avez même pas à les perdre. Il y aura toujours des concepts. Mais vous n'êtes plus limité par eux.
    Ce que nous pensons l'un et l'autre de la vie sera toujours différent, lié à notre culture, à notre hérédité. Il y aura toujours des pensées. Mais, à l'instant où vous vous rendez compte que tout ce que vous pouvez penser est un préjugé, vous êtes libre de votre pensée, c'est-à-dire que vous n'abordez plus les situations en fonction d'elle. Je sais que mes opinions viennent de mes préjugés, de ce que j'ai lu, appris, entendu, pensé... Donc, si quelqu'un pense différemment de moi, cela ne peut plus être une cause de conflit pour moi. Je sais que si j'avais son hérédité, sa culture, son expérience, je penserais comme lui. Et s'il avait le même passé, la même hérédité, la même culture, la même expérience, le même mode de raisonnement que moi, il penserait comme moi. Nos deux opinions sont aussi nulles et aussi justes l'une que l'autre. Toutes deux sont inévitables. Les serpents voient le monde comme des serpents, les mangoustes comme des mangoustes. Il n'y a pas une vision qui soit plus juste que l'autre. Selon que vous avez été aimée ou maltraitée très jeune, vous voyez le monde d'une manière ou d'une autre. On garde toujours une forme de coloration de son milieu, de sa culture, même quand on fait semblant de changer de culture ou de milieu. Quand on se rend compte de cela, on n'est plus limité par ses opinions. On est à l'aise avec toutes les opinions, avec toutes les cultures, avec tous les systèmes de pensée, avec les gens qui mangent de la choucroute comme avec ceux qui pratiquent le yoga. C'est ce que l'on appelle la disponibilité.

    Si vous n'êtes plus pris par votre propre opinion, une forme de plasticité se fait dans votre vie. Au lieu d'avoir une vie très fermée, très scellée sur « c'est cela qui est juste, tous ceux qui pensent autrement se trompent », votre vie devient disponible et vous ne voyez plus de conflit dans ce qui pourrait se présenter. Si la vie vous apporte la chance de pratiquer un art, vous le pratiquez, et si elle vous empêche de le pratiquer, vous ne le pratiquez pas. Rien ne vous manque. Si vous êtes seul dans votre chambre d'hôtel le matin à cinq heures, vous faites du yoga. Si vous n'êtes pas seul ou si vous avez un avion à prendre, vous faites ce qu'il y a à faire. Vous conversez avec votre visiteur ou vous pre­nez l'avion. Rien ne manque ; pas de choix. S'il y a des carottes, vous mangez des carottes, et s'il n'y en a pas, vous improvisez. Cela amène une très grande facilité de vie.

    La vie est facile. Les gens ont une vie difficile lorsqu'ils ont une vie conceptuelle, des opinions du type « c'est juste, c'est faux ». Toute la vie est alors un conflit pour faire ce qui est juste et éviter ce qui est faux. C'est une vie dramatique. À un moment donné, on ne vit plus ainsi ; ce qui est là est ce qui est juste. Cela ne signifie pas que, s'il y a conflit, je n'agirai pas. Peut-être faut-il faire la guerre ou être violent ; cela fait partie de cette disponibilité. Mais ce n'est plus pour quelque chose, pour une idéologie ; c'est par quelque chose, par une résonance.
    Il n'y a que vous qui puissiez sentir si vous êtes fait pour fréquenter les brasseries ou les séminaires de yoga. Et vous ne pouvez le savoir que le jour où vous voyez qu'il n'y a aucun choix là-dedans. C'est quelque chose qui est inscrit en vous ; vous allez suivre ce qui est inévitable.

    Eric Baret


    votre commentaire

  • votre commentaire
  • http://i.ndtvimg.com/i/2015-03/yoga-625_625x350_81426508556.jpg

    La pratique du yoga traditionnel stimule la disponibilité et donne une capacité de fonctionnement harmonieux avec l’environnement.

    Quand vous sortez d’une séance, vous devez vous sentir disponible à toutes les douceurs et à toutes les violences de la vie.

    Si vous vous sentez agressé par le bruit du téléphone, le hurlement des voisins ou la pollution, c’est que votre travail est encore volontaire. Au lieu de vous ouvrir à la réalité, vous vous êtes séparés de l’environnement, en créant l’image d’un yogi, d’un être spirituel. Quand on se prend pour quelque chose pour défendre cette image, la vie n’est que conflit.

    La pratique traditionnelle est là pour la mettre en question. Notre travail est sans référence physiologique qui provoquerait une restriction tactile. Le corps de sensation ne connait pas les limites de la science. Vous sentez l’élasticité de l’air, les courants énergétiques, les ressentis de vie qui ont été en fait à l’origine de la création du corps.

    On devient de plus en plus vivant, réceptif à cette immense potentialité sans s’y perdre. On laisse les rythmes intimes aller et venir, vous en découvrirez d’autres de plus en plus sensuels. De nouvelles régions s’éveillent comme des échos sans fin.

    La pose extérieure n’a pas d’importance, le corps n’est pas physiologique, il est musique.

    Laisser mourir la sensation de densité, de compression, déposez ce corps de défense, de peur, dans le corps de senti : il n’y a plus de corps.

    Cette vibration apparait et disparait dans la conscience, se révèle dans la conscience, révèle la conscience et se meurt dans la conscience.

    La beauté est dans ce mouvement de laisser vivre et mourir le senti, célébration de la vie, sacrifice de toutes nos restrictions.

     

     Eric Baret dans « Santé Yoga » janvier 2009

     


    1 commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique