• Je te souhaite de vivre autrement que les gens arrivés.
    Je te souhaite de vivre la tête en bas et le cœur en l’air, les pieds dans tes rêves et les yeux pour l’entendre.
    Je te souhaite de vivre sans te laisser acheter par l’argent.
    Je te souhaite de vivre debout et habité.
    Je te souhaite de vivre le souffle du feu, brûlé vif de tendresse.
    Je te souhaite de vivre sans titre, sans étiquette, sans distinction, ne portant d’autre nom que l’humain.
    Je te souhaite de vivre sans que tu aies rendu quelqu’un victime de toi-même.
    Je te souhaite de vivre sans suspecter ni condamner, même du bout des lèvres.
    Je te souhaite de vivre sans ironie, même contre toi-même.
    Je te souhaite de vivre dans un monde sans exclu, sans rejeté, sans méprisé, sans humilié, ni montré du doigt, ni excommunié.
    Je te souhaite de vivre dans un monde où chacun aura le droit de devenir ton frère et de se faire ton prochain.
    Un monde où personne ne sera rejeté du droit à la parole, du droit d’apprendre à lire et savoir écrire.
    Je te souhaite de vivre dans un monde sans croisade, ni chasse aux sorcières.
    Je te souhaite de vivre dans un monde libre d’aller et venir, d’entrer et de sortir, libre de parler librement dans toutes les églises, dans tous les partis, dans tous les journaux, à toutes les radios, à toutes les télévisions, à toutes les tribunes, à tous les congrès, à toutes les assemblées, dans toutes les usines, dans tous les bureaux, dans toutes les administrations.
    Je te souhaite de parler non pour être écouté mais pour être compris.
    Je te souhaite de vivre l’inespéré, c’est dire que je te souhaite de ne pas réussir ta vie.

    Père Jean Debruynne


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  • http://i19.servimg.com/u/f19/18/53/39/58/arbre_11.jpg

    Pourquoi ce monde est il violence?
    Pourquoi ce monde est il souffrance
    Pourquoi ce monde est il
    désespérance ?

    Est ce la conséquence ,
    La conséquence de cette croissance
    Qui devait nous apporter,
    Bonheur et prospérité ?
    Est ce la conséquence,
    La conséquence de cette
    concurrence
    Qui même "libre et non faussée",
    N'est qu'une mortelle compétition
    Source d'injustices et d'inégalités?

    -Pour les plus forts argent et domination,
    -Pour la plupart, travail et soumission,
    -Pour les plus faibles, pauvreté et exclusion
    -Pour notre Terre, la pollution ,
    -Pour la nature, la destruction !
    Et pour tout le genre humain,
    La peur du lendemain…

    Inégalités de plus en plus profondes
    Entre pauvres et riches de ce monde
    Plus de profits pour les actionnaires
    Et pour les pauvres, plus de misère !

    Injustice qui mène à la souffrance
    Souffrance qui mène à la désespérance,
    Désespérance qui mène à la violence,
    N'est ce pas là une évidence ?

    L'humanité toute entière soumise
    A la dictature de l'économie
    Mortifère est cette idéologie
    Où le monde n'est qu'une marchandise
    Juste bonne à vendre ou à jeter !
    Où l'Homme n'a plus pour Dieu et pour église
    Que l'argent et la consommation …
    Et les temples de la grande distribution !

    Mortelle pour la démocratie
    Est des "libéraux", cette homélie
    Où concurrence et compétition,
    Remplacent aide et coopération
    Où à la place de l'amitié,
    Écraser l'autre est la seule solution !
    Où tout doit être Compétitivité
    Où rien ne doit être Fraternité

    Écoutez les crier, ces "libéraux"
    Au nom de leur liberté
    D'entreprendre
    De vendre
    Et de circuler!
    Écoutez leur prêche et leur credo !
    Pour les plus pauvres, les impôts
    Pour les plus riches, les cadeaux fiscaux !

    Tout faire pour la croissance
    Tout faire pour la concurrence
    Et tant pis pour la souffrance
    Et tant pis pour la désespérance
    Même si cela mène à la violence,
    Mon dieu quelle indécence....
    Mon dieu quelle décadence !

    Cette exacerbation de l' égoïsme
    Cette élimination de tout civisme
    Cet individualisme, ce productivisme
    En un mot ce capitalisme
    Venu droit de l'esclavagisme
    Venu droit du féodalisme
    Qui a généré le communisme
    Le fascisme, et le nazisme,
    Le terrorisme et l'intégrisme
    Qui aujourd'hui veut se cacher
    Sous le nom de… Libéralisme !

    Afin de mieux l'opinion tromper...
    Afin de mieux l'humanité voler
    Afin de mieux , la vie assassiner…
    Spirale infernale de la souffrance,
    Spirale infernale de la désespérance,
    Spirale infernale de la violence
    Et du désir de vengeance,
    De la colère et de la haine,
    Exploitant à fond…
    Ce qui vient du plus profond,
    De la nature humaine…
    Il nous faut bien en avoir conscience…
    C'est si difficile la compassion…

    Mais il faut répondre à cette question…

    Comment arrêter cette indécence ?
    Comment arrêter cette décadence ?
    Par qui viendra la délivrance ?

    Une seule solution …

    Ne pas répondre par la violence
    Ne pas créer d'autres souffrances
    Surtout pas la révolution
    Surtout pas la soumission
    Surtout pas la capitulation !

    Mais la résistance
    Par la non violence
    La désobéissance
    A la loi des patrons
    A la loi du pognon !
    La prise de conscience
    Par de belles actions
    Afin de gagner l'opinion
    Afin de convaincre les populations
    Alors agissons, chantons … crions !
    Vive la décroissance
    Halte à la compétition
    Oui à la coopération
    BOYCOTT la grande distribution !
    BOYCOTT la consommation !!
    Pour que cesse la souffrance
    pour que cesse la désespérance
    Pour que cesse la violence

    Et qu’enfin advienne...L’ESPÉRANCE

    Michel Nguyen (mai 2006)
      


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  • http://farm3.static.flickr.com/2278/2232285777_9971a1417f.jpg
    Les téléphones se réduisent, s'adaptent à nos poches, mais plus ils se multiplient, plus le vis à vis est rare.


    Entre clavier et souris, on frappe à la porte des relations inassouvies.


    On se perd en circonlocutions, avant de convenir d'un rendez-vous.

    Texto: Si je ne t'appelle pas demain, je te ferai un mail. Bises à plus.

    Se voir, c'est toujours plus tard.

    Ces baisers sur écran, on les voudrait tellement sur la joue.

    Tout le monde est presque là, mais personne n'est là.

    La présence se devine plus qu'elle ne s'éprouve.

    http://unesolitude.unblog.fr/files/2007/04/691solitude.jpg
    Nous sommes devant des vallées asséchées, où seuls les fossiles nous font imaginer qu'il y coulait autrefois une belle mer bleue.

    Plus les écrans rétrécissent, plus les distances qui nous séparent s'élargissent.

    La facilité des échanges est une illusion de notre époque.

    En multipliant les moyens de communications, la société moderne a rehaussé, proportionnellement ses barrières. 




    Inassouvies, nos vies

    Extrait de "Inassouvies nos vies" de Fatou Diome

    Betty passe son temps à observer l'immeuble d'en face. Son attention se focalise sur une vieille dame ; à son air joyeux, elle la baptise Félicité et se prend d'affection pour elle. Lorsque Félicité est envoyée contre son gré dans une maison de retraite, Betty remue ciel et terre pour la retrouver. Une véritable amitié va les lier. Une nouvelle va plonger Félicité dans le mutisme. Impuissante, Betty prend du recul et part quelques jours. A son retour, Félicité n'est plus. Betty sombre dans la mélancolie. Une rencontre la sort du spleen : l'ami, qu'elle va aimer comme on aime un homme qu'on ne touchera jamais, car le voir suffit. Mais la vie fait ses trous de dentelle ; au vide de trop, c'est le déclic : Betty largue les amarres, disparaît, on ne sait où. Chez elle, seule la musique, la kora, répond aux questions : inassouvie, la vie, puisqu'il y a toujours un vide à combler.


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    Source de ce texte

     

    POISSONS (20 février au 20 mars)

    Élément : Eau

    Qualité : Mutable

    Planètes : Neptune (jupiter premier mâitre)

    Symbole : Les poissons

    Quelques mots sur les poissons :

    Dernier signe d’eau et du zodiaque, il possède en lui une énergie régénératrice qui rappelle la source. L’énergie des poissons est porteuse d’amour ce qui amène le DON DE SOI.

    Les poissons sont nécessaires pour voir au delà des illusions et pour faire confiance à la vie tout le long du chemin.

    C’est l’enfant divin, cette partie de nous qu’on peut appeler pour se reconnecter.

    Ma perception du signe

    [Généreux – dévoué – intuitif – naïf – mystérieux – influençable – romantique – créatif – adaptable – compatissant]

    Les poissons est l’un des signes les plus difficiles à comprendre en un clin d’oeil. Combien d’entre vous ont du mal avec les eaux instables du dernier signe du zodiaque ? Cette instabilité vient mettre le trouble dans l’esprit de toute personne qui tente de sonder le sensible poisson. En effet, les poissons sont intuitifs, ayant malgré eux une sensibilité qui flirte avec la fragilité. Ils sont les plus proches de l’intuition divine, mais se perdent bien souvent eux-même dans le trouble de leurs eaux.

    Il y a donc un paradoxe flagrant chez les poissons : d’une part une générosité à toute épreuve. Et de l’autre une propension à ne penser qu’à soi, à rester dans leur bulle sans prendre garde aux autres. Ce double aspect du signe peut parfois être complémentaire, mais bien souvent les poissons sont happer d’un côté ou de l’autre.

    Ayant du mal à mettre leurs limites, les poissons peuvent souvent se faire marcher sur les pieds par des personnes ayant perçue leurs bonnes âmes. L’absence de frontière, l’impression qu’ils sont la mer/mère de tous les hommes, peut leur demander de donner plus qu’ils ne le peuvent. Ainsi, certains se sacrifient pour leurs proches ou s’adonnent à une activité où ils peuvent donner au plus grand nombre.

    Heureusement, certains poissons vont goûter à cette absence de limite dans le domaine artistique et non humain. Ils seront ainsi des peintres ou musiciens inspirés et inspirants, ne connaissant aucune limite à leur art. C’est dans ce type de cas qu’ils deviennent mystérieux, énigmatiques pour leur entourage qui ne sait pas encore entrer dans leur bulle. Cela est semblable pour comprendre leurs émotions. Les poissons vivent tout à 200%, sans pour autant le laisser transparaître. Alors certains vont apparaître froids et distants au prime abord, tandis que d’autres seront en recherche constante d’affection et de toucher, s’entourant de nombreux amis.

