• Le yoga et la maîtrise : de l’ardeur à la plénitude - D. Faïck

    Le yoga a la réputation d’être une pratique tranquille dont la finalité principale est la relaxation. Or cela va à l’encontre de sa nature. Le yoga est en effet une pratique qui nécessite une constance, une énergie afin de se maîtriser soi-même au travers d’un lâcher prise qui permet de vivre la profondeur de la conscience et atteindre la plénitude. Une fois que cette finalité est réalisée, alors l’effort nécessaire disparaît.

    L’effort d’une pratique constante

    Le yoga est souvent présenté partiellement comme une façon de se détendre, et ainsi de relâcher les tensions corporelles et mentales. L’erreur commune consiste alors à faire du yoga un état inerte dans lequel le corps, allongé sur le tapis, se laisse aller à la passivité. Il s’agirait ainsi de faire du yoga un moyen de relaxation parmi d’autres. Cette vision est erronée. Loin, en effet, d’être une pratique mollassonne, un délassement, ou un paisible repos transitoire, le yoga est un investissement de tous les instants afin de transcender les déterminations qui nous asservissent. Il s’agit de dépasser les conditions des phénomènes qui peuvent dominer l’homme afin de vivre une expérience intérieure. Il en résulte finalement la réalisation de la liberté au sein de laquelle, libéré des troubles, libéré du volontarisme, sans besoin à présent de l’effort, l’être est dans la plénitude, dans une intime conscience de la réalité.

    Le yoga est un chemin qui demande un engagement soutenu dans la mesure où il s’agit pour l’être humain de dominer ses instincts, ses pulsions, ses élans primitifs, en bref sa nature. Cette opposition n’est en rien contre-nature, mais elle tente en définitive d’aller au-delà des spontanéités de base de l’être humain, qui peuvent le soumettre, le dominer et ainsi engendrer la souffrance. Si l’homme a des énergies naturelles fondamentales, il a aussi la capacité de les maîtriser. Là aussi est sa nature.

    Le yoga s’oppose alors au laisser aller, aux facilités qui séduisent, à l’absence d’efforts qui nous donne l’illusion d’être au repos. Il est une quête de la maîtrise de soi, recherche qui est fort loin de s’identifier à l’apathie. Ce contre-courant est motivé par une finalité bien spécifique : la fin de la souffrance. Le yoga vise l’éradication de la douleur physique, de la souffrance psychique ou de l’angoisse métaphysique. Or, comment un tel projet pourrait-il être réalisé dans la tiédeur d’une pratique instable et balbutiante ?

    Le yoga est avant tout un refus : celui d’être soumis aux troubles psychologiques et corporels ; celui d’être assujetti aux désordres du monde des hommes et du monde phénoménal dans sa généralité. On comprend aisément qu’un tel refus ne peut être une sinécure. Les hommes subissent sans cesse des maux et le yoga est un des moyens d’y échapper. Cette libération ne peut être ainsi une tranquille flânerie. L’engagement devra être à la mesure de la puissance des troubles qui ternissent l’existence humaine.

    Le yoga demande un esprit alerte, vif, réceptif, motivé. Il bannit le doute incessant et l’hésitation constante qui mettent nécessairement un obstacle à la finalité. Dans toute démarche, dans toute pratique, le doute constant, qui est ici le manque d’assurance, la peur, l’incertitude, la réticence envers le bien-fondé des principes et l’efficacité de la pratique, ne fait que rendre encore plus inefficace ce qui est entrepris. Le yoga est une pratique, non une croyance. Son efficacité ne se mesure qu'à l’aune de l’expérimentation, une attention fine et subtile afin que l’expérience soit accompli avec le plus de perfection possible. Un esprit agité qui vagabonde sans cesse, qui n’est pas tout à ce qu’il fait ne peut accomplir pleinement le yoga. Ce chemin n’est pas ainsi une relaxation pépère. Le mental et le corps demeurent vigilants, impliqués, résolus.

      Denis Faïck Extrait de la Revue Française de Yoga - Juillet 2006

    Le yoga et la maîtrise : de l’ardeur à la plénitude - D. Faïck


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  • http://www.sriaurobindoinstitute.org/spiritual/important_days/first_meeting_day/images/stairway_painting_of_Sri_Aurobindo.jpg

     

    Pour être proche du Divin, il n’est pas nécessaire de n’avoir ni amour, ni sympathie. Au contraire un sens de proximité et d’unité avec autrui est une partie de la conscience divine où le sâdhak pénètre par rapprochement avec le Divin et par sentiment d’unité avec le Divin. Un rejet complet de tous rapports est en fait le but final du mâyâvâdin, et dans le yoga ascétique on considère la perte totale de tous rapports d’amitié, d’affection, d’attachement au monde et aux êtres vivants qui l’habitent comme un signe prometteur de progrès vers la libération, moksha. Même là cependant, un sentiment d’unité et de sympathie spirituelle sans attachement pour tous est, à mon avis, au moins un stade qui précède le dernier, comme la compassion chez le bouddhiste, avant que l’on se tourne vers moksha ou vers le nirvâna.

    Dans notre yoga, le sentiment d’unité avec autrui, l’amour, la joie et l'ânanda universels forment une partie essentielle de la libération et de la perfection qui sont le but de la sâdhanâ.

    Par contre, la société humaine, l’amitié, l’amour, l’affection et la sympathie humains reposent habituellement, dans la plupart des cas — pas entièrement ni dans tous les cas — sur une base vitale et sont en leur centre sous l’emprise de l’ego. Si les hommes aiment, c’est en général à cause du plaisir d’être aimés, du plaisir qu’ils éprouvent à élargir l’ego par contact avec autrui, par interpénétration des esprits, par la gaieté des échanges vitaux qui nourrissent leur personnalité — et il y a aussi d’autres mobiles, encore plus égoïstes, qui se mêlent à ce mouvement essentiel.

    Il y a naturellement des éléments supérieurs spirituels, psychiques, mentaux, vitaux, qui interviennent ou peuvent intervenir ; mais le tout est très mélangé, même dans les conditions les plus favorables. C’est pourquoi à un certain stade, avec ou sans raison apparente, le monde, la vie, la société humaine, les rapports humains et la philanthropie — qui est tout autant que le reste dominée par l’ego — commencent à perdre leur attrait.

    Il y a parfois une raison apparente : une déception du vital de surface, le retrait de l’affection d’autrui, la perception que ceux que l’on aime, ou les hommes en général, ne sont pas ce que l’on pensait, et une foule d’autres causes ; mais souvent la cause est une déception secrète d’une partie de l’être intérieur, qui ne s’est pas traduite, ou pas bien traduite dans le mental parce qu’on attendait de ces choses ce qu’elles ne peuvent pas donner. Tel est le cas de beaucoup de gens qui se tournent vers la vie spirituelle ou y sont promis. Pour certains, cela prend la forme d’un vairâgya qui les pousse vers l’indifférence ascétique ou leur donne l’aspiration profonde à moksha.

    Ici, ce que nous estimons nécessaire, c’est que ce mélange disparaisse et que la conscience s’installe sur un niveau plus pur (non seulement spirituel et psychique, mais une conscience mentale, vitale et physique plus pure et plus haute), où ce mélange n’existe pas. Là, on doit sentir le véritable ânanda d’unité, d’amour, de sympathie, de communion, en sa base spirituel et existant en soi, mais s’exprimant à travers les autres parties de la nature. Si cela doit se produire, il faut évidemment qu’il y ait un changement ; la vieille forme de ces mouvements doit tomber et faire place à un moi nouveau et plus élevé pour laisser paraître sa propre voie d’expression et de réalisation de soi-même et du Divin à travers ces choses — telle est la vérité intérieure de cela.

    Je comprends par conséquent que l’état que vous décrivez est une période de transition et de transformation, négative en ses débuts, comme ces mouvements le sont souvent pour commencer, afin de créer un espace vacant où le nouveau positif puisse apparaître, qu’il puisse habiter et remplir.

    Mais le vital, qui n’a pas une expérience longue et continue, ou aucunement suffisante ou complète, de ce qui doit remplir cet espace vide, ne ressent que la perte et la regrette, alors même qu’une autre partie de l’être, une autre partie même du vital, est prête à laisser partir ce qui disparaît et n’a même pas envie de le conserver.

    N’était ce mouvement du vital (qui dans votre cas a été très fort et vaste et avide de vie), la disparition de ces choses n’amènerait — tout au moins après la première sensation de vacuité — qu’un sentiment de paix, de soulagement, et une attente paisible de choses plus grandes. Ce qui est destiné en premier lieu à remplir ce vide vous a été indiqué dans la paix et la joie qui sont venues à vous comme le toucher de Shiva. Naturellement cela ne serait pas tout, mais un commencement, une base pour un moi nouveau, une conscience nouvelle, une activité d’une nature plus grande ; comme je vous l’ai dit, ce sont un calme et une paix spirituels profonds qui constituent le seul fondement stable pour une bhakti et un ânanda durables. Dans cette nouvelle conscience, il y aurait une base nouvelle pour les rapports avec autrui ;

    En effet une aridité ascétique ou une solitude désertique ne saurait être votre destinée spirituelle, puisque cela ne s’accorderait pas avec votre svabhâva, qui est fait pour la joie, l’amplitude, l’expansion, un mouvement compréhensif de la force vitale. Ne vous découragez donc pas ; attendez le mouvement purificateur de Shiva. L’émotion est un bon élément dans le yoga ; mais le désir émotif devient facilement une cause de trouble et un obstacle.

    Dirigez vos émotions vers le Divin, aspirez à ce qu’elles soient purifiées, elles deviendront alors une aide sur le chemin et non plus une cause de souffrance. Ne pas tuer l’émotion, mais l’orienter vers le Divin, telle est la voie juste dans le yoga. Mais elle doit devenir pure, reposer sur la paix et la joie spirituelles, être capable de se transmuer en ânanda. L’égalité et le calme dans le mental et les parties vitales et une émotion psychique intense dans le cœur peuvent parfaitement aller de pair. Par votre aspiration, éveillez dans le cœur le feu psychique qui brûle régulièrement vers le Divin — c’est l’unique moyen de libérer et de réaliser la nature émotive.

    http://documents.mx/documents/aurobindo-ghose-le-guide-du-yoga.html

     

     


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  •  Aux origines du védisme

    Sur la rive Ouest de l’Indus, l’archéologue anglais John Marshall, a découvert en 1924 les restes de quatre villes remontant à 3000 ans av JC. Ces cités rassemblaient des maisons de brique séchées dont chacune était dotée d’une salle de bains, d’un puits, d’un système de vidange.

    On a pu observer que les habitants de ces maisons avaient utilisé le tour dans la fabrication des poteries (il semble que ce furent les première poteries faites au tour). Toutes ces poteries étaient magnifiquement décorées de dessins géométriques agrémentées de figures fantastiques.

    Les enseignements que nous avons sur les pratiques religieuses de l’Inde antique nous sont fournis par des livres datant de 1000 ans av JC. Ces livres sont appelés les vedas, ce qui signifie “savoir religieux”. Ces ouvrages sont rédigés en sanskrit et c’est par eux que nous apprenons que les divinités adorées par les habitants du sud de l’Inde étaient identifiées aux éléments naturels : le feu, le ciel, la lumière, le vent, l’eau, la terre. Ces divinités personnifiées portaient chacune un nom. Le dieu du feu a été pendant longtemps la divinité la plus importante, symbolisant à la fois le feu domestique et le feu allumé pour un sacrifice, celui d'un animal, principalement le cheval, représenté avec deux têtes.

    Évolution du védisme

    L'histoire du védisme s’étend de 1000 ans av JC à 800 av JC, avant que les prêtres sophistiquent cette religion pour mieux assurer leur pouvoir. C’est en Inde, et plus particulièrement dans le bassin du fleuve Indus que le védisme a pris naissance. Le rituel de cette religion est très compliqué. Seule la caste sacerdotale, constituée de  prêtres qu’on appelle des brahmanes, est habilitée à prononcer les formules et accomplir les rites. Tandis que pendant cette période comprise entre 1000 et 800 avant J.-C. l’influence des prêtres grandit, les Brahmanes réorganisent la société au profit de leur propre caste sacerdotale qui prend le pouvoir aux dépens des guerriers, les kshatryas. Peu à peu le védisme prend la dénomination de religion brahmanique, ou brahmanisme et, jusqu’en 600 av J.-C., intègre les données culturelles autochtones.

    Mais la caste des guerriers ne l’entend pas de cette oreille et tente de discréditer le brahmanisme.  C’est alors qu’apparaît, cinq siècles av. J.-C. le premier bouddhisme, inspiré par un membre de la société des seigneurs guerriers, rivaux des brahmanes.

    Trois siècles plus tard, et trois cents ans av. J.-C. le brahmanisme a évolué. Il récapitule les rites, les croyances et les traditions; il intègre le védisme, tente de récupérer le bouddhisme, y parvient en partie. C’est alors que le brahmanisme prend la dénomination d’hindouisme.

    Les déclinaisons du mot Brahma
    Elles entraînent la confusion. Qu’on en juge. Brahman est le nom attribué à la divinité, suprême, sans caractéristique (Brahman Nirguna), ou avec (Brahman saguna). Il est “celui que l’intelligence seule conçoit, qui échappe au sens, qui est sans partie visible, qui est éternel, âme universelle que nul ne peut définir ni comprendre.” C’est le dieu de la création. Quant à Brahma, c’est encore d’une divinité qu’il s’agit, mais personnalisée, comme Vishnou, dieu de la conservation, ou Shiva, dieu de la destruction. Les brahmanes ce sont les prêtres, ceux qui constituent la caste sacerdotale de l’hindouisme. Ils prêchent la non violence, caractéristique essentielle de l’hindouisme, la prière (brahma), et en couragent la multiplication des temples.

     Les castes

    Le pouvoir des Brahmanes est établi par le système des castes, subordonnant les kshatryas (guerriers), puis les vaicyas (agriculteurs), les shudras (bas peuple préposé aux humbles travaux), et enfin ceux qu’on appelle les intouchables, c’est-à-dire les exclus, plus pauvres que les pauvres, esclaves, considérés comme individus de seconde zone.

    La religion védique

    Elle s’appuie sur la sruti, qui signifie “révélation”. La sruti est un recueil de textes et de chants. À ces textes, appelés vedas, les brahmanes ont ajouté d’autres textes de leur composition. Ces rajouts, qui sont appelés les brâhmanas, compliquent à l’excès le ritualisme védique.

    La sruti comporte quatre chapitres, ou livres (vedas) : le Rg (rig)-veda qui désigne les collections de louanges récitées, les Samaveda, qui sont des hymnes chantés, le Yajurveda, sorte de recueil de formules sacrificielles, le quatrième étant l’attrawaveda, qui est un recueil de formules magiques d’incantation

    En réaction contre les brahmanes une secte s’est constituée. Elle se composait d’ascètes vivant en marge, dans les forêts, et qui à leur tour composèrent d’autres chapitres en vue de les substituer aux brâhmanas. Ce sont les Âranyakas, textes qui insistent sur le sens interne et symbolique du sacrifice, et minimisent la valeur de l’aspect extérieur du sacrifice.

    Les Âranyakas se sont développées, se transformant en enseignements secrets concernant des thèmes de philosophie indienne développées avec le genre poétique, lyrique. Ces textes sont appelés les Upanishad.

    Les différentes cosmogonies védiques

    Certaines ne sont pas sans lien avec les mythes de création qu'on retrouve chez les Égyptiens anciens, ou avec les cosmogonies Babyloniennes, ou encore avec le récit de la création dans la Genèse.

    1) La création par la séparation du ciel et de la terre. À l’origine s’opère la dissection d’un dragon géant (Ur(i)tra) par Indra qui terrasse un serpent et prend la tête du dragon. La division est violente en vue de la création du monde pour donner naissance au ciel et à la terre. Les dieux à l’origine ne semblent pas avoir droit à l’immortalité acquise grâce à une boisson locale hallucinogène, le soma.
    2) La création par le dépècement d’un géant primordial. La totalité cosmique est figurée par un géant primordial androgyne, Purusa. La création résulte de l’unité initiale qui englobe le ciel, les dieux, la terre, les éléments liturgiques, les classes sociales ! Le brâhmane (le prêtre) serait sorti de sa bouche, le guerrier de son bras, le serviteur de son pied. Le géant Purusa est à la fois transcendant et immanent.
    3) La création selon une cosmogonie métaphysique, à partir d’une unité-totalité, à la fois “être” et “non-être” Selon ce mythe de création, au commencement n’existait ni l’être, ni le “non-être”. L’Un est vide de détermination, sans caractéristique, in-catégoriable. Le désir en est le fondement originel, le moteur du processus qui va faire naître chez l’Un la conscience. Tout part, dans cette cosmogonie, d’une énergie primordiale, amorphe et mouvante.
    4) La création par la fécondation des eaux originelles, à comparer avec le mythe de création babylonien :“Un embryon d’or planait au-dessus des eaux. Il y déposa un germe (un œuf) qui les fit féconder”, mais aussi avec Gn 1, 1-2. En Gn 1, 1 , au commencement Dieu créa le ciel et la terre. En Gn 1, 2, la terre était déserte et vide (absence de vie, tohu-bohu), et les ténèbres couvraient l’abîme; l’esprit de Dieu planait sur les eaux.
    Souvenons-nous que la déèsse Tiamat fut vaincue par Marduk (le dieu vénéré par Nabuchodonosor). De son corps partagé en deux, le dieu fit l’océan et le ciel pour en tirer ensuite les êtres de la création. En hébreu, le mot tehom ( Gn 1, 2) désigne soit l’océan primitif qui précéda le monde organisé, soit l’océan qui soutient les continents (cf. Dt 8, 7), soit tout simplement les profondeurs de la mer.

    La doctrine du sacrifice

    Au commencement le géant primordial c’est l’Unité-Totalité non manifestée. Son corps cosmique récapitule les saisons de l’année et les assises de l’autel du sacrifice. En créant, le géant finit par s’épuiser et se consommer dans ce qu’il crée. Le sacrifice a alors pour but d’assurer la pérennité des créations, plus précisément des cycles du temps. Chaque sacrifice annuel répète l’acte primordial de la création et garantit la continuité du monde pour l’année. Le sacrifice n’assure pas seulement la continuation de la vie en ce monde, mais il assure des modes d’être, réalités spirituelles non liées à ce monde physique, que nous retrouvons dans le bouddhisme sous le nom d’Atman (le soi spirituel).

    La place de la vache

    L'hindouisme vénère aussi la vache, comme représentation la plus exacte de la divinité. L’origine de la sainteté de l’animal est imprécise. Certains ont avancé des raisons économiques, visant la préservation d’un animal de trait dans un pays agricole qui en aurait consommé beaucoup trop. La vache a tous les droits (le train s’arrête lorsqu’elle stationne sur un passage à niveau). Sa bouse est utilisée comme onguent sacré, l’urine pour laver les impuretés. La consommation de la viande de vache est prohibée, comme l’exploitation du cuir, du poil, des cornes, des sabots. La vache morte est ensevelie pieusement. On comptait, dans la seconde moitié du XXe siècle, environ une vache pour quatre habitants de l’Inde.

    Le problème de la réincarnation

    Tous les actes produisent un effet. À cause limitée, effet limité. Il y a donc relativité réciproque entre cause et effet. La notion cause-effet dans les domaines du sacrifice et de la vie morale se nomme kharma. Le kharma est à connotation morale, puisqu’il comprend aussi bien les actions volontaires, les choix, les décisions morales etc. Un bon kharma est un acte dont les effets sont bons. Un mauvais kharma produit de mauvais fruits.

     Puisque l’existence est limitée, tout en étant cause de la post-existence, celle-ci est limitée. La post-existence a donc une fin. Que se passe-t-il alors quand l’effet (la post-existence) a pris fin ? Il se produit un phénomène essentiel au principe de ces religions brahmaniques : l’âme est incarnée dans une autre existence ! Après avoir joui du bonheur de la post-existence l’âme est condamnée à se réincarner. Cette loi est appelée le sam-sara. Le sam-sara, symbolisé par une roue, est lié au kharma de l’individu, autrement dit à l’ensemble des effets que la vie antérieure a causés. Le kharma lie l’individu à la transmigration, au Sam-Sara.

    La réincarnation est un problème. Les védistes voudraient éviter à leur âme cette condamnation. Ce qu’ils veulent c’est se libérer des renaissances successives pour parvenir à l’immortalité définitive. Il s’agit donc de sortir du schéma : vie => mort => post-existence => renaissance.

    Pour échapper à la mort il faut ne plus renaître, donc échapper au sam-sara. L’oriental ne vise donc pas la réincarnation, ce qui pour lui est un pis aller, car le sam-sara réinitialise la souffrance. Pour parvenir à cette libération, le védiste s’engage alors vers une dissipation totale de ce qui le limite. Et comme ce qu’il conçoit comme limite est l’ignorance il cherche à la dissiper. Par le moyen de l’ascèse, car pour lui, l’ascèse permet la connaissance, la sagesse. Elle réalise l’identification de l’atman (le soi spirituel, l’âme), avec la divinité suprême, le Brahman. Cette identification libère du lien au kharma et, par voie de conséquence, du sam-sara. Les moyens de parvenir au but sont l’ascèse, car le jeûne entraîne l’inanition de la volonté qui aboutit à la délivrance, et le yoga, cet exercice permettant une profonde concentration mentale.

