• Paria, marginal ou cynique, le fainéant a toujours suscité autant louanges que dédain ou critiques, jusqu'à Emmanuel Macron. Depuis l'Antiquité, les philosophes font l'éloge de l'oisiveté contre le dogme du travail. Mais pourquoi Sénèque, Rousseau, Lafargue ou Russell défendent-ils la paresse ?

    ParesseuxParesseux Crédits : DEA / C. DANI I. JESKE - Getty

    "Je ne céderai rien, ni aux fainéants, ni aux cyniques, ni aux extrêmes", déclarait le chef de l'État, Emmanuel Macron, vendredi 8 septembre depuis Athènes. Mais pourquoi s'insurger contre ces "fainéants", la paresse ne pourrait-elle pas être ce terreau de la réflexion et de la liberté ? Les philosophes interrogent cet art de ne rien faire : Sénèque, Rousseau, Lafargue et Russell font ainsi l'apologie de l'oisiveté et des loisirs.

    Parce que l’oisiveté est une activité de l'esprit chez Sénèque

    Préférer l’oisiveté ("otium", en grec) n’est pas un vilain défaut. C’est, à l’inverse, une nécessité pour ceux qui souhaitent se détacher d’une activité physique incessante et chronophage. Cet exil de la pensée permet, selon Sénèque (dont la mort est attestée en 65 ap. J.C), de se déprendre des affaires et des passions de la vie quotidienne. Cultiver son oisiveté, c’est se donner l’occasion de méditer sur soi-même, sur les autres et sur le monde. Farniente et apathie sont ainsi proscrits pour donner lieu à un idéal de sagesse. Persévérer dans cette activité de l'esprit n'est ni un vice, ni une fuite, mais le privilège du sage qui sait vivre en autarcie.

    Extrait de la Lettre LV, issue des Lettres à Lucilius, écrites en 63-64 :

    Il y a loin du vrai repos à l'apathie. Pour moi, du vivant de Vatia, je ne passais jamais devant sa demeure sans me dire : "Ci-gît Vatia." Mais tel est ô Lucilius, le caractère vénérable et saint de la philosophie, qu'au moindre trait qui la rappelle le faux-semblant nous séduit. Car dans l'oisif le vulgaire voit un homme retiré de tout, libre de crainte, qui se suffit et vit pour lui-même, tous privilèges qui ne sont réservés qu'au sage. C'est le sage qui, sans ombre de sollicitude, sait vivre pour lui ; car il possède la première des sciences de la vie. Mais fuir les affaires et les hommes parce nos prétentions échouées nous ont décidées à la retraite, ou que nous n'avons pu souffrir de voir le bonheur des autres ; mais, de même qu'un animal timide et sans énergie se cache par peur, c'est vivre, non pour soi, mais de la plus honteuse vie : pour son ventre, pour le sommeil, pour la luxure. Il ne s'ensuit pas qu'on vive pour soi de ce qu'on ne vit pour personne. Au reste, c'est une si belle chose d'être constant et ferme dans ses résolutions, que même la persévérance dans le rien faire nous impose.

    Parce que la liberté consiste parfois à s'abstenir d'agir, chez Rousseau

    La paresse serait inscrite dans la nature de l’homme. C'est cette "délicieuse indolence" dont nous parle Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) dans son Essai sur l’origine des langues, que l’homme aime perpétuer naturellement. En effet, "dormir, végéter et rester immobile", au lit ou ailleurs, sont pour lui autant d’inactions relevant de la paresse, notre passion naturelle la plus forte après la conservation de soi. L’activité, la prévoyance et l’inquiétude sont quant à elles les peines de l’homme civilisé. Le doux repos de la paresse serait notre ultime désir et à défaut de ne pouvoir perdurer dans cet état, nous pouvons encore nous y efforcer. C’est d’ailleurs "pour parvenir au repos que chacun travaille : c’est encore la paresse qui nous rend laborieux.". Fondement de notre nature ou refuge pour notre liberté, l'inaction est parfois l'unique possibilité d'affirmer sa volonté de ne pas se laisser imposer.

    Dans Les rêveries du promeneur solitaire, "sixième promenade", rédigées entre 1776 et 1778 et publiées à titre posthume en 1782, Jean-Jacques Rousseau écrivait ceci :

    Je m'abstiens d'agir, car toute ma faiblesse est pour l'action, toute ma force est négative, et tous mes péchés sont d'omission, rarement de commission. Je n'ai jamais cru que la liberté de l'homme consistât à faire ce qu'il veut, mais bien à ne jamais faire ce qu'il ne veut pas, et voilà celle que j'ai toujours réclamée, souvent conservée, et par qui j'ai été le plus en scandale à mes contemporains ; car, pour eux, actifs, remuants, ambitieux, détestant la liberté dans les autres et n'en voulant point pour eux-mêmes, pourvu qu'ils fassent quelque-fois leur volonté, ou plutôt qu'ils dominent celle d'autrui, ils se gênent toute leur vie à faire ce qui leur répugne, et n'omettent rien de servile à commander.