    Le signe est paradoxal mais totalement enivrant au final.

    Les poissons sont bien souvent tendres, romantiques, affectueux avec leur moitié. Ils rêvent d’île déserte et de pouvoir réaliser tous leurs rêves. Certains peuvent même se montrer mystiques, leur planète neptune leur conférant une belle connexion, tandis que jupiter (premier maître) leur offrira la réputation d’être chanceux.

    Ceux sont avant tout des idéalistes qui peuvent parfois être déçus de la réalité de la vie. Certains vont alors avoir une propension aux drogues, celles qui permettent de percevoir une autre réalité. Ainsi, il leur est déconseillé d’essayer quoi que ce soit de ce type pour leur bien être. D’autres encore, comme on l’a vu, vont s’échapper grâce à leur imaginaire ou leur inspiration (devenant ainsi artiste).

    Encouragez toujours un poisson à prendre des initiatives car cela n’est pas leur fort. Ils manquent de confiance en eux et pourraient se contenter de rêvasser alors même qu’ils ont toutes les capacités entre leurs mains. Ils ont bien souvent la foi, la foi en la vie. Ainsi, ils savent qu’après l’orage le beau temps viendra, mais cela ne les empêche pas d’être des anxieux qui ne se l’avouent pas. Ils auront toujours une bonne parole pour vous, mais ne vous diront pas toujours ce qu’il en est d’eux. Montrez leur votre soutien et votre présence. Ils en ont besoin plus qu’il ne le laisse percevoir.

    Ce qu’il a à nous offrir dans le thème, comment l’interpréter

    Dans un thème, la maison où se situe le signe des poissons est un domaine où votre idéal est fort. Les poissons ont cette particularité d’offrir la foi, celle qui permet d’aller au delà des frontières. C’est ainsi un domaine de votre vie où vous expérimenterez et vous transformerez.

    Les poissons ouvrent vos horizons en enlevant les limitations. Ainsi, cela peut être un domaine où vous vous ressourcer, vous régénérez. La solitude ne vous fait pas peur, car vous vous sentez interconnectés avec l’humanité entière.

    C’est un domaine où vous vous sentez comme un poisson dans l’eau, et où vous serez adaptable (indépendamment des autres éléments du thème). Aussi, la part sombre des poissons pourraient signifier que c’est un domaine où vous pourriez être influencé par autrui, ou encore illusionné…(La position de neptune et jupiter, et leurs aspects dans le thème astral seront ainsi importants à étudier.)

     

    Un peu de mythologie

    Les poissons portèrent sur leur dos Vénus et Cupidon. Ils les aidèrent à fuir le géant Typhon au delà de l’Euphrate. En récompense, les poissons se retrouvèrent en constellation.

    Un mythe qui vient souligner les « possibles » du signe des poissons. Aucune limite ne leur est imposée, la mer et ses infinis courants, ses infinis possibles, à l’image du ciel, reflet des océans, où les hommes placent leurs rêves et espoirs. C’est ainsi que le signe est jugé sensible, mais également clairvoyant. Ils perçoivent tout avant tout le monde même si ils ont du mal à l’exprimer. Les poissons vivent ainsi l’abondance, la richesse, la plénitude plus que quiconque quand ils se laissent aller aux flots de la vie. C’est le signe qui assemble, qui ne connait plus aucune séparation, ce qui vient boucler la boucle de l’incarnation dans le zodiaque.

    Eux mieux que quiconque savent se laisser porter. Eux mieux que quiconque expérimentent le lâcher prise.

    Je vous laisse sur cette citation concernant ce signe :

    Extrait de Astrologie karmique, Tome 1 – Nœuds de la Lune et Réincarnation – Martin Schulman

    «Va dans la matière ». « Je quitte la maison du Père, et en revenant, je sauve. »

    « A toi, Poissons, je donne la tâche la plus difficile de toutes. Je te demande de prendre sur toi toutes les misères de l’homme et de me les retourner. Tes larmes doivent devenir les miennes. La tristesse que tu absorbes représente l’effet de l’incompréhension de Mon idée par l’homme, mais tu dois lui apporter la compassion pour qu’il essaie à nouveau. Pour cette tâche si difficile, je te fais le don le plus merveilleux de tous. Tu seras le seul de mes douze enfants à Me comprendre. Mais ce don de COMPREHENSION n’est réservé qu’à toi seul, Poissons, car si tu essaies de a communiquer à l’homme, il ne voudra pas t’écouter.»

    ©  Ozalee – Farah Sahbi

    Et n’oubliez pas: l’astrologie repose sur l’analyse de tous les éléments du thème astral et non pas uniquement sur la position du soleil en signe. Merci.

     Image: internet. Si vous en connaissez la source, précisez la moi je l’ajouterai.


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  • http://www.jolpress.com/sites/default/files/styles/article_content_big/public/field/image/harcelement-femmes-hommes-rue.jpg?itok=53l9Vy2A

    En fin d’après-midi, après avoir travaillé, je sors un moment. Parfois tout en marchant, je repasse dans ma tête le texte que je viens  d’écrire. Pour tenter de l’améliorer.

    Aujourd’hui, dans la rue, une femme d‘environ quarante cinq ans m’a arrêté. Elle n’a pas lu mon livre, m’indique-t-elle précipitamment, mais l’autre jour, elle a été touchée par ce que j’ai dit à la télévision, et elle désirait me parler. Il y a six ans, elle a perdu un fils et elle est dépressive.

    Pris de court, je n’ai pas su lui dire les mots que sans doute elle attendait, mais je l’ai écoutée avec attention. Il faut être assurément dans une grande solitude pour éprouver le besoin de se confier à un quasi-inconnu. Or une telle solitude, j’en ai été prisonnier pendant des années. Et je sais bien que si, à l’époque, j’avais été moins timide, j’aurais pu accrocher le premier venu pour me décharger de ce qui m’accablait. La mémoire que je garde de ces douloureuses années m’a permis de l’écouter en la rejoignant là où un trop-plein de souffrance exigeait qu’elle s’en délivre.

     

    Charles Juliet "L'autre faim"


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  • Lettre-T-Monod.JPG

    Wilfried Monod, lettre à son fils Théodore, 5 août 1910

     

    ...Avec un papa comme ça, on comprend pourquoi Théodore est devenu Théodore, ça aide. Ça ne vous donne pas la chair de poule vous? 

     


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  • Essaie d'entendre ce que je ne dis pas

      Ne te laisse pas tromper par ce que je laisse paraître, par les masques que je porte. Je laisse paraître plusieurs visages et très peu expriment ce que je suis. J’ai développé l’art de ne pas me laisser connaître mais, de grâce, ne te laisse pas tromper par ce que je laisse paraître. Je donne souvent l’impression d’être sécure, que tout va bien, que je n’ai besoin de personne.

     Mais ce n’est pas toujours le cas.

     Au fond, je suis souvent confus, j’ai peur et je me sens seul. Mais je sais très bien cacher ces sentiments. Je panique à l’idée que mes faiblesses et mes peurs pourraient paraître. C’est pour cela que je prends le masque de la nonchalance ou de la confiance en moi. Me sentant accepté lorsque je porte ces masques m’encourage à les garder parce que j’ai besoin de me sentir aimé.

     Mais je ne pourrais avouer ça à personne. Il y a trop de risques que je sois rejeté si on voyait mes faiblesses et mes peurs. J’ai peur de perdre ton respect ou que tu te moques de moi. Et ça je ne pourrais le supporter. Au fond de moi, j’ai souvent l’impression d’avoir peu de valeur personnelle et je ne voudrais pas que tu le saches, puisque alors je perdrais ton amitié, ton amour.

     Ainsi je joue un jeu qui ne me permet pas de vraiment me sentir aimé comme je suis. J’ai l’impression que c’est mon masque qu’on aime et j’ai peur de l’enlever pour découvrir que ce que je suis en réalité n’intéresse personne. Alors quand je joue mon jeu, essaie de ne pas te laisser tromper par moi. Essaie plutôt de bien m’écouter et d’entendre ce que je ne dis pas, ce que j’aimerais dire, mais que j’ai trop peur de dire à cause des conséquences que je crains.

     Je n’aime pas ce jeu que je joue avec toi et avec les autres. J’aimerais bien mieux être spontané, et d’être moi-même. Mais tu dois m’aider pour que je me laisse aller à être ainsi. Chaque fois que tu essaies de me comprendre et de me témoigner ton respect, je sens que tout mon être reprend vie.

     Je veux te dire combien j’ai besoin de toi pour que je puisse laisser sortir ce que je suis au fond de moi. Toi seul peut m’enlever mon masque, toi seul peut me libérer de la prison que je me suis construite moi-même. Alors ne m’ignore pas, même si ce n’est pas facile pour toi à cause de mon arrogance ou de mon indifférence apparente. Je sens depuis longtemps que j’ai peu de confiance en moi et mes résistances sont fortes. Quand tu t’approches de moi, je suis souvent porté à te repousser même si, au fond, j’ai un besoin pressant que tu me rejoignes intérieurement.

     Mais s’il est vrai que l’amour est plus fort que tout, alors j’ai espoir que tu vas réussir à faire tomber mes résistances. Il te faudra être à la fois ferme et doux, puisque je suis une personne très sensible et très craintive. Tu peux te demander qui je suis. Pourtant tu me connais bien puisque je suis tous ceux et celles que tu rencontres.


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  •  

    http://cieenghien.files.wordpress.com/2009/01/arbre_300.jpgUn texte très long que j'ai lu jusqu'à la fin,

    le souffle retenu.

    Admirable.

    A imprimer.

     

     

    Impressions ordinaires

     

    (Je le recopie ici pour le cas où il viendrait à le supprimer)....Chose faite....j'ai donc bien fait!

