• Thérapie de Gerson

     

     

    Max Gerson

     

    « ... un bon clystère détersif, composé avec catholicon double, rhubarbe, miel rosat, et autres, suivant l'ordonnance, pour balayer, laver, et nettoyer le bas-ventre de Monsieur, trente sols. »
    Molière, Le Malade Imaginaire, acte I, scène I.
     

    La thérapie de Gerson est le nom donné à un ensemble de règles hygiène-diététiques présumé guérir le cancer même à un stade avancé. Elle comporte des prescriptions alimentaires, des lavements au café et différents suppléments. Elle tire son nom de Max Gerson (1881-1959), un médecin allemand émigré aux États-Unis en 1936 ayant exercé la médecine à New-York.

    En 1977, la fille de Gerson, Charlotte, a participé à la création de l'Institut Gerson, qui administre la Clinique Baja Nutri Care à Tijuana au Mexique. On lit sur la page d'accueil du site de la clinique un étrange message pour un tel site incitant à l'optimisme : BNC se réserve le droit de refuser ses services à qui que ce soit, à tout moment et sans justification. Aux États-Unis, il est toujours illégal pour une clinique de proposer la thérapie de Gerson dans le traitement du cancer. Charlotte n'est pas docteur en médecine, mais a reçu une formation sur le terrain dans la clinique paternelle. Elle forme des médecins à la thérapie de Gerson, donne de nombreuses conférences sur les bienfaits de la thérapie et sur les forces du mal qui tentent de la faire disparaître, et a écrit quantité de brochures consacrées aux témoignages de différentes personnes qui se disent guéries de leur cancer. C'est l'un des deux auteurs du livre sur la méthode Gerson ; son fils Howard Straus s'est associé à son action. Diplômé en physique, Howard a écrit une biographie de son grand-père intitulé Dr Max Gerson : Guérir les cas désespérés. La mère et son fils sont convaincus que la femme d'Howard a été guérie d'un cancer par la thérapie de Gerson.*

    Gerson a déclaré qu'il avait commencé à développer ses règles hygiéno-diététiques après la disparition de ses migraines alors qu'il suivait un régime végétarien sans sel. Le régime a fini par comprendre beaucoup de jus de fruits et légumes cultivés biologiquement, et par exclure le café, les baies, les noix, les produits laitiers, l'eau du robinet ; les plats préparés, les conserves et les produits en bouteille ; et la cuisson dans des récipients en aluminium. Des suppléments y ont été associés comme de l'huile de lin, des gélules d'acidophilus-pepsine, du sirop de potassium, du Laetrile [1], des doses de solution de Lugol (solution iodée), des extraits thyroïdiens, de la vitamine B3, des enzymes pancréatiques, des gélules de gelée royale, de l'huile de ricin, des lavements à l'ozone [2], des vaccins, de la vitamine B12 mélangée à des extraits de foie.* Les injections d'extraits de foie ont été supprimées de la méthode quand ont été démontrées les pathologies qu'elles provoquaient.*

    Qui était Max Gerson et pourquoi quelqu'un atteint d'un cancer devrait suivre ses recommandations d'ingérer de grandes quantités de jus de légumes et de subir un lavement quotidien au café ? Il est facile de répondre à la seconde question. La thérapie séduit ceux qui croient qu'il existe un traitement « naturel » du cancer et de la plupart des maladies, mais que des intérêts particuliers (bien connus de certains milieux en tant que « eux ») ont interdit. Elle séduit les patients atteints d'un cancer qui redoutent particulièrement ou qui s'opposent avec virulence à la chirurgie, à la radiothérapie ou à la chimiothérapie. Elle attire les cancéreux au-delà des ressources thérapeutiques de la médecine scientifique, et prêts à tout pour continuer à vivre. La première question exige une plus longue réponse.

    D'après Croft Woodruff, « Max Gerson était le médecin personnel et l'ami d'Albert Einstein et du philanthrope missionnaire Albert Schweitzer... Albert Schatz était aussi l'ami du Dr Gerson, du Dr Einstein et des Schweitzer. » (Beaucoup considèrent Schatz comme l'authentique découvreur de la streptomycine.)* Schweitzer était convaincu que le régime de thérapie de Gerson l'avait guéri de son diabète et avait guéri sa femme de la tuberculose. Schweitzer a déclaré à propos de Gerson :

    Je vois en lui un des plus grands génies de l'histoire de la médecine. On a adopté beaucoup de ses idées les plus importantes sans mentionner son nom. De plus, il a accompli plus qu'il ne semblait possible dans des conditions défavorables. Il laisse un héritage qui exige la considération et qui lui promet la place qui lui est due. Ceux qu'il a guéris témoignent aujourd'hui de la justesse de ses idées.

    Apparemment Schweitzer faisait référence au traitement de Gerson pour la migraine, que ce dernier prescrivait pour une diversité d'autres affections, comprenant la tuberculose cutanée (lupus vulgaire), l'asthme, la tuberculose pulmonaire, et les pathologies inflammatoires articulaires. Cependant, Gerson n'a jamais constitué de groupe témoin et n'a pas conservé de dossiers montrant que ses patients n'avaient reçu que sa thérapie et pas autre chose comme un traitement classique. Ainsi, n'a-t-il pas démontré que les effets observés étaient le résultat de ses règles hygiéno-diététiques. Il n'a pas signalé ses échecs, ni les abandons de traitement qu'elles qu'en fussent les raisons. Il n'a rapporté que les succès supposés. Le biais de sélection constitue le défaut majeur des preuves des prétendus traitements alternatifs. Elles ne s'appuient que sur la validation subjective et les comptes-rendus individuels de celui qui promeut la thérapie, plutôt que sur des expériences contrôlées et la conservation de dossiers détaillés. Les charlatans du cancer sont grandement aidés par le fait que les patients décédés ne parlent pas. Même si, comme il est mentionné plus bas dans le cas du célèbre comédien Pat Paulsen, celui qui reste peut n'avoir aucune difficulté à justifier son échec.

    Bien que la science médicale n'ait jamais pu confirmer la thérapie de Gerson ou ses convictions sur la nature du cancer et des maladies, lui-même avançait des explications :

    Gerson décrivait le cancer comme une maladie dégénérative, tout à fait comparable à beaucoup d'autres états pathologiques ; il croyait qu'un « métabolisme altéré » était le problème sous-jacent des maladies dégénératives et qu'une fonction hépatique adaptée était cruciale pour préserver un bon état métabolique. Il pensait que plusieurs fonctions physiologiques étaient affaiblies chez les cancéreux, y compris le métabolisme des lipides, des protéines, des glucides, des vitamines et des sels minéraux ; l'activité des enzymes d'oxydation ; et l'activité des bactéries intestinales. Gerson croyait que la déficience de ces fonctions engendrait un milieu favorable à la croissance de cellules malignes.
    Gerson pensait que sa méthode supprimait les conditions qui, d'après lui, favorisaient la croissance de cellules malignes. Il attachait une grande importance à l'élimination des « toxines » de l'organisme et au rôle d'un foie sain dans la guérison. Gerson avait remarqué que le patient avait peu de chances de guérir avec son traitement en cas de lésions hépatiques, dues par exemple à un cancer ou une cirrhose. Il avait constaté que les patients qui mouraient montraient des signes d'une nette altération des fonctions hépatiques, qu'il supposait provoquée par des produits toxiques indéfinis libérés dans la circulation sanguine lors de la régression de la tumeur. Il pensait que les produits de dégradation à la suite de la fonte tumorale intoxiquaient le foie et d'autres organes vitaux.*

    Sa solution au problème d'élimination des toxines était de prescrire des lavements au café.