    C'est sur le védisme évolué, apparenté à l'hindouisme, que se co,nstituera le bouddhisme dont l'une des branches s'est rapprochée de son origine hindouiste.

     

    Gérard LEROY, le 16 septembre 2008

     


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     L’intériorité à la lumière du geste conscient

    De gestes en gestes se tisse l’existence.
    Gestes pour exécuter une tâche matérielle.
    Gestes pour exprimer.
    Gestes routiniers, « mécaniques » ou réfléchis.
    Gestes calculés ou spontanés.
    Gestes volontaires ou inconscients …

    La vie actuelle tend à provoquer la précipitation, les gestes se succèdent de manière de plus en plus accélérée ou bien se chevauchent. Envahis par l’abondance des sollicitations, des informations et des pensées qu’elles suscitent en nous, nous n’avons plus le temps d’être présents à nos gestes.Nombre d’entre eux deviennent inconscients.

    Le Yoga est une technique grâce à laquelle s’atténuent cette précipitation et la dispersion mentale qui l’accompagne. Grâce à elle renaît l’intérêt pour nos gestes et attitudes. La pratique, consiste à retrouver et à perfectionner, notre capacité d’être conscients de la totalité d’un geste ou de la mise en place d’une posture simple.

    La « conscience de … » c’est le pouvoir de connaître. Connaître notre mode de fonctionnement.

    Oser faire la lumière sur ce que le geste révèle de notre état d’être. Tout geste de notre existence peut devenir « conscient ». Le « geste conscient » est la voie lumineuse qui, partant d’une extériorisation à tendance dispersante nous conduit vers l’action intériorisée, consciente.

    « Être là » - Tous nos sens et notre mental unis, absorbés, dans la contemplation d’une respiration, longue, lente, fine.

    « Être là » - Présent, dans une attitude de découverte passionnée

    « Être là » - Présent au mouvement de la respiration, signe de LA VIE qui se renouvelle à l’infini en nous.

     

    Eliane-Claire Thiercelin

     

     

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     Texte de Joel Kramer traduit par Rachel Dompierre

    Un maître américain du Hatha-Yoga décrit les problèmes courants rencontrés au cours d'une pratique quotidienne et offre des conseils pratiques sur la persévérance et le travail du Soi dans l'harmonie. 

    Depuis des millénaires, le yoga s'est révélé un outil pour développer le corps et contrôler l'esprit dans le but d'en arriver à une transformation. À la base, le yoga est un processus permettant de confronter ses limites pour mieux les transcender. Il s'agit d'une démarche psychophysique qui procure une connaissance du Soi et qui s'adapte merveilleusement aux besoins de la vie trépidante d'aujourd'hui. 

    Le yoga nous transforme en dégageant les barrières du corps et du mental qui nous empêchent d'atteindre le plein potentiel qui réside en nous et par conséquent, nous limitent dans la vie. La transformation est un processus qui procure renouvellement et intérêt. Nous sommes portés à croire qu'un changement profond peut avoir des répercussions jusqu'à nous faire perdre contact avec nos proches et nous-même. De fait, la transformation que suscite le yoga fait jaillir le vrai Soi et nous permet d'aimer avec une plus grande profondeur. Ce processus d'affûtage et de raffinement rappelle celui du sculpteur qui taille la pierre patiemment pour lui donner forme et beauté. 

    La pratique du yoga comporte de nombreux avantages concrets. De fait, il s'agit d'un outil thérapeutique puissant pour aider à solutionner certains problèmes physiques et psychologiques, d'un moyen de renverser le processus de vieillissement et de libérer l'énergie sexuelle, d'acquérir une force et une flexibilité pour d'autres activités physiques, d'améliorer l'apparence, la posture, la peau, la tonicité et la vitalité. Tout ceci peut procurer un sentiment de grâce et de bien-être général.  

    À un niveau plus profond, le yoga permet de libérer l'énergie que nous considérons souvent comme une force mystérieuse que certains possèdent et d'autres pas et sur laquelle nous n'avons aucun contrôle. La pratique du yoga nous permet toutefois d'en changer la qualité et d'en créer davantage en augmentant notre capacité corporelle à transformer l'énergie. Il nous arrive tous de ressentir une fluctuation au niveau des courants d'énergie. Parfois, même si nous sommes débordants d'énergie, nous nous sentons dispersés ou agités et nous nous éparpillons dans plusieurs directions à la fois. Cependant, à certains moments, nous sommes encore débordants d'énergie tout en restant centrés et calmes. Le yoga nous apprend à générer ces courants et à porter une attention particulière sur différentes parties de notre corps. La pratique nous permet également de surmonter les blocages physiques et psychologiques, d'accroître notre énergie et d'engendrer la venue de nouveaux intérêts dans notre vie. D'ailleurs, notre qualité de vie dépend toujours de l'intérêt que nous lui portons. Le yoga est bien plus qu'une question de flexibilité; pouvoir exécuter des postures difficiles ne signifie pas nécessairement que nous comprenons le sens de notre pratique. À la base, la pratique n'est pas fondée sur les résultats mais sur la façon dont nous l'abordons en prenant conscience de nos limites, quelles qu'elles soient. L'important n'est pas tant d'aller loin dans une posture mais de trouver la façon d'aborder le processus yogique, lequel est directement lié à la perception qu'en fait notre esprit.  

    Il existe différents cadres de pensée de base pour chaque personne qui aborde le yoga : certains considèrent l'accomplissement des postures comme une fin en soi, un objectif à atteindre alors que d'autres l'utilisent comme un outil d'exploration et d'ouverture du corps. Au lieu d'utiliser le corps pour « atteindre » une posture, on utilise celle-ci pour créer une ouverture. La façon d'exécuter chaque posture est fortement influencée par le cadre de pensée que nous utilisons. 