     

     

     

    Hop là !... Me revoilà au chomedu ! Encore, et toujours je crois m'en débarrasser mais la poisse Misère est une salope trop fidèle, plus dévouée qu'une chienne !... je crois laisser loin derrière cette porte de la soupe-job populaire, mais non !... je l'entends toujours grincer pas loin, même quand je taffe !... Bah voui ! C'est pas évident de se poser sur un siège éjectable, contrat précaire, on peut être facilement expulsé, et, en moins de deux !... se retrouver à nouveau devant une conseillère a.n.p.e ! Adopter une face de truie désireuse d'y retourner !... Tenez, mon dernier travail, il m'a rendu chèvre. Le social. Le travail d'animation pseudo-culturelle pour les pauvres... c'est faire des bulles dans une plaie béante !... pourtant, plus dévoué que moi y avait pas ! La bonne-poire pour la gloire des autres, tout jésus-jésus, tout le coeur sur la main, tout disposé aux hyènes, tout con-con, abruti par la bonté biblico-républicaine appliquée !... que n'aurais-je pas du rester l'adolescent étincellant de feus et distributeur de coups-poings automatiques, j'en serais pas plus pauvre qu'en smicardant à tue-tête au gré de ces mélodies sorties de la flûte hantée par le management des gérants !
    Elle vient gagner votre lucidité l'expérience des choses ordinaires,... Elle vient toute claire... les derniers seront les derniers, les exterminés, de la chair pour toutes les boucheries expiatoires... Mais c'est trop dur, alors on se ment encore pour retourner à la légèreté éberluée. Zoner en ville, dans la zgueguerie industrielle, à se croire plus forts que le destin... sous prétexte qu'on se la paye la conso, la cogne, le plan !... Et encore ! Faut voir la qualité de tout ça ! Peau de zobe !...
    Je me souviendrai toujours de sa face, mi pieuse-mi poupée, son corps plastique, elle se déplace d'un bureau l'autre comme sur des échasses tassées par deux grosses cuisses et un bassin large donnant l'impression d'être enveloppé par une ceinture de chasteté... le genre de gonzesses chez qui on arrive jamais à deviner son type de chatte !... le cône relevé ?... en lèvres prohiminantes ?... aplatie avec une fente discrète ?... poilue beaucoup ? Poilue ciblé ? Un duvet ?... impossible de déceler, ce genre de femme n'a pas la croupe bavarde !... Ses chaussures me font penser à celles de Princesse Sarah, le dessin animé !... Aller, j'arrête là pour Saliha,... ça suffit comme ça !... Le genre de rapports professionnels qui m'ont fait passer le goût marxiste !... plus que les dominants, ce sont les travailleurs qui m'ont dégoûté du socialisme. Comment qu'elle a manoeuvré en suçant les chefs pour m'évincer, je l'ai prise en flagrant délit de manigance... Je vous jure que même la plus belle édition du Manifeste s'effrite quand on vit ça !... Marx m'a trompé ! Par séduction... Il n'y a qu'un pas entre l'esprit biblique et l'esprit communiste. Ce n'est que quand on regarde ses "camarades", franchement, sans fioritures, absolument crument, que l'on ne peut alors réagir au communisme que par un tonitruant éclat de rire !... Et pour ma part, un strident hurlement de regret d'avoir passé tant de temps, de cerveau, d'actes à y croire... Il m'a fait pédaler dans la semoule !...
    Mais quelle a été la connasserie de Saliha ?... Je me souviendrai toujours de cette scène, mythique !... Mais il faut remonter plus avant...
    J'arrive dans l'association... Saliha est au plus mal, elle est délaissée par ses paires, mise au placard quoi ! Avec le recul, elle avait du montrer les crocs trop près du bifteak des autres... ce genre de fronde est crucifié impeccable par ceux qu'ont le pouvoir, et vite-fait, pas une pas deux !... on te laisse pourrir tout seul, tout bleu, tout refroidi, pour punir tes appétits !... Donc, elle tourne en rond, ça rend vite balourd, avâchis, ferré, épave bouffée de chaleurs assassines ! Pieds perdus !... hystérie de cafard !... elle maudit, sans os à mordre, elle entre dans des rires interminables sans que personne ne sâche pourquoi, on dirait un petit démon-hobbit lui-même possédé par un démon la vâche-qui-jouit !... aboie beaucoup, d'un bureau l'autre, mais les paires ont mis les boule-quiesses, et ceux qui l'écoutent n'ont rien à voir avec le schmilblick... Il faut qu'elle existe pour rester dans l'ambiance, dans le moove de la structure, elle sort de son secteur et vient sur mon secteur... Je la tiens à l'écart mais son copinage personnel avec la boss m'oblige à céder du terrain si je ne veux pas m'attirer les foudres de tous, ameutés par la directrice, sa copine !... Elle prétexte trois bidules, parce qu'elle avait quand même besoin de moi... Structurer une association de locataires dans une des cités les plus délabrées, d'un côté les "gitans", et de l'autre les "magrébins"... Cet habitat ressemblait à un cadavre solidifié à l'air libre, en train de se décomposer en faisant tout un foin !... mais Saliha, toute seule, pauvrette, brunette à ganache de sainte-ni-touche, elle se serait faîte bouffer... Et dans le travail social, quand le public de banlieue est rustre, pas coopérant, nerveux, haineux, les piquants hérissés, méchant, intelligent, préoccupé par ses magouilles, alors le travailleur social doit assurer la présence de l'Etat dans un guépier... Ainsi, la hiérarchie des intervenants sociaux opère ainsi, elle fait supporter les tâches les plus ingrâtes à ceux qui sont le moins bien payés, genre : moi !... Dans cette logique, Saliha et la directrice m'ont reflilé la patate chaude, tout en se juchant aux abords, de temps en temps, apparaître dans des réunions que j'organise, elles attendent le bon moment pour choper la patate dès qu'elle sera plus tiède, enfin dégustable !... C'est à dire en langage du travail social : les SUBVENTIONS ! C'est le dieu du travail social, du monde associatif, pas un pet ne sort de leur arrière-train s'il n'y a pas un bifteck sous forme de subvention !... Ils sont prêts à lécher toutes les fesses qui puissent leur chier des subventions en quintes de diahrées dorées à encaisser !... ils se jettent sur toutes les tendances à la con pour entendre le compte en banque faire "gling, gling" avec des sous !... "Garde à vous ! Prêêts ! Parteeez ! Oueuuuuh ! Grrrrrrrrrr ! Han han !..." Et vas-y que je te foure du "vivre ensemble", que je te tartine de "prévention", que je te sauce à "l'insertion", que je t'endors avec de la "participation citoyenne", que je te gratine au "lien social" !... Ils se précipitent en rats pour exécuter ces délires sortis de salons parisiens, sous formes de projets débiles, insipides, du nivellement par le bas... Raccoler quelques clampins de cités, les plus tétanisés socialement, les moins vifs d'esprit, les plus atteints... Leur faire faire ces projets à la va-vite, à la médiocre, à la ronflant et surtout, enfin pouvoir justifier de subventions... Sur le papier, ils mettent, à l'écrit, que c'était un développement extraordinaire, formidaaable, le miséreux s'est enfin épanoui... "Mon cul oui !..." Moi, j'ai fais de l'altruisme et j'ai appris que ça coûte beaucoup plus cher que le bizness, j'ai mouillé le burnous, et ces deux malfrâtes m'ont payé en monaie de singe. Sauf que la directrice, elle tendait un peu vers moi[...] elles sont sorties du bureau en forçant un peu trop une normalité, l'allure de ces chieuses portait la sincérité en carton... C'était visible. Elles me mentaient comme des chirurgies esthétiques !...
    Alors, quand je ne glande pas, par dépit, je me mets à chercher du taf... Je sais que les annonces, c'est pas du bon, trop souvent des plans foireux, les restes du grand festin de l'économie... Alors je contacte un pote, un vieux pote, lui aussi dans l'animation, je lui demande s'il sait où c'est que ça cherche en ce moment. Il me dit qu'il y a une structure qui s'occupe de personnes handicapées... Je me dis, teins !... Moi, handicapé social ! ça devrait faire bon ménage ! "File moi le contact", il me met en lien et je débarque dans la structure... Toujours ces murs fatigués des tristesses d'hommes, toujours cette fadeur, ce furtif permanent dans le travail social... cette atmosphère de lieu de transit perpétuel, cet impossible mensonge de l'attention pour les miséreux, toujours cette impression que ça roule à pneus crevés !... toujours cette ambiance flasque de tourne mou en rond. Le directeur, plutôt jeune, quarantaine, très bien dans son élément, ça change !... Mais encore ces tics que je reconnais !... Ces façons de peindre avec les ongles, de raconter plus qu'ils ne réussissent...
    La palabre ! Le sport de l'animation sociale ! La jaquetence elle n'anime rien, elle anémie de conneries... A les entendre, n'y a que des zorros ! Mais faut voir quels zorros... Zorro dans le corps d'un sergent Garcia !... "Et moi j'ai lu untel, et moi je connais le "ça", le "moi", et le "surmoi" ! Et moi je connais, et moi j'ai développé, et moi j'ai fais grandir, et moi je suis avec les pauvres, et moi je fais marcher les élus à la baguette, et moi je suis franc et sans manières !... Et reuh gneu-gneu et rah gna-gna !..." De la bouse vernie que j'vous dis !... que seule la lecture de Jean Gautier peut décrasser, et encore !...
    On discute, il me laisse apprécier le décor, les personnes handicapées...
    A un moment donné, il me dit : "Tu vois celui-là, Thomas, il est capable de te dire, un mois après une partie de belotte, qui a remporté le troisième pli et avec quelle carte !..." Impressionné, je regarde Thomas, je le dévisage pour déceler ses atouts, il est atrocement effacé et à la fois terriblement présent, une sorte de lassitude du surdoué, résigné à l'à-quoi-bon ?!... Et puis, soudainement, il se reprend d'un intérêt ahurissant pour l'instant présent... Il se lève et mime un shampoin avec ses doigts, sur la tête d'une fille, le coquin, il se marre... La cliente malgré elle se pince la lèvre sur le côté, et tourne de gros yeux marrons vers le haut...
    Le directeur m'indique la cour interieure, toute d'ombre innondée, toute nuiteuse, une sorte de trou au milieu des bâtiments... Toute sa surface est recouverte d'un énorme amas de canettes vides !... "C'est un des moyens de se financer, on récupère les cannettes usées et on revend l'alluminium, on arrive à financer certains projets comme ça..." Il me dit ça avec une sorte de détermination étonnante !...
    J'acquièsce et je mime une reconnaissance ! Bien sûr que je salue la démarche, mais je me dis "Putain, on est dans une des plus grosses puissances financières de la planète et les personnes handicapées de ce pays sont en clauchardisation avancée pour se financer !..."