    Peinture de Vincent Van Gogh, "la sieste".Peinture de Vincent Van Gogh, "la sieste". Crédits : LEEMAGE - AFP

    Parce que la paresse est un droit, chez Lafargue

    Paul Lafargue, dans son pamphlet Le droit à la paresse, prône un renversement de l’ordre social actuel. Le travail devrait seulement être "un condiment de plaisir à la paresse" et, en ce sens, il ne devrait nous occuper que trois heures par jour. Le reste du temps, nous pourrions le consacrer "à fainéanter et bombancer le reste de la journée et de la nuit". Pour le philosophe français (1842-1911), la paresse devrait alors être considérée comme la norme, un droit pour chacun d’user de sa propre personne à des fins désintéressées. "Au lieu de réagir contre cette aberration mentale, les prêtres, les économistes, les moralistes, ont sacro-sanctifié le travail", écrit encore Paul Lafargue. Dans cette lutte contre l'amour illusoire du travail et pour la reconnaissance du droit à la paresse, les machines seraient nos meilleurs alliés.

    Extrait de Le droit à la paresse de Paul Lafargue, paru en 1880 :

    Et cependant le génie des grands philosophes du capitalisme reste dominé par le préjugé du salariat, le pire des esclavages. Ils ne comprennent pas encore que la machine est le rédempteur de l'humanité, le Dieu qui rachètera l'homme des sordidæ artes et du travail salarié, le Dieu qui lui donnera des loisirs et la liberté.

    Parce que le travail est une morale d'esclave et l'oisiveté un fruit de la civilisation chez Russell

    Avez-vous déjà entendu un travailleur dire : "Je ne suis jamais aussi content que quand vient le matin et que je dois retourner à la besogne qui est la source de mon bonheur" ? Bertrand Russell (1872-1970) en doute fortement dans son essai Eloge de l’oisiveté. Les heures passées au prélassement sont pour lui les seuls véritables instants de bonheur. Il est indéniable pour le philosophe que l’oisiveté soit le fruit de la civilisation et de l’éducation. La morale du travail serait comme "une morale d’esclave", or "le monde moderne n’a nul besoin d’esclaves".

    Russell écrivait dans L'éloge de l'oisiveté, en 1932 :

    Si le salarié ordinaire travaillait quatre heures par jour, il y aurait assez de tout pour tout le monde, et pas de chômage (en supposant qu'on ait recours à un minimum d'organisation rationnelle). Cette idée choque les nantis parce qu'ils sont convaincus que les pauvres ne sauraient comment utiliser autant de loisir. [...] Le bon usage du loisir, il faut le reconnaître, est le produit de la civilisation et de l'éducation. Un homme qui a fait de longues journées de travail toute sa vie n'ennuiera s'il est soudain livré à l'oisiveté. Mais sans une somme considérable de loisir à sa disposition, un homme n'a pas accès à la plupart des meilleurs choses de la vie. Il n'y a plus aucune raison pour que la majeure partie de la population subisse cette privation ; seul un ascétisme irréfléchi, qui s'exerce généralement par procuration entretient notre obsession du travail excessif à présent que le besoin ne s'en fait plus sentir.

    Source

    Des bonus si vous n'avez pas trop de paresse pour lire smile

    https://vivre-en-resilience.com/2016/09/07/je-suis-un-faineant-ou-pas/

    http://www.philomag.com/lactu/breves/pourquoi-il-faut-etre-faineant-24884

     

     


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  • L'instant présent est débordant de joie

     C'est inouï la joie que nous gâchons à chaque instant par nos constructions mentales.

    L'instant présent est débordant de joie, et nous travaillons très fort à le gâcher, dans le but d'arriver, peut-être un jour, à une joie très quelconque et extrêmement fugace.

    Donc, toujours revenir à ce qui est là, maintenant.

    Il faut persister en cela. Comment y arrive-t-on ? Seulement si il y a de l'enthousiasme, de la passion, pour la liberté.

    Dans toutes les sphères d'activité - en art, en science, dans les domaines techniques-, ce sont des gens passionnés qui ont fait des découvertes et permis des transformations durables dans l'humanité."