    Lorsque nous abordons des postures dans le cadre d'objectifs spécifiques, nous sommes moins à l'écoute des messages que nous transmet notre corps. Si notre esprit vise principalement un objectif, l'écart qui nous sépare du niveau où nous sommes rendus et là où nous souhaiterions être, peut susciter des tensions et créer une entrave au mouvement. Nous déployons des efforts intenses et nous allons trop rapidement au lieu de permettre au corps de s'ouvrir à son propre rythme. Paradoxalement, si nos efforts sont axés sur le processus et non sur les résultats finaux, les progrès et l'ouverture se manifestent naturellement. Nous pouvons aborder les postures comme s'il s'agissait d'un combat, mais celui-ci limitera notre ouverture immédiate et constituera une entrave éventuelle.  

    Que nous accordions une grande valeur au « progrès » est un aspect fondamental du conditionnement humain. En effet, il est normal de ressentir de la joie lorsque nous constatons une amélioration. Les problèmes surgissent toutefois lorsque notre pratique n'est basée que sur les résultats et non sur le processus quotidien d'ouverture et de production d'énergie. Cette dépendance constitue des obstacles réels à notre pratique. Vous avez certainement déjà remarqué l'aspect cyclique de votre pratique, soit le va-et-vient continu entre les états d'amélioration et de régression. Ceci est lié en partie à l'importance que nous accordons aux accomplissements. Nous sommes motivés par les améliorations dans la mesure où nous continuons sur cette lancée. Dès que notre pratique atteint un « plateau », comme c'est parfois le cas, toute l'énergie dont nous avions besoin pour en arriver à ce résultat sert à maintenir un certain niveau. Un manque d'intérêt peut survenir si le principal objectif de notre pratique est axé sur notre progression. Par conséquent, nous serons moins disposés à faire du yoga jusqu'à ce que notre corps se referme et que nous éprouvions des tensions. Nous retournerons ensuite à notre pratique pour retrouver une sensation de bien-être jusqu'à ce que nous atteignions, une fois de plus, un autre plateau. 

    Nos qualités intellectuelles prennent une importance considérable lors de notre pratique de yoga. De fait, la majorité des limites réelles auxquelles nous nous heurtons émanent de l'esprit et non du corps. Nous nous croyons limités par le manque de résistance corporelle et nous estimons que la fatigue est une question purement physique. J'ai constaté que la fatigue corporelle ne survient pas en premier mais que c'est l'endurance psychique qui flanche d'abord. Lorsque l'esprit se fatigue, notre attention diminue et s'égare et l'acuité aux messages transmis par notre corps s'amoindrit. Nous sommes donc moins à l'écoute et notre corps se fatigue plus rapidement.  

    Le yoga se traduit par un équilibre entre le « contrôle » et « l'abandon »,, entre l'effort et la relaxation et la canalisation d'énergie et le lâcher prise, pour laisser l'énergie diriger le mouvement. J'ai constaté qu'il existe fondamentalement deux types de personnalité en yoga : les « acharnés » et les « sensualistes ». Les acharnés axent davantage leur pratique sur le contrôle et le progrès alors que les sensualistes visent d'abord l'abandon et la relaxation. Puisque la signification réelle du yoga est l'équilibre, si nous sommes enclins à trop pousser, nous devons aussi apprendre à relaxer et à apprécier l'aspect sensuel d'un étirement. Inversement, si nous avons tendance à trop « relaxer », nous devons apprendre à ressentir les bienfaits liés à un travail plus intense et à utiliser le contrôle pour générer le courant d'énergie. 

    L'art du yoga consiste à mettre l'accent sur la diffusion et la canalisation de l'énergie dans différentes parties de notre corps, à être à l'écoute des messages corporels (rétroaction) et au lâcher prise, pour permettre à l'énergie de prendre la barre. La résistance du corps doit être respectée puisqu'il s'agit d'un phénomène de rétroaction utile. Une autre forme de résistance serait de tenter de surmonter cet état ou de dépasser le seuil de douleur que nous éprouvons, de passer outre nos propres limites, là où nous sommes rendus et qui nous sommes maintenant. Lorsque nous cessons de « lutter contre la résistance » et que nous diffusons l'énergie là où résident nos limites, notre corps suit son propre courant et s'ouvre de lui-même avec très peu de résistance. Dépasser ses limites à tout prix engendre plus de résistance et de tension que de s'abandonner dans une posture où l'on peut atteindre des niveaux beaucoup plus profonds. Si nous sommes à l'écoute, notre corps nous signalera le moment propice pour atteindre une plus grande profondeur. 

    Un autre aspect important de cette démarche est de comprendre la signification du « conditionnement ». Comme le yoga est un équilibre entre le contrôle et l'abandon, il y a également une interaction entre la transformation et la résistance au changement. Il est impossible de demeurer tel que nous sommes maintenant : nous devenons soit plus rigides et cristallisés ou nous changeons nos comportements et nous nous transformons. Le processus du conditionnement engendre des habitudes de l'esprit et du corps qui s'accumulent au fil du temps. Ces comportements nous définissent : la façon de nous déplacer, notre maintien, notre mode de pensée et même nos opinions. En vieillissant, le fait que nous soyons ancrés dans nos habitudes nous rend plus rigides tant sur le plan physique que mental. Nos organes internes fonctionnent moins bien et les mouvements de notre corps sont plus limités.  