    On baragouine quelques trucs... Il me laisse vaquer un peu dans la salle de vie... On se reparle, il me dit qu'il déjeûne tous les jours avec sa fille, elle ne va pas à la cantine, ils vont au resto. J'aime bien les gens qui sont Famille, vraiment. Mais j'ai pas d'atome crochu avec lui, sans animosité non plus. Il semble intéressé par moi... Disons qu'il n'y a pas grand monde qui se bouscule pour travailler dans cet univers... Et moi non plus !... j'allais me décider plus tard, après cette proposition qu'il me fait de participer à une soirée, une "boum" avec les personnes handicapées, afin de se déterminer si on bosse ensemble ou pas. Je dis : "ok", avec plaisir... C'est le samedi soir qui vient... Pi, avant de partir, une employée animatrice, me convie à venir avec elle pour raccompagner une personne handicapée chez elle, l'aider... Le directeur et elle avaient du se mettre d'accord pour que je vienne avec elle. A mon avis, pour tester ma motivation... J'accepte, et avant d'y aller cette animatrice lui envoie un pic à son dirlo, pour une augmentation qui tarde à venir, depuis deux ans qu'elle attend !... C'est fou ça !... Non pas ce cas particulier, mais cette répétition, tout se revit en photocopies, toujours les même mecs qui ont ce réflexe animal de regarder le cul de la secrétaire ou le corsage de la chargée de com, toujours ces employés éternellement affamés et feinteurs, toujours ces imprimantes qui mentent bruyamment quant aux vraies aspirations, toujours ces chefs bolchévicks sadiques sur tous les détails, toujours ces travailleurs sociaux tellement écartelés entre la vérité des poubelles sociales et les hypocrisies conservatrices des financeurs qu'ils ne pensent qu'à une chose en sortant du boulot : s'enfiler trois demis !... Toujours ce silence assourdissant des chaînes invisibles, toujours cet ennui, cette apathie, cette machine...
    On accompagne lourdement un vieil homme, polynésien, ex-chercheur scientifique, accidenté, il n'arrivait plus à se mouvoir, il dépérissait dignement dans ses habits classiques, bien repassés, nickels... Quelle droiture !... Riche et triste, riche et incapable d'en profiter... C'est là que l'on a envie de secouer tous les bien-portants qui chichitent avec leurs niaises et pathétiques difficultés nombrilistes...
    C'est samedi soir... Ca me dit trop rien d'y aller, j'y vais !... Grand réfectoire, on me laisse me démerder... je me mets à la sandwicherie, pour être en contact avec le public, je vais et je viens... Les boissons, les jambons, le beurre, les friandises, la musique, les lumières... Petit à petit la fête s'installe sans commandement, elle s'impregne et s'étend simplement dans cet air compact, un brin rafraichi par tout un pan de portes vitrées... Il y a ceux sur fauteuil roulant, puis les autres, chacun avec son handicap...
    L'une était coquette, un peu trapue, tête large, cheveux tirés en arrière avec barettes couleurs amour, une pipelette à la "public-relation", snobeuse et attentive, avec sa cour autour, comme si tous nous étions là pour elle !... Pi, un autre, rapide, affolé, hyper-communicatif, dérangeant, un sens de la répartie verbale sans que quelqu'un ne lui adresse la parole !... Un autre est en méditation super-profonde, dans une douce et intrigante introspection, malgré les décibelles de Je rêvais d'un autre monde !... Ils se lachaient tous ! à leur façons... quelques uns semblaient sortir d'un long sommeil, d'autres d'un roman de Stephen King, quelques uns n'étaient présents que physiquement. Je les servais, sympathisais... j'avais envie de me barrer ! je cherchais la sortie !... Vous savez ce que c'est que de voir la vraie vie, toute crue, qui se raconte toute seule sans prononcer un mot ?... De voir des vrais vivants ?... des personnes avec de vraies différences d'esprit, pas les notres artificielles, communistes !... Non ! Que du vraiment personnel, des particularités exhorbitantes !... Je n'avais jamais vu autant d'êtres humains, aussi brut de pomme, aussi épais, les émotions en de telles propagations !... les états-d'âme aussi expressifs... des âmes nudistes, étalées au rouleau,... les énigmes personnelles aussi découvertes... Se flanquer aussi purement, diamant, dans le moment présent !... Voir des humains au plumage si ouvert, je vous jure, il n'y a pas plus coeur à coeur ! Étirés à longue tringle... tous leurs motifs apparents, en ombres et lumières !...
    On réalise d'autant plus que, nous, les bien-portants, les normaux, standardisés au bavardage et à la moulinette des propagandes politiques, religieuses, intellectuelles... ne sont plus que de l'humain en bois aglomérés tout en un, bien lourds, haineux de la légèreté !... On n'est pas habitués !... Moi non plus... Je me voyais dans toute mon appartenance à la Norme !... J'avais la nostalgie des chaînes, de la non-humanité, de la farceuse déprimante !... Vite, revoir un type ronflant dans les clous, ou une donzelle paramétrée à l'impotence pédante...
    J'alterne entre je-suis-bien-présent, et je médite à comment abréger cette affaire.
    Quand !... Surprise à l'entrée de la salle des fêtes... une agitation, un brouillon astrale... La lune a apporté ici même une tigresse des steppes du nord ! Cette jeune femme se presse d'entrer, vite, lassée d'être accueillie... Elle oublia ses parents, comme s'ils n'avaient été que de vulgaires transporteurs, un prétexte qui doit rentrer à la maison et la laisser... Ni une, ni deux ! Dans le tintamarre ! Direct ! Pieds volants. Elle se propulse au centre, dresse ses deux bras vers le ciel, elle salue l'Univers. Aux prises avec une rage joyeuse. C'était une celtique. Une essence scandinave l'habitait. La vandalouse. Blonde féérique. Sa beauté évidente avait quelque chose d'innacessible, d'insaisissable... Son visage retenait tout son charme vers l'intérieur, rien ne devait être distribué aux autres yeux !... angoisse !... Quelle intelligence physique !... La musique elle même n'arrive pas à la suivre !... hep ! Clack ! Elle bondit, courre vers la grande porte vitrée ! En gaieté virile !... elle discute avec son reflet ! hystérique !... on dirait deux bonnes vieilles copines qui ne se sont pas vues depuis très longtemps, euphoriques, mais sans un mot, seulement des rires, d'un autre monde, et de l'effervescence gestuelle !... J'avais envie d'aller la prendre dans mes bras !... aspirer toute sa fougue, qui, je le sentais bien, la torturait fol !...
    Au fure et à mesure, tout cela me semble vain. Petit. Marécageux. Sinistre. Tangeant. Glissant. Dangereusement révélateur de l'absurde. Infatigable étalage de vérités. Sans issue. Bouclé en boucle. Une agitation dans un bocal... Je tente d'aller voir le dirlo pour lui causer, prendre la température. Il me nargue avec cette manie des patrons à toujours forcer la distance. Un peu comme pour garder cet écart nécessaire au coup de fouet !... Mais moi, là !... il m'en fallait pas plus pour trouver raison à m'esquiver...
    Le contrat. Même pas encore signé, et déjà il fait le kakou ! le boss à la con !... Je connais la suite avec ce genre de personnes... Je tourne les talons, je deviens une petite ombre qui va vers la sortie, un intru qui ne laisse pas de traces sur le carrelage... Il fait froid cette nuit là, à Marseille, côté nord, là où le vent refroidi toutes les tendances, en soufflant plus qu'ailleurs dans la ville...
    J'attends le bus de nuit... Je suis encore imprégné par tout ça, je suis effroyablement présent à moi même sous cet abrit-bus, un cosmos à moi tout seul... J'ai envie de redevenir rien pour moi même... pas de crainte de ce côté là, le Système est là pour ça... Le lendemain je redeviens un bon petit bipède qui sert à rien !... un énième surnuméraire que tout invite à disparaître sans regret, sauf pour ma mère, pour qui je suis la moitié de l'univers.
    Bus de nuit, j'en ai bouffé, du bus by night... Surtout de l'abrit-bus. Patience de fortune, pour infortunés. L'abrit-bus, ma résidence secondaire... c'est avec ça, tous les jours, qu'on perd une vie. Avec ces lieux lugubres, assez ravageurs pour se réduire à néant ! Ça abrite de rien, ni du froid ni du vent, et à peine de la pluie... Les voitures passent... les automobilistes à l'arrêt au feu rouge jettent quelques coups d'oeil de sale compassion, leur délectation de votre pouille en patience !... ils laissent s'égarer leur nombril autour de votre misère, le temps d'une intersection... j'en ai vu des pauvrettes, fringuées cache-misère, se faire embarquer par les premiers garçons biens bagnolés qui osent les inviter. Une Golf GTI, de la sape Façonnable, un peu de culot, et c'est parti pour une virée à l'emporte gonzesse ! Moi, j'en croyais pas mes yeux.. Con de puriste que j'étais ! Timide incapable... eux, ils avaient la sauvagerie à fleur de peau, celle du klebs aguerri qui se présente tout bandant devant la chienne, lui dit "me voilà ! Tata taaa !" et la monte tout de go, le plus naturellement du monde... ça leur apportait un peu de cinéma dans la réalité, un peu de fantasme qui fond sur la langue, en pour de vrai quoi...
    La civilisation, cette belle vendeuse, guichetière aguicheuse et chiante comme pas deux. Elle est si emmerdante à vrai dire que les civilisés se cherchent des nuées de chichis-mises-en-scènes, de bonnes causes, pour se plomber la bouche en coeur !... elle s'entretient par le sentiment d'insécurité, ce piment contre son ennui auquel elle tient plus que tout. C'est trop tendu pour du temps de paix ! comment arriver à flipper autant ? en temps de soit-dîte récrée, au gueuleton outrancier ! Comment comme on se démerde pour être si délavés en pleine opulance matérielle !... si loin des tranchées, et pourtant !... cette misère de la vie, lorsque la civilisation, toute standing dehors et toute pathologies dilatées dedans. Dans une insupportable industrie, tournée robot-mixeur !... Un Empire ça commence par la violence et le sang, ça se maintient par la violence symbolique et l'intimidation du fer, et ça se termine dans le sang et la violence... La Civilisation, c'est la bonne conscience de l'Empire violent. Ça commence en temple sacré, en sciences sages, en arts picturaux, et puis ça se termine en supermarché... en religion-bizness garderie de pauvres, en sciences de gadgets, en arts abstraits...
    La seule intrigue qui me turlupine à sec ! la seule, à vrai dire, qui me laisse pas tranquille, qui m'étonne sous vide !... cette intrigue que je me pose, avec naïveté infantile, c'est : pourquoi si rares sont les sourires sincères, les airs souriants ? pourquoi si honteuse est l'expression de sa tripe, pourquoi tant de déprimés, de cachetons, de drogues et alcools, de stress et flics, de répressions et de systèmes tue-la-vie ? pourquoi ces enfermements résidentiels sous vidéo-surveillance, pourquoi tant de haines à la con, pourquoi tant de peines au travail, pourquoi tant d'humiliation à l'emploi, pourquoi tant de psychose, pourquoi tant de mépris à même les faces "d'amis" dès qu'y a rien à choper ?... pourquoi le goût du thriller sordide, du polar morbide, du psy-cul anxieux, de prismes au pathos, de si multiples thérapies ? pourquoi tant de gens livides, calculateurs, méchants d'esprits, comme ça, pour rien... autant de malfrats, de gens pas nets, voleurs, emmerdeurs, fouineurs, épieurs, vendeurs charlataniques, tous ces homo-sapiens supportant les pires enculeries mais ne pouvant pas encaisser un chahut aux rires d'enfants ?... et tout cela, dans un contexte de Paix, d'Abondance, de Gestion sophistiquée des rapports ?... on devrait, dans un contexte pareil, rivaliser contre les rossignols, en chants ! on devrait rendre blêmes les bougainvilliers, par notre lueur ! on devrait vrombir de légendes sous la lune ! sauter à l'amour au quart-de-tour ! ouvrir la cage aux elfes, les laisser repeupler nos songes ! permettre les silences angevins qui noieraient nos vagues-à-l'âme sans problème ! danser sans avoir besoin d'une association de loisirs administrés, réglée aux statuts ! mettre la joie dans le travail au point de le rendre si efficace qu'il en faudrait qu'une matinée par personne, prévoir les transes populaires, afin que les gens ne cherchent pas l'ivresse dans l'alcool et les drogues... instaurer des contes-pour-la-joie à l'école et cela jusqu'à dix-huit ans... enseigner les arts et sports guerriers aux hommes, afin que jamais ils ne se sentent frêles et vulnérables dans leur bonheur, qu'il soit bien entier !...  que chaque regard fasse un effet de haute-montagne !... on pourrait vivre un peu comme ça, une fois, un court temps, au moins que c'eut-été possible dans l'Histoire humaine, au moins dans un pays, que ça puisse laisser l'espoir d'une réplique plus tard, on pourrait se donner ce petit luxe, au moins furtif, avant de retourner à la mine ! de pencher encore nos tentations vers nos bistouris habituels : trash, clams, appétits d'Ubu, annule-la-vie en vie, et caca-lie et caca-plat !...