    Il soutenait que les lavements au café concouraient à renforcer l'écoulement de la bile, augmentant ainsi la vitesse d'excrétion des produits toxiques hors de l'organisme.
    Gerson croyait que la nécessité de détoxifier [5] résultait non seulement de la production par l'organisme de substances toxiques, mais également de l'ingestion de toxines provenant de l'utilisation d'insecticides et d'herbicides par l'agriculture intensive. En conséquence, ses règles diététiques insistaient sur la consommation de produits cultivés avec des engrais biologiques. Il affirmait que le traitement du cancer devait reconstituer et détoxifier l'organisme tout entier et lui permettre de rétablir ses mécanismes de guérison naturelle.

    Depuis des millénaires, dans de nombreuses cultures, les lavements ont été utilisés dans des rites de purification et de nettoyage du corps.[3] Il semble que le lavement au café soit apparu dès 1917 ; il était mentionné dans le prestigieux Manuel Merck [4] jusqu'en 1972. Dans les années 1920, des scientifiques allemands découvrirent que la caféine en solution pouvait dilater les voies biliaires et stimuler la production de bile par le foie chez des animaux de laboratoire. * Gerson croyait que la caféine agissait comme un produit détoxifiant en stimulant le foie. Il utilisa d'abord le lavement au café pour traiter la tuberculose, une affection bactérienne. Dans les années 1930, il commença à soigner des patients atteints de cancer avec des lavements au café.

    La référence à l'élimination des toxines donne l'impression, pour beaucoup de gens, d'un appel au bon sens, bien qu'il n'y ait aucune preuve scientifique pour démontrer la nécessité d'une détoxification, ou que l'agriculture intensive soit particulièrement toxique par rapport aux produits biologiques, ou encore que les lavements au café fassent autre chose que provoquer des troubles électrolytiques et une déshydratation. En outre, aucun partisan de la détoxification par lavement n'a identifié de toxine particulière éliminée par ce procédé. On pourrait penser qu'au moins un défenseur de la méthode aurait analysé au moins un échantillon et découvert et identifié au moins une toxine.

    La conception habituelle du cancer ne fournit aucune preuve quant à l'efficacité de l'élimination de « toxines » dans le traitement du cancer. En réalité, la supplémentation en anti-oxydants peut accroître la mortalité.* Ceux qui prétendent que la thérapie de Gerson est scientifique ont tendance à concentrer leur attention sur une preuve comme « les substances contenues dans le café - le palmitate de kahweol et de cafestol - stimulent l'activité d'une importante famille d'enzymes, les glutathion S-transférases ».* Ils remarquent qu'il est prouvé, et admis par la communauté scientifique, que certaines substances contenues dans les fruits et les légumes peuvent prévenir l'action des radicaux libres, et ainsi être favorables à la prévention du cancer. Cependant, quand le cancer est déclaré, il n'est pas prouvé que la détoxification par le régime et les lavements au café soit utile pour combattre la maladie. Quel que puisse être l'effet bénéfique de la méthode de Gerson dans la prévention des maladies, elle n'est pas transposable en tant que traitement efficace du cancer.

    Un autre point important dans la conception de Gerson portait sur l'équilibre du sodium et du potassium. Gerson croyait qu'une perturbation dans les concentrations de ces électrolytes sanguins contribue à l'établissement d'un milieu favorable à la croissance des tumeurs. Il cherchait à supprimer le sodium dans le régime des patients et à rajouter du potassium (sous forme de gluconate, de phosphate et d'acétate de potassium)...
    Le rôle de l'oxydation dans le traitement du cancer était un autre élément important dans la théorie de Gerson. Il pensait que les cellules tumorales se développaient dans un milieu pauvre en oxygène et qu'elles pouvaient être détruites par des réactions d'oxydation. Il croyait qu'il était essentiel d'apporter des enzymes d'oxydation intactes dans l'alimentation, sous forme de jus de fruits et de légumes préparés et pressés à l'aide d'un moulin en acier inoxydable (plutôt qu'avec une centrifugeuse ou un mixeur, censés d'après lui détruire les enzymes d'oxydation des aliments). Il recommandait aussi d'éviter les aliments en boîtes, préparés, en bouteilles, en poudre, congelés, ou cuits dans des ustensiles en aluminium. L'effet combiné des différents éléments du traitement était destiné à « rétablir les fonctions biologiques des cellules malades. » Gerson écrivit que :
    le résultat final est de faire recouvrer à l'organisme les fonctions physiologiques qui étaient les siennes avant la croissance du processus malin. Dans cette situation de métabolisme normal, les cellules pathologiques sont détruites et ne sont plus dangereuses.*