    Jean Bouchart d'Orval, Au coeur de l'instant


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  • Victime et assassin

    Popof août 2017

     

    Celui qui se sent blessé ne peut pas s'empêcher d'être agressif. La victime réagit en assassin. Aussi la victime et l'assassin sont deux faces opposées, les deux aspects de la même expérience...

     Vous ne voulez pas tuer? Essayez simplement de vous libérer d'être une victime.

    Swâmi Prajnapad


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  • Livres-cafe.jpg

      “Range le livre, la description, la tradition, l’autorité

    et prend la route pour découvrir toi-même”.

    Krishnamurti

     


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  • Un bonheur

    Un peu d'enfance qu'on insulte,

     

    Trop de dédain dans chaque mot,

     

    Au fond du cœur quelques oublis :

     

    De quand datait la fin du monde ?

     

    Une planète autour du cou,

     

    Un ciel malade sous la porte,

     

    Un vieux poème qui se tait,

     

    Une douleur qui se veut douce,

     

    Toutes les choses très contentes

     

    Et plus d'un être presque heureux,

     

    Quelqu'un qui frappe sur la table :

     

    Serait-ce encore le grand doute ?
     

    La vie, la vie tellement simple

     

    Qu'on n'ose pas en approcher.


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  • http://www.potiondevie.fr/wp-content/uploads/2012/04/amouramour.jpg

    Pour Atteindre l'Amour, il y a quatre pas à mémoriser.
     

     Le premier : être ici et maintenant, parce que l’amour n’est possible qu’ici et maintenant.

    Tu ne peux pas aimer dans le passé.

    Le second pas vers l’amour c’est : apprends à transformer tes venins … en miel ...


    Le troisième pas vers l’amour c’est de partager tes éléments positifs, partager ta vie, partager tout ce que tu peux avoir.

    Tout ce que tu as de beau, ne le cache pas.

    Et le quatrième : ne sois rien.

    Quand tu commences à penser que tu es quelqu’un, tu t’immobilises, tu te figes.
    Alors l’amour ne coule plus.
    L’amour ne s’écoule que de quelqu'un qui n’est personne.

    L’amour réside dans le rien.

    Quand tu es vide, il y a de l’amour.
    Quand tu es plein d’ego, l’amour disparaît.
    L’amour et l’ego ne peuvent converger.

    Il est très facile d’aimer les gens dans l’abstrait, le vrai problème surgit dans le concret.


    Et souviens-toi, si tu n’aimes pas les êtres humains concrets, les êtres humains réels, tout ton amour pour les arbres et les oiseaux est faux, pur bavardage.

    L’amour est une fleur très fragile.
    Il doit être protégé, il doit être renforcé, il doit être arrosé ;alors seulement il grandit.
    Aime comme quelque chose de naturel, comme tu respires.
    Et quand tu aimes quelqu’un ne commence pas à exiger ; sinon, même dès le début, tu commenceras à fermer les portes.

    Osho


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  • Une unité entre la vision philosophique de la Grèce antique et celle de la tradition indienne sur la vertu et l'éthique pour atteindre le bonheur.

    http://pedagopsy.eu/images/aristote.jpg       https://i.pinimg.com/736x/51/96/be/5196be8e689ca253dfb8fbc4969fe96e--sathya-sai-baba-the-rainbow.jpg

    Le PDF est ici

    “L’excès et l’insuffisance sont les caractéristiques du vice, alors que le juste milieu (l’état intermédiaire) est la caractéristique de la vertu.”

    “Soumettez le corps,
    Corrigez les sens,
    Mettez un terme au mental.”

    En plaçant la contemplation profonde au sommet de la pyramide des valeurs, Aristote n’accorde pas moins d’attention à l’importance des valeurs pratiques ou éthiques. Au contraire, celles-ci sont les outils nécessaires par lesquels l’homme peut s’élever à la hauteur de Theoria, la Connaissance Divine, et expérimenter la félicité de l’union avec Dieu. C’est pourquoi il a consacré la majeure partie de son livre à analyser les valeurs morales qui doivent accompagner le chercheur spirituel dans sa vie quotidienne.

    Concluons par ce court passage de Swami qui contient vraiment l’essence des enseignements d’Aristote :

    "La conséquence de l’Action juste (karma conforme au dharma) est la pureté de coeur qui conduit à l’acquisition de la Connaissance supérieure (jnâna). L’union de karma et de jnâna conduit au Bonheur suprême. C’est le but ultime de tout être humain.”

     Swami clarifie nos doutes communs

    Bombay magic


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    Plutôt réservé à ceux qui connaissent bien les principes de la respiration et les précautions à prendre pour son dos.

    A ne pas réaliser comme une gymnastique sans conscience.

     

     

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