    Si l'incapacité d'imaginer cela, le vivre vraiment, nous quitte, alors c'est que notre agitation est funéraire, qu'on s'aménage intérieurement à la tombe, au golgotha démoniaque... tout dans nous se prépare, bien gras de pu, à voler en éclats écarlates lorsque viendra le coït du mammouth ! le coït d'or de l'armée libérale !
    Je suis un miteux qui ouvert deux ou trois livres. Bonapartiste avant tout !... Si j'étais sous les rois, je dirais "vive le Roi !", et comme je suis sous la République, je dis "Vive la République !" En vérité, rien de tout ça... Il est tant de revenir aux Impressions de la vie... mais alors, toutes livrées pur cru, direct, sans gant, à la vraie !... J'ai trop versé dans les prises-de-tête de Systèmes. M'occuper aux grands classiques des débats d'idées, à vouloir en découdre avec. Objectivisme mécanique. Dévitalisé. Racontar. Faux. Compliqué. C'est que des façons de s'essorer soi même, devenir étroit comme limande. Coeur épaisseur de raie, Pensées aplaties soles, enthousiasme d'huître, gaieté de bibliothèque... J'en ai finis, totalement, avec le Débat, les Idées, les Systèmeries, les bavardages estudiantins aux Considérations Inactuelles... les hurleries en soirées soulées avec des pseudo-anarcho-énervés gavés d'opinions « objectives », d'avis « raisonnés », injectés de points-de-vues « objectifs », académiques, de telle ou telle école... j'aimais bien les regarder, en train d'essayer de niquer les belles de la Soirée, faire leur coq, devenir bien animal, pas « objectifs » pour un sou. Juste ça, les voir dans leur état bien couille-grasse, foutrement visqueux... là... sans leur prétentions savantes, sans leurs « sources » archi-bibliographique bonne qu'à pondre un cerveau de ouistiti... ici, à l'instant, leurs petits yeux de gorils sur les miches, sur les gambettes, sur les corsages ! Toutes ces mièvres élucubrations de paperasseux... Mollassons d'esprits, aigris-culteurs, éleveurs de la pensée industrielle, libre-arbitre de soldat de plomb, lenteur du Paresseux sur son arbre, toujours à ramper sur le planché grincheux de l'Opinion du groupe... J'en ai fini avec ma crotte idéologique, chasse tirée, cul propre comme sou neuf !... depuis que toutes ces faces débatteuses ont fondues sous mon regard, et qu'est apparut dessous, leur vraie moulure : Des mascarons ! Bouffis de désirs inavouables, rentrés !... Le mascaron dérange, avec sa manière impitoyable de révéler sur le visage les reliefs des boursouflures de l'âme, des appétits dilatés dans les traits, à chaleur d'oeil de diable !... Les mascarons en balancent plus sur l'âme que n'importe quelle encyclopédie, n'importe quelle démonstration, n'importe qu'elle mascarade « Ôooh, grandes idées » !... Je suis un pur produit des Lumières, trop appliqué dans le mythe. Je me suis toujours senti riche, parce que raffiné à la littérature, toujours étranger des pauvres, même dans mes temps, longs, de proximité asphyxiante avec les sous-prolos, la plèbe à la mouise extravertie... pourquoi ? Parce que mon père, mon cher père, l'homme le plus droit de la Création, il n'avait aucune culture d'élite à me transmettre. Tout Manoeuvre dans le BTP qu'il était, tout porteur de sacs de ciments de 50 kilos qu'il était, il m'a sommé de lire ! Aller savoir pourquoi !... Tout le temps, en permanence, ça revenait toujours, lui, paysan expatrié après la guerre d'Algérie... il n'avait de cesse de me dire (en arabe dans le verbe) : "Lis, lis, seule la lecture te sauvera" Ah ! S'il avait su à quel point cela m'éloignerai de la tribu. Ça ! j'ai lu. Plus qu'il n'en faut. Et c'est mon capital. Sans gadget, ni plan de carrière, ni rien de matériel. Ce sont mes innombrables heures de lectures, pendant que les autres jeunes ne vivaient que pour la baise, les ambiances orgiaques, et la frime.
    Pas la peine de loucher via paradis perdu !... le paradis perdu, l'atlantide, la féérie nordique, ça remonte à trop loin dans les millénaires pour en être nostalgique... depuis, ce n'est presque que des barbaries, physiques ou mentales... Notre seul paradis perdu, à portée de souvenir, c'est l'Enfance, notre Enfance, notre Moi enfant !... En vérité c'est l'enfance qui est évoquée quand les gens disent « c'était mieux avant » !...
    Je juge mon époque par mon époque, avec, certes, quelques pioches anachroniques, mais bien pesées... et je vois que le matérialisme est un fanatisme universel dans lequel d'ailleurs se reconnaissent très bien les religions universelles, tous peuples confondus aux quatres pôles, elles y trouvent parenté en mondialisation, en bizness international !... on est encore trop près de son éclosion, au matérialisme absolu, pour en envisager toutes les ramifications en bas-fonds, en égouts, sous-sols, en stalagmites de pu durcit pièce-montée, en catacombes crasseux cinq-étoiles, vernis de vitrines stroboscopes ! Plaies d'âmes... soignées en achats thérapeutiques ! en asils à ciel ouvert, en prisons sans miradors, ni murs ni barbelés, bien enfermés du dedans et verouillés par les robots au dehors... Faut avoir l'oeil spirituel très fin, pour s'entir la poudre du métal, l'informatique assassin, au loin !... Qui en a-t'il encore quelque chose à foutre de son âme, aujourd'hui ?!...
    La Machine, ou le Mur de Pink Floyd, c'est notre démon. Celui qui est dans nous. On est possédés... il va jusqu'à écrouler la petite magie d'être en vie, couper la tête du petit poussin qui pourrait redonner lumière, enthousiasme, vie à la ferme, à l'étable, au poulaillé, au pré ! il rend résidu les impressions centrales d'une vie. Puis, sa surproduction d'images, images, 100 000 images minute, elles détruisent l'imaginaire, c'est à dire la liberté la plus féconde...
    On en veut plus de l'imaginaire, il dégoûte, il rabat-joie... Maintenant c'est Tout, et tout-de-suite ! le fantasme aux quatres coins du salon. Tant pis si ça donne une gueule de nullard. "J'ai dis tout de suite !" À n'importe quel prix, n'importe quel crédit. Quitte à endetter la descendance. Quitte à passer à côté d'autres mignons possibles, à côté de jolis goûts encore inexplorés.
    Le Bonheur de Supermarché... Il ne se fait pas prier lui !.. Il annonce la couleur - le prix - la livraison - le S.A.V - la garantie ! "Jbling !" Pas la peine de s'emmerder avec la poésie !... Tout le monde veut sa "cochonne" en string, sans âme, ici même, sur le sofa ! Frigot remplit de sucreries et de gamelles précuites. Coin hi-fi. Amis achetés, souriants intéressés, toutous à la petite semaine, venus bader le bifteak !... Bon, d'accord, y a le revers de la médaille, car faut payer, enfin, c'est pas payer qui fait déchanter, c'est plutôt travailler... voilà le prix du paradis sur terre : l'enfer au travail. Mais tout le monde il en est tout partant. Travailler, gagner... et la mort on verra après, enfin, même ça c'est du pognon, c'est prévu dans le bizness-plan : caisse de prévoyance, assurance vie (mort), et forfait funéraire. La société, on s'en branle. Les belles choses, c'est dans le catalogue. Ou tu payes ou tu pleures. Les sentiments, la compassion, le calme, ça s'achète ! Eh oui ! C'est vilain un pauvre qui raconte ses misères... elles sont trop urgentes, là-devant, ça colle, ça étouffe, c'est trop vrai, trop lourd à regarder. D'ailleurs, les pauvres ne racontent pas leurs désastres. Ils pratiquent une boxe où il faut juste encaisser les coups, à défaut d'encaisser les sous... Leur but ? Faire le maximum de rounds en se faisant défigurer par les pires droites !... Le bourge il cogne et le sparing-prolétaire en redemande. Même la générosité des pauvres c'est juste parce qu'ils veulent se donner des sensations de riches tout inversé ! Le riche il est crochu, radin, il tire son sensationnel de sa nature impitoyable, menteuse à l'infini, avec cet or qui transforme le mensonge en vérité, l'enculerie en générosité, leur fond de loup en chaperon rouge, mignon papillon des champs... La caste philosophale. Hyper-grande artiste du mal, à rendre le maléfique myrifique. Le sphynx fédérateur, où toutes les belles idéologies vont s'y brûler sous ses ailes, en joyeuses et douloureuses tapinades, en bordéliques corruptions. Il pose son sable mystifié où toutes les vérités viennent inlassablement s'y échouer, s'y perdre, s'y souiller.
    Ce monde est absurde partout, car l'absurdité se situe à l'origine même de l'existence. Le mystic, c'est juste l'absurde injustice du début. Tel est absurde l'aval qu'est absurde l'amont, la source. Ça vient de quoi ? Eh bien, tout simplement, de la Naissance. La voilà la vaste profondeur mystique, survendue. Toute conne ! C'est juste la naissance !... La voilà, la Grande énigme de tous les âges. Les pharaons naissaient Pharaons. L'appartenance de caste Hindoue c'est la naissance qui décide. Même Moïse, juif, mais né dans de beaux draps pharaoniques. Jésus, ça se joue déjà à la naissance sans fécondation. Mohamed SWS, son milieu de naissance dîte analphabète est source de mystique. Et pour revenir à notre époque, son fondement constitutionnel. Ça n'a pas raté. Aucun pouvoir, aucune religion, aucun système ne s'y trompe, on en revient toujours à la naissance, puit intarissable de mystification, dès le premier verbe de la première phrase : "Nous naissons libres et égaux en droits". Encore une louche ! C'est reparti pour un tour !... cette fois, universalisme oblige, tout le monde il est mystique, dès le berceau... enfin, je veux dire, sur le papier... Mais sur le ter-ter, c'est une autre affaire. Sans pitié. Naître libre et égal en droit, c'est bien beau, mais le droit est batit par les riches, pour les riches. Naître bien, mais vivre et crever esclave, inégal au bonheur, c'est de la mystique de vache sacrée pour l'abattoir industriel... du toc, du discount, du périssable dans quelques jours, péremption illico, mystique furtive, stressée dans l'oeuf !... Non... la vraie mystique c'est celle qui dure depuis la fameuse Naissance, puis qui dure toute la vie à emmerder le monde avec ses délires, et enfin qui meure mystique et qui se transmet par le sang, pour des siècles et des siècles !...