    Je ne veux pas parler du conditionnement comme étant un aspect négatif et inutile puisqu'il répond à plusieurs fonctions importantes dans nos vies et dans l'univers. Le conditionnement et les habitudes qui en découlent font partie du processus universel de l'individuation. Les entités individuelles, soit tous les êtres humains, sont dotés de mécanismes d'autoprotection qui définissent leurs limites et les protègent. La façon dont nous bâtissons nos mécanismes de sécurité est souvent un processus dont nous ne sommes pas conscients. Certaines habitudes sont nécessaires. Elles deviennent dangereuses si nous les laissons inconsciemment dicter nos vies. La répétition constante d'habitudes créée parfois des automatismes comme une machine et altère notre relation avec le moment présent. Si nos habitudes sont rigides et bien implantées dans l'inconscient, la perception est embrumée et nous ne vivons pas dans le moment présent. Ne pas être dans le présent c'est manquer l'essentiel.  

    L'expérience nous conditionne, laisse une cicatrice et une empreinte. La mémoire s'imprègne dans les cellules, dans les organes de notre corps, dans notre cerveau et dans la pensée même. Le paradoxe de l'expérience c'est que celle-ci nous enseigne et nous limite à la fois. Elle élargit nos horizons et se révèle l'emplacement ou la matrice à partir de laquelle la transformation peut s'opérer. En même temps, l'expérience crée des habitudes dans l'esprit et le corps, ce qui nous restreint et constitue une entrave.  

    Par exemple, si nous subissons une déchirure musculaire en yoga, cette expérience peut nous enseigner qu'une trop grande force provient d'un sentiment d'avidité ou d'un moment d'inattention. L'expérience peut également engendrer une formation d'habitudes lors de notre pratique. Nous éviterons possiblement l'endroit de la blessure, consciemment ou non ou si un exercice fait appel au muscle blessé, la peur de répéter le même scénario peut créer une tension qui nous refermera davantage. Puisqu'il s'agit d'un mécanisme de répétition, le muscle apprend à se refermer pour se protéger d'une douleur éventuelle. Une habitude se forme alors.  

    Nous avons des habitudes en yoga et dans tout ce que nous entreprenons de manière répétitive. Cependant, nous devons prendre conscience de la nature de nos habitudes afin d'éviter de nous y ancrer automatiquement. Exécuter des postures comme des exercices mécaniques transforme le yoga en callisthénie et altère la passion et l'aspect aventureux de notre pratique, lesquels font partie du processus transformateur. L'appréhension de faire du yoga signifie souvent que notre pratique n'est plus effectuée avec enthousiasme et qu'elle s'articule autour d'une structure d'habitudes.  

    La rétroaction-acuité est la capacité d'écoute et de compréhension des messages transmis par différentes parties du corps. L'acuité est primordiale pour éviter les blessures ou les guérir mais nous permet également d'avoir un plus grand contrôle sur le processus yogique. Par exemple, c'est par l'intermédiaire du processus de rétroaction-acuité seulement que nous saurons à quel moment approfondir la posture ou s'en retirer.  

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    LES APSECTS PHYSIQUES 

    Avant de parler de ma démarche concernant l'approche physique du yoga, j'aimerais décrire la façon dont le yoga influence notre bien-être. Les nouveau-nés sont flexibles et leur corps se meut facilement. En vieillissant, nous perdons notre flexibilité et la tension s'installe autour des nerfs, des glandes, dans le système circulatoire et les systèmes vertébral et énergétique. Le corps perd alors de son efficacité; le ralentissement ou le blocage des systèmes entraîne une perte d'énergie. La sensibilité du corps s'amoindrit et nous sommes moins à l'écoute des messages qu'il nous envoie. Puisque l'une des dimensions fondamentales de la vie est le mouvement à tous les niveaux, la qualité intrinsèque de celle-ci en est réduite.  

    Le mot « maladie » signifie littéralement souffrir d'un « mal ». Alors que le corps devient plus « mal », il commence à s'affaiblir. Le processus du yoga permet de garder les systèmes physiques réceptifs et forts pour prévenir l'affaiblissement et la maladie. Le yoga comporte également un potentiel thérapeutique inestimable puisque les postures sont des outils hautement raffinés. En effet, elles nous permettent d'accéder à différents systèmes corporels par des moyens très spécifiques et d'y apporter endurance et guérison. Le yoga nous permet de prendre notre santé en mains. 

    En général, nous nous préoccupons de notre santé seulement lorsqu'elle périclite. Nous n'avons pas l'intérêt ou la capacité de rester à l'écoute de ce que les systèmes corporels variés nous renvoient comme message jusqu'à ce qu'il soit trop tard et que notre santé se détériore. Notre pratique peut nous informer d'une baisse d'énergie initiale et nous fournir également les moyens de la récupérer. Le pouvoir des mesures préventives liées au yoga est soutenu par le fait que notre pratique crée une acuité à la rétroaction interne, nous aidant ainsi à dépister les signes avant-coureurs. Nous pouvons alors, par le yoga, apprendre à nous guérir bien avant que notre santé ne se détériore.  