    Malheureusement, il n'y a pas de preuves convaincantes que ses règles hygiéno-diététiques restaurent l'organisme atteint d'un cancer vers l'état de métabolisme « normal ». Ce qu'il existe, toutefois, ce sont de nombreux récits de personnes qui pensent que leur cancer, ou quelque autre maladie, a été guérie par la méthode de Gerson. Il y a beaucoup d'usagers satisfaits. Ceux qui sont morts, comme la journaliste de la télévision de Sacramento Pat Davis, ne sont plus là pour témoigner. Cela n'importe guère à ceux qui recherchent un remède à tout prix. Un autre exemple est le comédien Pat Paulsen qui est allé rechercher la guérison de son cancer dans une clinique à Tijuana. Quand il est mort à la clinique, sa fille n'a pas critiqué le traitement. Pat Paulsen a connu quelques jours de rémission au cours de ses traitements « alternatifs », ce à quoi l'on pouvait s'attendre en raison de la fluctuation naturelle des symptômes. Sa fille prétendit que le traitement était efficace, mais avait échoué pour son père parce qu'ils y avaient recouru trop tard. Quand a été fait le diagnostic de son cancer du côlon et du cerveau, sa femme Norma aurait dit, d'après les journaux, que le médecin de Tijuana « est confiant dans les chances de guérison. Ici, les médecins disent qu'on ne peut le guérir. Nous préférons de beaucoup l'avis du premier. » Un communiqué de presse officiel relatant sa mort affirma qu'il était mort d'une pneumonie et non du cancer. Un porte-parole de la famille aurait déclaré : « L'évolution de son cancer était maîtrisée après le traitement alternatif suivi à Mexico. Il est décédé mardi à 14 heures des suites d'une pneumonie et d'une insuffisance rénale, complications survenues après une intervention sans rapport avec son cancer. » Sa femme ne pensait pas que la thérapie alternative avait été vaine. Elle déclara « Nous voulons remercier l'équipe médicale de Mexico qui a soigné mon mari avec humanité et considération, et dont les membres ont été présents 24 heures sur 24 pour tenter de lui sauver la vie. » On ajoutera seulement qu'ils ne l'ont pas fait gratuitement ou par simple bonté d'âme.

    Néanmoins, des gens célèbres comme le prince Charles pensent que les témoignages d'usagers satisfaits sont des preuves suffisantes pour justifier l'approfondissement par la recherche scientifique. Peut-être. Il est important de savoir pourquoi les usagers sont satisfaits. Sont-ils satisfaits parce qu'ils ont des preuves objectives et impartiales de l'efficacité de la thérapie ? Bien. Alors, il est possible que cela mérite d'être examiné. Sont-ils satisfaits parce qu'ils se sentent mieux ou parce qu'ils croient que la thérapie les a guéris d'une maladie mortelle ? De telles confirmations subjectives sont malheureusement insuffisantes pour justifier une investigation. L'acteur Steve McQueen avait déclaré s'être senti beaucoup mieux après son traitement par Laetrile juste avant sa mort. Beaucoup de gens croient avoir été guéris de maladies mortelles alors qu'à l'origine, ils n'étaient pas atteints de telles pathologies.