    Avec notre libéralisme, tout le monde il veut en découdre avec sa naissance ! Peine perdue, pauvres bougres mal lunés.
    Qui, citadin, veut s'essayer à la paysannerie !... ça par en "fiout"... La mystique ne prend pas, ça fuit de travers, y a pas le bon vieux truc terrien qui opère, la mystique n'opère pas... ça manque de profondeur des champs dans les traits et l'allure, y a pas cette présence forestière dans l'apparence, ce regard de la lisière des bois où l'on a peur de s'engouffrer... à la fois accueillant et inquiétant... ce truc qu'on saisi tout de suite, au niveau des joues, lorsqu'on a affaire à un vrai paysan.
    D'autres, arrivent à gagner beaucoup de sous, malgré leur condition de départ... Y a pas ce luxe enchanteur de beauté de Versaille... c'est du nouveau riche. Du fric sans l'âme de caste... un pauvre qui gagne beaucoup de fric, ça reste un pauvre, avec du fric, mais nature de pauvre, de populo, qui n'a pas les ressources mystiques de la Naissance, les élans de prestiges ataviques dans les manières... le prestige ça ne s'achète pas, je veux dire, le vrai prestige c'est le naturel, terriblement injuste... Y a des trucs qui se stabilisent dans la transmission glandulaire. Ce côté race de caste, qui se tourne en botanique sociale, envoutante, par l'effet de transmission, par héritages massifs, nets d'intox ! Qui se fermente de mieux en mieux, de familles en familles, millésimes emmillésimés... jusqu'à ce qu'elles aussi, elles se mettent à devenir peuple, à fonctionner tiers-état, c'est à dire pour leur ventre !... C'est comme ça qu'elles crèvent !
    Ce que l'on appelle le Destin, l'on croit que c'est ce qui vient après. Faux. C'est ce qui est au début. Le Destin c'est la Naissance !... On est destiné à ce à quoi on est né. Voilà à peu près à quoi l'on pourrait résumer les immenses pavés d'explications de Pierre Bourdieu. Et l'on passe plus de quinze ans d'école, plus quelques années comme prétendant à la Promotion interne, pour se rendre compte, qu'en définitive, malgré tous ces efforts montagneux de complexé, on a toujours ce même fond de naissance, cette bonne vieille cuve qui nous a vu naître, la toute première souche, rien ne nous a jamais vraiment dépucelé notre caste de départ... malgré les gadgets, la bagnole, et la cuisine équipée !
    La seule différence entre les anciens régimes et le notre, c'est que dans l'ancien cette histoire de Naissance était inscrite dans le marbre, assouvie sans complexe, certifiée dans l'effigie de caste, alors chacun s'installait allègrement dans sa caste, arrivait même à y faire pousser des musiques, des coutumes, des patois, des fées, des ambiances joviales, des solidarités, des légendes bien à eux... Mais maintenant, avec notre libéralisme, tout se vaut, c'est la loi !... Certains croient que c'est la fin du modèle de caste dominante. Erreur !... C'est son triomphe le plus monumental ! Le plus Ezéchiel ! Puisque tout le monde ne se convulse plus qu'au seul modèle de caste financière ! Sans, en plus, ne jamais y arriver, ça va de soi !... Il n'y a plus les danses de la gueuse ! Même les gueux bougent, gauches, avec des danses sponsorisées par les médias !... Notre époque se conserve par la révolution permanente de tous contre tous, pour le même modèle ! Un rêve communiste de tentation individuelle.
    Notre monde, celui qu'on sent chaque matin, c'est 7 millards de Bourgeois gentilhommes ! Des peuples entiers de Monsieur Jourdains qui croient la jouer à l'envers aux riches avec du carriérisme et du bizness... cons, au point de croire que leur petite prose économique peut venir à bout de l'alexandrin financier !... Pourtant, le seul fait que leur bonheur de surface dépende du Crédit devrait leur donner à réfléchir. Les idiots !...
    Notre ère, c'est la Révolution. On ne peut pas faire la révolution contre la révolution. Alors, on se fatigue, et on se délecte bizarre, dans l'involution. La haine de soi. On en devient tout implosé. Que même sourire à la vie est fatigant. On en est fatigués. Trop étrangers les uns des autres, trop mis en concurrence économique, aucune étiquette identitaire ne permet de se poser sereinement dans un clan, car tous les clans, tous les communautarismes, ce ne sont que des petites mafias, différentes en surface, au niveau de l'écorce, mais à l'intérieur, c'est la même tambouille, la même marmelade, le même coeur robotique, le même capitalisme électronique ! La même arnaque du merveilleux travesti produit, fric, cheffaillerie,
    Mon bus arrive enfin.
    Le bus, il est là... faut bien tendre le bras, ça m'est arrivé quelques fois où le chauffeur il s'amuse à ne pas s'arrêter, la nuit... C'est rageant. Prendre la plaque d'immatriculation ? J'étais pas procédurier pour un sou. C'est une façon pour eux de dire merde, de se sentir un peu moins con, de se venger de tourner en rond. Bon, là, il s'arrête. Je dis toujours bonsoir, même si parfois ça répond pas, mais en général ils sont contents d'entendre un bonsoir cordial durant leur soirée en boucle, dans le froid urbain et ses fantômes qui se ressemblent tous dans toute cette faune nocturne. Tout travail mérite salaire, mais tout salaire ne mérite pas un tel travail !... C'est là, selon moi, la pire injustice, la plus cornue, cet ignoble scandale qu'on accepte comme on se résigne à la météo, en ralant un petit peu, je veux parler du pire salaire pour rétribuer le pire boulot. Je crois qu'il n'y a pas plus catastrophique en somme... et dire que c'est ça qui fait tourner le manège ! Ça revient à ça en vérité l'énergie économique... Ce serait quoi les palais si y avait pas la femme de ménage qui nettoie les chiottes ?... c'est cette femme de ménage, salement rémunérée, qui fait que ça sent bon !... C'était ça le boulot de ma mère en France... bon dieu ce que je respecte les femmes de ménage.
    Quelques arrêts de bus plus tard, une jeune ladie entre dans le bus. Je reconnais d'office son étrangeté de bien-née. Y avait parfois, comme ça, sortis de nulle part, un ovni d'ailleurs. Sans doute contraint, par je ne sais quelle nécessité, d'emprunter le même bus que les gueux. J'en ai déjà vu se faire mettre des giffles, se faire cracher dessus. Ce style de spectacle, ça me révoltait les couilles, c'était trop sale. Dérangeant comme Orange mécanique. Il m'est arrivé d'intervenir, en utilisant mes codes de banlieue pour arrêter ces situations diaboliques, en les touchant doucement, à l'affectif. Je me surprenais d'y arriver, et j'avais peur après, de ce que j'avais fait. En me disant que ce même type n'aurait pas bougé pour moi, et qu'en général ça se retourne contre celui qui sépare ! Il est très rare que le bien l'emporte si le mal a faim de lui-même.
    La lady, elle s'arrange pour ne voir personne, mis à part quelques mini jets d'oeil, histoire de jauger si elle peut s'appuyer à un endroit à peu près correcte. Malencontreusement, elle croise mon regard, ça se sent qu'elle le regrette, elle a comme envie de ravaler cet égarement visuel. Moi, j'en profite vite pour lui décocher un petit sourire à lèvres fermées. Elle se détourne en un quart de seconde. Cette prise d'otage en sympathie, elle s'en serait bien passée. Elle est descendue à Saint-Just, surement pour prendre le dernier métro vers le centre. J'espérais quoi ?... moi ? Juste lui adoucir sa traversée de la jungle noire. C'est son côté innocente, propre, minutieuse, étudiante appliquée, qui me donna envie de lui alléger l'électricité des regards prédateurs qui l'entourait !... Le genre de sourire que les gens voudraient chasser de leur mémoire, parce qu'impossible à ranger dans une catégorie. Même dans plusieurs années, ils seront encore mal à l'aise avec ce genre de sourire gratuit au milieu de leurs souvenirs, comme un caillou dans la chaussure qu'on arrive pas à éviter. La drague ? Pas possible, la tension du bus de nuit n'autorise aucun jeu de l'amour, à cause des mauvais hasards... Alors quoi ?... Jeune, j'aimais bien tenter des trucs d'avant-garde enchanteurs, des choses impossibles, des façons que rien ne prête à se produire. Situationniste d'urluberlu. Lire les philosophes grecs, puis Kant et Nietzsche dans ma cité, ça en faisait partie... Etre brave dans la jungle, ça émotionnait mon très-fond, ça me permettait d'adoucir la pesanteur vilaine de mon pauvre quartier, mettre de la bonté au milieu des irrespirables mesquineries de miteux concentrés, leur 'insalubrité carabinée, ancrée au gueto, que le fort mistral marseillais n'a jamais réussi à balayer .
    L'implantation de la misère, elle reste confinée dans une zone, mais elle s'exagère elle-même, elle ne cesse de gonfler sa fumeuse prestation, sous cocotte minute... Les voitures qui crament, les sorties de bandes colériques en fusion, les gros coups qui finissent en grosses descentes de flics imparables, les meurtres, les pétages de plombs, tout ça, c'est à des moments où la dilatation de l'ordure des jours ne peut plus se contenir dans ses confins, alors elle perce un peu à l'extérieur afin de se redonner un peu de place à l'intérieur et continuer de gonfler minable.
    Tout le monde s'en fout des sourires vrais, authentiques... pour ne pas dire qu'ils dérangent. De jour comme de nuit. En situation sécurisée ou sous pression. Au calme comme en agitation. On ne comprend plus que le sourire mécanique du vendeur de contrat d'assurance ! Des sourires de magazines ! Des sourires de présentateur météo ! Des sourires d'agent immobilier ! Sourires de commerçants ! Des sourires gravés sur des visages plastiques. Même le sourire est tombé dans une base de données s.q.l, paramétré en back-end. L'humanité est passée, d'un bon fracassant, de l'hypocrisie religieuse à l'hypocrisie libérale. À croire qu'on est faits pour ça. L'hypocrisie. En vérité, on en n'est pas sorti des religions bibliques, elles sont encore trop près de nous, dans nos manières libérales... ce fonctionnement par la peur. Les religions bibliques et leurs anges terrifiants, leur diable répugnant, leur dieu aux menaces terribles, leurs esprits malins démoniaques, c'était la foi par la torpeur. Alors, les Lumières, l'humanisme, la croyance dans l'homme, avec la mentalité biblique, il fallait bien s'attendre à ce que ce soit l'homme lui-même qui fasse peur, qui peuple nos angoisses... c'est ça le Libéral-sécuritaire, l'homme libéré qui fait peur. Les religions bibliques on soumit les hommes de la pire manière, par la tête et par le sexe, la modernité les a libéré de la pire manière aussi, par la tête et par le sexe. Il manque une expérience spirituelle, où la foi passe par le coeur et par la chair.
    ___________
    Je me retrouve, bien ahuri, après mon obtention du baccalauréat. À devoir mordre dans le Système économique, avec une mentalité de naïf biblique, hyper trempé dans la bonté, la gentillesse avec les loups. On ne peut pas y voir clair avec un tel karma, abruti aux sornettes du désert de mésopotamie. Manipulation hypersophistiquée de l'âme humaine, techniques de berger-fouettard améliorées sans-cesse depuis le fond des millénaires, perfection de l'entourloupe spirituelle pour accroupir con devant toutes les puissances à l'oeuvre, à éviter le mal au lieu de composer avec !... ces injonctions paradoxales. Ces bluffs bondieusards qui viennent arnaquer menaçants le plus intime de notre âme et en faire une serpillère pour éponger les vices d'autres. Ca ne conduit, à y voir de près, qu'à la faillite spirituelle, à force de faire d'une croyance une propagande aux méthodes sectaires. Car la vraie foi, celle qui émane des ancêtres et des terres, des climats, de notre nature, de notre rythme climatique, elle n'a nul besoin de faire dans la propagande, ni de politique, ni d'acharnement à convaincre, ni à menacer les convives des cieux !... Non, la vraie foi, elle s'adopte comme le nouveau-né, posé sur le ventre de sa mère, se dirige vers les seins et tête, sans commandement... tout porté par sa petite nature à s'abreuver de sa foi lactée. La foi authentique, celle qui a à voir avec celle de son peuple, exclusivement, elle régale l'âme de galops féériques et sereins, à l'horizon acquis pour toujours, on y entre comme une main dans un gant sur mesure. A vivre en esprit.
    ___________
    Ah ! Les gonzesses. Les gadies. Les femmes. Les nanas. J'ai pas de cul avec elles... la poisse. En plus, j'ai toujours été un branque avec elles, toujours en train de trimer pour conclure, tenter, rater... rateaux rares car tentatives rares !... du coup j'en ai laissé filer des occaz, à ma verge défendante. Je me suis surpris quelques fois, par effet d'hormones et de groupe, à y aller sans détour, et j'étais étonné de la facilité avec laquelle ça mordait. Mais ça me mettait en dessous de mon esprit de brancher à pleins turbins. J'ai toujours aménagé ma prédominance spirituelle. Je voulais les papillons, les approches en délicatesse de pétale de coqueliquot. Oui, je voulais bien baiser fort, bestial, mais avec la grâce et les minuties ravissantes de l'approche... ce qui prépare aux meilleurs étreintes, c'est à dire celles où ça commence à se fermenter longtemps par les yeux. Je ne voulais pas de ces femmes qui acceptent de niquer, mais ne supportent pas que l'on attarde son regard sur leur corps nu. Ça, c'est quand elle n'a rien donné d'autre que son trou. Pour la partie seulement. J'étais trop poète quoi. C'est bien connu, une approche de poète ça finit toujours en masturbation, si le contexte est au bordel cinéma. Du coup, ni poésie, ni baise.
    Surtout que les femelles étaient dans les réseaux branchés. Avec tous les imbéciles de la drague. Tous bien flanqués de chahuteries aux alcools. Pornographes médiocres. Chieurs du jour-le-jour. Souilleurs de coeurs. Singes bluffeurs. Yeux vitreux gras. Marchands de sympathies spectrales, mortes au retour à l'état sobre. Barbares en tutu, pomponnés, grisés. Enculeurs libertaires. Poubelles sur leur 31. Drogueurs de filles. Coïtards d'égoûts. Infectes hyènes d'un soir !...
    Alors, moi, je préférais passer mes samedi soirs avec ma mère, papoter, rester silencieux dans un climat affectueux, écouter ses contes maghrébins, avec toujours une superbe morale à la fin, du genre qui donne les idées claires, la sensibilité alerte, la tête dans les rêves, et les pieds sur terre. De ces contes qui vous donnent un rythme galopant, saillant... à ressentir la moindre vibration des choses. Quand je lui parle, à ma mère, que j'entre dans mes ultimes considérations, tout en philosophie, je sais bien qu'elle ne doit presque rien capter, d'ailleurs elle me le disait qu'elle avait décroché depuis le début, malgré son intelligence populaire, sa perspicacité au tac au tac !... mais j'adorais comme elle mettait tout son dévouement à m'écouter, à essayer de percer le mystère de ce qui me révoltait avec ces trucs compliqués... Elle a été mon plus tendre public, la première à qui j'ai balancé mes vérités... je crois qu'elle adorait mes montées en émotion à ces moments-là, c'était tout ce qu'elle en prenait. Puis, quand je commençais à perdre la flamme à force d'en rajouter, elle me sommait d'arrêter, ça lui cassait la tête. On retournait dans notre quiétude comme si rien n'avait été dit. Chrob chouya theï.
    Là, je viens de laisser tomber un plan boulot. Bien foireux, bien mal payé, bien promis au sadisme des petits chefs... Alors, je sais que, d'office, ça éloigne des femmes.
    Un bon boulot égal = femmes.
    Pas de bon boulot égal = mecs pouilleux, rancis, tout autour de soi.
    Tenez !... Y a, à peine, deux mois avant cet entretien d'embauche nocturne. Quand je bossais l'été en tant qu'animateur avec les jeunes. Brillant animateur-jeunesse d'ailleurs ! Ça, c'était mon dada... par la suite : animateur social. Ou l'art mini-mineur de faire du vide en mouvement de foutaises quelque chose de n'importe quoi.
    Il y avait bien Lynda. Celle-là. D'origine portoricaine, mais bien trempée dans la France d'aujourd'hui. Lynda. Je l'ai attirée par ma fougue-braise d'animateur en fleur. Cette lueur irrésistible pour les femmes, quand l'homme est enthousiaste, joueur, joyeux, fort, mâle... elles vous viennent comme les papillons de nuit vont à la lumière. Je lui ai plu, ça, c'est sûr. C'était pas que pour combler du vide... d'ailleurs je suis pas dragueur pour un sou ! Même pas un un bout ! La plupart des fois c'est moi qui reçoit le premier pas. Celles qui ne le font pas, 99%, je les rate. Lamentable ! N'est-ce pas ?!... Moi, c'était plutôt, je déclare le truc, direct de but en blanc. Emballé – expédié – réception – ou retour à l'envoyeur. Et encore, faut que je sois humeur humour. La drague à toutes berzingues, je trouve ça rabaissant, vil, turlututu tsoin-tsoin... Les femmes, ces fleurs sauvages, ces fleurs du mal, les ivres beautés ! Elles se cueillent à l'éclat du moment. Elles ne se baratinent pas. Sinon, on en oublie d'être un homme, et on reste un ado butineur dégoûté de toute discipline. Si la tige ne se détache pas de coeur-joie, tant pis, y en aura d'autres. Rien ne vaut cette proposition directe à l'embarcation, la barque ou la berge ! Quant à la drague perpétuelle, en roues libres, c'est un truc de guinguets. De pauvres, souvent. De pas beaux, souvent. De pas sûrs d'eux. Problème avec maman. De ceux qui ne savent pas se donner du prestige... Marseille en est plein de ces spécimens, de ces zguègues, comme dans beaucoup de bleds d'ailleurs. Misère !...
    Ma portoricaine, je l'ai prise comme ça... au fer blanc hormones... Vieux-port, banc... silence ! Embrasse... point barre ! Direct, chez elle... torride, délicat... bestial et timide... amoureux encore lointains... ça n'a pas duré bien longtemps, mais ça reste suave à la mémoire de jeunesse. Moi, je voulais que ça dure. Cette extase. Notre emballement à feu. Alors, j'ai fais la connerie, de me pousser un peu plus aux sentiments. Erreur monumentale. Il ne faut jamais forcer la nature. Mais comme on nous apprend ça à l'école, à se forcer, alors on continu ces manies dans d'autres choses de la vie. Je me voyais pourtant bien couler. Je m'y délectais à cette descente sans avoir pieds. Enfin, tant que je voyais encore la surface en haut. Mais, après, quand je suis descendu bien loin en faux amour, pas partagé, alors j'étais bien emmerdé au fond, obscur des mépris pervers de Lynda. Je n'y ai trouvé aucun émoi d'elle. Elle restait bien lucide sur terre, elle. Elle faisait durer, mais c'était pour bien prendre le temps de me voir pourrir, afin de partir avec une belle image d'elle-même, par contraste. C'est pour ça que les gens se pourrissent entre eux, c'est pour se quitter en se disant que c'est eux-même qui sont biens et pas l'autre. Parce que partir avec une sale image de soi, c'est pas fait pour mieux se projeter ailleurs !... alors ils ramassent toute leur crasse, tout leur pu mental, toute leur chiure venimeuse, ils mettent tout ça dans un seau et le balancent à sur la face de l'autre, en lui disant que tout ça c'est à lui, que tout ça c'est de sa faute !... et plus les gens sont laids, d'âme, donc vilains du regard, et plus ils passent leur temps à pourrir tous ceux qui passent à proximité de leurs pinces !... les torturer, les laminer un peu plus, tant qu'ils peuvent. Pouvoir. On les retrouve très souvent assoiffés de pouvoir lâche, sans mérite, dans le Système, moyen d'exercer leur sadisme de laid, sur tous ceux que la Nature a comblé de ses faveurs.
    Tiens, j'en fais un bon, de guinguet, moi z'aussi !... Je projète le pas-projetable. Jeune pas averti sur les rouages modernes. Pauvre, plein de rêves de sel de la terre... tu parles !... plutôt de la crevure, du dedans la terre jusque la couche d'ozone oui !... Poète dans la bouse, ou l'art de dessiner des mirages en terrain vague. Tandis que le poète friqué, authentique plastoc d'art contemporain, nullaïon, couillon du verbe, pisse littéraire, pathologique morveux, déprimé du slip, gonfleur de nombril avachi... lui, y a pas à dire, ça racole. En chanson ! En livre ! En verbe sur « oeuvre » plasticienne ! Mon cul oui !... le public sent le fric, les congénères de classe reniflent le confort matériel, l'aisance d'une telle mise en scène de son pois-chiche, malgré les couches de parures d'esthétique de la décomposition, c'est le fric qu'il hume chez « l'artiste », comme les chiens se reniflent l'oigne.
    Ma mentalité poétique en milieu merdelassé... c'était juste une façon pour moi d'y survivre. En vrai j'aurais bien chié dedans moi aussi. Mais j'étais dedans, alors... Tout ce qui peut adoucir l'effroyable goût de la misère. Je veux dire... non pas la dèche à l'éthiopienne. Non pas que celle du ventre. Non pas que celle des ronds. On a associé misère et ventre vide. Ok, bien sûr, mais y en a des chiées, des tiraillements en manques. Les misères humaines. Y a bien d'autres carences que celle du bide. J'affirme que si elles se cumulent dans un seul être, dans un seul coin, alors l'enfer s'incarne tringlé rideau macabre, multi-motifs sordides, où ceux qui y naissent sont étranglés dans ses mailles. Il faut voir la gueule qu'ils font, du coup ! Émaciés à vif ! Le corps, il dit tout, la face surtout, c'est une balance silencieuse ! Un mouchard l'air de rien. Il est bavard muet, le corps, les airs, les traits.
    C'est pas le tout, le bide qui rale, les désirs glacés par la frustration, les fantasmes ravalés dans le vertige de l'impossible. Non, ça ne se monte pas en colère tout seul, c'est pas suffisant ces états. Ça dépend de l'environnement où ça se corse !... Parce que pauvre avec d'autres pauvres, en communauté serre-les-coudes, on peut s'y tenir, un peu. Ou alors, pauvre dans un pays pauvre, on peut se raisonner à la peu chère ambiante... ventre glou-glou, mais ensemble. Dans ces contexte de pauvreté commune, selon certaines circonstances et histoires, il y a même des rituels salvateurs qui vous flanquent de ces enthousiasmes à sourires vifs, frais, et même des rires clinquants à tout bout de champ. Ça se trouve ça, chez certaines communautés de pauvres. En Afrique, ou en Asie, ou en Amérique du sud. D'ailleurs, beaucoup d'occidentaux les trouvent « plus humains » !... Les enfants y ont même des regards mille fois plus étoiles que nos petites oies gavées de matoss, sociabilisées sur un banc d'école, robotiques en développement.
     