    Bien que la méthode de Gerson se soit répandue depuis 60 ans, les preuves expérimentales en sa faveur sont étonnamment maigres. La démonstration repose principalement sur des témoignages et des comptes-rendus personnels de Gerson lui-même ou d'autres praticiens de sa méthode. Il reste encore à faire une étude qui réponde aux critères de base énoncés par le l'Institut National du Cancer (NCI) pour l'évaluation clinique :

    L'existence d'une tumeur maligne chez le patient doit être confirmée par l'histologie, et les prélèvements doivent rester disponibles pour un examen indépendant afin de vérifier le diagnostic ;
    Si le patient a subi une résection de sa tumeur ou d'autres traitements pour une tumeur maligne confirmée, la survenue d'une récidive ou de métastases doit aussi être confirmée par l'histologie, et les prélèvements laissés disponibles pour examen ;
    Si, au préalable, le patient a reçu un traitement, il faut réévaluer complètement son état et le suivre pendant suffisamment longtemps pour vérifier que ce traitement a été inefficace, et que la tumeur évolue réellement.*

    Les critères précédents sont énoncés dans le chapitre 3 de la publication du Bureau d'Évaluation Technique : Traitements non Traditionnels du Cancer. Une étude publié en 1995 par des partisans de Gerson, « Pourcentage de survie à cinq ans de patients atteints de mélanome traités par le régime alimentaire inspiré de Gerson : étude rétrospective, » ne répond pas à ces critères. Une analyse de l'étude parue sur le site du Centre anticancéreux Sloan-Kettering [6] relève :

    Une grave lacune dans cette étude est le manque de contrôle des divers traitements supplémentaires observés par les patients, et l'absence de précision quant à tous les traitements traditionnels reçus antérieurement ou simultanément. Du fait que cette étude ne comprend que 61 % des patients soignés à la clinique, il reste possible qu'elle ne donne pas une représentation globale des résultats de la thérapie. Les auteurs affirment que l'examen antérieur le plus favorable de la thérapie de Gerson par le NCI était insuffisant en ne se concentrant que sur la régression tumorale, qui n'est pas suffisamment documentée par la plupart des cliniques de médecine alternative. Bien que ces données contestables soient intéressantes, cette étude illustre la nécessité de la tenue de dossiers plus complets dans les cliniques de médecine alternative. Si les partisans de ces thérapies souhaitent qu'elles soient évaluées scientifiquement et reconnues comme des traitements adjuvants valables, ils doivent fournir des dossiers détaillés (pas seulement des pourcentages de survie) et mener des études prospectives contrôlées aux fins de preuves.

    À première vue, est absurde le reproche des adeptes de Gerson disant qu'il est injuste d'exiger d'eux de conserver les données de la régression tumorale des patients prétendument guéris d'un cancer. S'ils ne peuvent prouver qu'un patient est atteint d'une tumeur, qu'il n'a reçu rien d'autre que le traitement de Gerson et que la tumeur a disparu, alors ils ne peuvent prouver qu'ils ont guéri un cancer.

    En 1947, Gerson lui-même a présenté dix cas de patients atteints d'un cancer traités par sa méthode devant le NIC pour examen. Le NCI « n'a trouvé aucune preuve concluante quant à son efficacité, en particulier parce que les patients avaient reçu d'autres traitements anticancéreux. »* Gerson fut invité à soumettre d'autres résultats, mais ne donna pas suite. En 1959, le NCI a examiné les 50 cas présentés dans le livre de Gerson Une thérapie du Cancer : Résultats à propos de Cinquante Cas et a conclu que la totalité des données de Gerson n'apportait pas la preuve d'un quelconque bénéfice.