    Septembre 2010

    Rouge Le Renard


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  • Yellow calla lilies bouquet  

     

    Nous allons porter les yeux au-delà de l’infamie, pour deviner un autre monde possible.

     

     

    Un autre monde où

     

    L’air sera exempt de tout poison qui ne viendra pas des peurs humaines et des passions humaines,

     

    Dans les rues, les automobiles seront écrasées par les chiens,

     

    Les gens ne seront pas conduits par l’automobile, ni programmés par l’ordinateur, ni achetés par le supermarché, ni regardés par la télé,

     

    Le téléviseur cessera d’être le membre le plus important de la famille, et sera traité comme le fer à repasser ou la machine à laver,

     

    Les gens travailleront pour vivre au lieu de vivre pour travailler,

     

    On introduira dans le code pénal le délit de stupidité, que commettent ceux qui vivent pour posséder ou pour gagner, au lieu de vivre tout simplement pour vivre, comme un oiseau chante sans savoir qu’il chante et comme un enfant joue sans savoir qu’il joue,

     

    On n’emprisonnera plus les jeunes qui refusent de faire leur service militaire, mais ceux qui veulent le faire,

     

    Les économistes n’appelleront plus niveau de vie le niveau de consommation, et n’appelleront plus qualité de vie la quantité de choses,

     

    Les chefs de cuisine ne croiront pas que les langoustes adorent être bouillies vivantes,

     

    Les historiens ne croiront pas que les pays sont enchantés d’être envahis,

     

    Les politiciens ne croiront pas que les pauvres sont enchantés de se nourrir de promesses,

     

    La solennité cessera de croire qu’elle est une vertu, et personne ne prendra au sérieux l’individu incapable de rire de lui-même,

     

    La mort et l’argent perdront leurs pouvoirs magiques, et le décès ou la fortune ne feront pas d’une canaille un homme vertueux,

     

    Nul ne sera considéré comme un héros ou un imbécile parce qu’il fait ce qu’il croit juste au lieu de faire ce qui lui convient le mieux,

     

    Le monde ne sera plus en guerre contre les pauvres, mais contre la pauvreté, et l’industrie de l’armement n’aura plus d’autre solution que de se déclarer en faillite,

     

    La nourriture ne sera pas une marchandise, ni la communication un commerce, parce que la nourriture et la communication sont des droits humains,

     

    Nul ne mourra de faim, car nul ne mourra d’indigestion,

     

    Les enfants de la rue ne seront plus traités comme s’ils étaient de l’ordure, car il n’y aura pas d’enfants de la rue,

    Les enfants riches ne seront plus traités comme s’ils étaient de l’argent, car il n’y aura pas d’enfants riches

     

    L’éducation ne sera pas le privilège de ceux qui peuvent la payer,

     

    La police ne sera pas la malédiction de ceux qui ne peuvent l’acheter,

     

    La justice et la liberté, sœurs siamoises condamnées à vivre séparées, seront à nouveau réunies, épaule contre épaule,

     

    Une femme noire sera présidente du Brésil et une autre femme, noire, présidente des Etats-Unis ; une Indienne gouvernera le Guatemala et une autre le Pérou,

     

    En Argentine, les folles de la place de Mai – las locas de la plaza de Mayo – seront un exemple de santé mentale, car elles refusèrent d’oublier à l’époque de l’amnésie obligatoire,

     

    Notre Sainte Mère l’Eglise corrigera les erreurs des Tables de Moïse, et le sixième commandement ordonnera de fêter le corps,

     

    L’Èglise dictera aussi un autre commandement que Dieu avait oublié : « Tu aimeras la nature, dont tu fais partie »,

     

    Les déserts du monde et les déserts de l’âme seront reboisés,

     

    Les désespérés seront espérés et les égarés seront retrouvés, car ce sont eux qui se désespérèrent à force d’espérer et qui s’égarèrent à force de chercher,

     

    Nous serons les compatriotes et les contemporains de tous ceux qui voudront la justice et qui voudront la beauté, quels que soient l’endroit où ils seront nés et l’époque où ils auront vécu, sans accorder aucune importance aux frontières de la géographie ou du temps,

     

    La perfection restera l’ennuyeux privilège des dieux, mais, dans ce monde fou et foutu, chaque nuit sera vécue comme si elle était la dernière et chaque jour comme s’il était le premier.

     

    Eduardo Galenao

     

     

     


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  • http://2.bp.blogspot.com/_6omX_IiBnTI/TTsOQZ1UvnI/AAAAAAAAAl8/5chinJmCqIw/s1600/zen-wallpaper-7.jpg

     

    La paix est une guerre qui érige un état impossible à décrire, qui touche aux limites du langage et qui rend l'exercice d'écrire délicat.

     

    Oui, il s'agit d'une guerre contre les tendances les plus délétères. Elle est la dérision face aux tracas et aux postures du quotidien. Elle est la franche rigolade au coeur des fourberies les plus viles, une aptitude à ne plus se penser comme quelque chose d'important, d'intéressant, d'utile. Je suis tranquille dès que je ne suis plus grand chose pour personne, y compris pour moi. Je fais peu. Je fais le feu, je prépare la soupe, j'épluche les patates. Je désapprends et me consacre à vivre l'hiver, saison utérine comme tu l'écris fort justement.

     

    Je ne sais pas de quoi sera fait tout à l'heure. Je ne sais pas non plus quels sont les composés qui ont tiré du passé ce qui a dessiné cet instant. J'attends l'heure d'aller chercher les piafs à l'école. Non, je n'attends pas. Je vis, assis, léger. Je ne suis plus en mesure d'être un guerrier en dehors des arènes de ma personnalité fissurée. Je laisse les polémiques aux polémistes, les insultes aux images blessées que j'observe s'étioler. Je polis les crevasses qui laissent passer la lumière sans la filtrer. J'élargis mes jours ; je possède la nuit. Non, je ne sais pas où tout cela me conduira et c'est très bien ainsi. Je suis content d'avoir quarante balais et même un peu plus. Je suis content de ce chemin emprunté jusqu'ici et s'il devait s'arrêter là, tout de suite, je me dirais sans tressaillir que j'ai totalement, intimement, fait ce que j'ai à faire. Vivant, je n'ai pas peur de mourir, nul besoin de m'agiter, en cet instant. Je suis reconnaissant.

     

    Sans doute est-ce cela "domestiquer" la mort : vivre l'instant avec une telle intensité qu'il éteint l'impression même d'être né.

     

    Très bel article de Nat

     

     

     


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