    Même ainsi, les témoignages restent de puissants arguments pour beaucoup de gens et suscitent l'intérêt de ceux à qui l'on a dit que la science médicale ne pouvait rien faire pour eux. Le fait qu'on ne puisse pas encore guérir le cancer conforte les marchands d'espoir, alors même que dans de nombreux domaines le traitement a accru l'espérance de vie et la qualité de vie. Aussi, de temps en temps un défenseur d'une thérapie charlatanesque s'avance avec un discours éloquent. Il affirme qu'on a refusé à celle-ci la place légitime qui lui revient parce qu'un complot de l'empire « Big Pharma » et de l'institution médicale trouve un écho chez ceux pour qui chirurgie, radiothérapie et chimiothérapie sont autant d'atteintes infligées à des patients peu méfiants pour remplir les poches des médecins et des laboratoires pharmaceutiques. Steve Koschel en est un exemple, dont le long métrage pour la défense de la méthode de Gerson est intitulé « La Lumineuse Vérité », sorti le 14 novembre 2008. Le film repose sur un vilain mensonge, mais exposé par quelqu'un qui semble croire sincèrement à la découverte par Gerson de la guérison du cancer et d'autres maladies il y a soixante ans, et que la preuve réside dans les récits de ceux qui pensent que c'est vrai. Heureusement, même un film bien réalisé par quelqu'un de talent et animé de bonnes intentions peut avoir une mauvaise critique. Voici ce que dit Tim Grierson à propos de « La Lumineuse vérité » :

    ...on pouvait s'attendre à ce que La Lumineuse Vérité soit, tel un combat de David contre Goliath, une révélation sur la façon dont les laboratoires nuisent à la santé de l'individu par leur convoitise du tout puissant dollar, mais ce n'est seulement qu'un des aspects de ce film manipulateur au ton condescendant. Kroschel articule son discours par l'intermédiaire de Garrett (le propre fils de Kroscher), un adolescent de 15 ans instruit à la maison [7] et dont l'étude de la thérapie de Gerson l'incite à en vérifier la validité. En réalité, c'est Kroschel qui semble incité à faire cette recherche, utilisant Garrett comme un instrument pour promouvoir le programme de Gerson - le jeune garçon quasi muet passe le plus clair de son temps à recueillir les déclarations de survivants du cancer et de scientifiques lui révélant la perversité de la communauté médicale dominante. Korschel présente La Lumineuse Vérité comme une vidéo éducative pour la jeunesse quant aux bienfaits d'une nourriture saine, mais son atmosphère au messianisme menaçant est de loin plus toxique que tous les additifs de l'industrie alimentaire que vous pourrez jamais consommer.

     

     

    Notes du traducteur :
     
    1. Laetrile : appelé aussi vitamine B17 ; c'est une substance apparentée à l'amygdaline, contenue dans certains fruits à noyaux (abricot, pêche, prune, cerise). La preuve de son efficacité n'a jamais été faite. *
       
    2. C'est-à-dire un mélange d'ozone en très faible concentration et d'oxygène. *
       
    3. De nos jours, l'hydrothérapie du côlon représente le dernier avatar du clystère des médecins de Molière, et Monsieur Purgon est passé à la publicité en ligne. *
       
    4. Ouvrage de médecine de diagnostic et de thérapeutique édité aux États-Unis depuis 1899. *
       
    5. Détoxifier : diminuer la toxicité d'une substance (1) en la rendant moins nocive ou (2) en traitant les patients souffrant d'une intoxication de manière à diminuer la probabilité et/ou la gravité des effets nocifs. * [Archive
       
      Ce terme est utilisé dans un contexte d'exposition au risque chimique.
       
      Dérivé : détoxification.
       
    6. Le Memorial Sloan-Kettering Cancer Center est l'un des plus grands centres anticancéreux américains. Il regroupe des unités de soins, des laboratoires de recherche et dispense des programmes de formation.*
       
    7. « Forme d'éducation, généralement dispensée par les parents à leurs enfants, en dehors du contexte scolaire traditionnel. »*
       
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