    Bien que l'on décrive le yoga comme une « fontaine de Jouvence » puisque sa pratique nous apporte santé et vitalité, il s'agit là d'un mythe. La recherche de la jeunesse éternelle par la magie, les drogues ou certaines techniques indique que nous résistons au processus de vieillissement. Je préfère plutôt « fontaine de vie » pour décrire le yoga. L'étape de vieillissement est inévitable et le yoga nous permet de l'aborder avec clairvoyance et de la considérer comme un processus de transformation qui peut apporter croissance et introspection plus profonde. Résister au vieillissement c'est s'opposer à la transformation et à la croissance. Paradoxalement, ce refus, qui comporte une dépendance à des habitudes de vie désuètes ou inappropriées, vient aggraver le processus de vieillissement que nous craignons tant. 

    En yoga, nous nous exposons au processus de vie et de mort qui s'exprime par le vieillissement. La jeunesse est l'époque de l'innocence lorsque le corps maintient et accroît même automatiquement sa réserve d'énergie. Puis, vient un temps où un renversement survient, habituellement dans la vingtaine ou la trentaine. Le corps, alors à la merci de ses propres instruments, commence graduellement à perdre sa vitalité. Ce processus ne se produit pas de lui-même. Nous devons confronter pleinement et consciemment les tendances systématiques à la fermeture adoptées par notre corps (entropie). Le yoga vient non seulement à l'encontre du processus entropique de détérioration mais permet aussi de nous ouvrir de différentes façons pour atteindre l'âge mûr avec élégance, sagesse et aisance.  

    Notre pratique matinale nous permet de déterminer rapidement le comportement que nous avons adopté le jour précédent. Nous apprenons ainsi à déceler les différences subtiles au niveau de la flexibilité, l'endurance et de l'énergie. Le corps possède une intelligence qui lui est propre. Il faut savoir écouter et apprendre de cette intelligence qui représente un aspect essentiel du yoga. En demeurant à l'écoute, nous pouvons aligner et corriger notre structure corporelle en suivant notre intuition pour déterminer nos besoins. 

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    LES TECHNIQUES DU YOGA 

    Le yoga, à la fois art de vivre et outil de perfectionnement de la connaissance de notre corps, fait appel à une technique d'apprentissage et de raffinement. Les professeurs nous aident à accroître notre répertoire technique, ce qui nous permet en retour d'améliorer notre créativité sur le plan de l'expression personnelle lors d'une pratique. La technique nous permet également de travailler avec une plus grande profondeur et d'aiguiser notre niveau d'attention. Toutefois, il est important de se rappeler que bien que la technique soit synonyme de beauté esthétique, elle est avant tout un moyen de transformation et non une fin en soi. 

    L'attention et la canalisation 

    L'essence du yoga est la canalisation et l'attention : l'attention à la respiration, aux messages corporels, à l'énergie et même à la qualité que nous lui accordons. Au fil des ans, je réalise que ma pratique est en constante évolution. Approfondir sa pratique ne signifie pas nécessairement exécuter des postures plus difficiles mais plutôt d'en comprendre davantage le sens. Une précision accrue sur le plan de la technique peut rendre la pratique du yoga mieux pondérée et plus passionnante, même dans les postures les plus simples, et nous aider à approfondir nos connaissances de la signification réelle du yoga. 

    Apprendre le yoga, c'est entre autres choses, apprendre à aimer le pratiquer, pas nécessairement à toutes les fois mais comme on aime un bon ami qui fait partie de notre vie. Nous aimons des gens qui, à l'occasion, peuvent susciter en nous des sentiments de frustration ou de colère sans que cela n'altère le sentiment d'amour que nous éprouvons pour eux. Si nous pratiquons déjà le yoga depuis un bon moment et que nous n'en ressentons aucun plaisir, nous devons questionner la façon dont nous l'abordons. À n'importe quel moment dans une posture, sommes-nous présents ou heureux d'y être ? Si la réponse est non, il est fort probable que notre esprit est ailleurs. 

    Nous abordons peut-être une posture courageusement parce qu'il le « faut » ou parce que c'est « bénéfique pour le corps ». Nous luttons possiblement pour atteindre l'objectif final, soit la posture ultime ou le niveau de flexibilité d'une pratique précédente. Si notre attention et notre intérêt ne se situent pas au niveau corporel, c'est que nous ne sommes pas entièrement présents dans la posture. 

    Lors d'une pratique de yoga, l'attention fait appel au lâcher-prise, cet état de relaxation qui nous amène à « être véritablement » dans la posture. Nous sommes donc éveillés et attentifs mais non passifs. Le corps « décide » à quel moment garder une posture, prendre du recul, l'approfondir ou simplement s'en retirer. 

    Le yoga nous apprend à canaliser l'énergie dans des endroits spécifiques pour en générer davantage au moment des étirements ou de la relaxation dans une posture. Apprendre à canaliser l'énergie avec profondeur et précision est un élément essentiel du yoga sur lequel nous n'insistons pas suffisamment. Cette capacité ne dépend pas de notre flexibilité mais plutôt de nos qualités intellectuelles qui nous permettront de déceler les raideurs et les blocages et d'y porter une attention particulière. 

    Le mot « attention » signifie un élargissement du spectre de la conscientisation qui se produit lorsque la pensée n'essaie plus de contrôler ni de diriger. La « canalisation » demande plus de concentration que l'attention et fait appel bien sûr au contrôle. Même si ces deux états diffèrent l'un de l'autre, ils sont intimement liés. En effet, lorsque nous sommes attentifs, nous apprenons à canaliser l'énergie et une meilleure canalisation amène une plus grande attention. Il s'agit là d'un autre exemple d'un jeu d'équilibre entre le contrôle et le lâcher-prise lors d'une pratique.  

    Le souffle 

    Le souffle est essentiel à la vie (appelé traditionnellement « prana »). En yoga, il s'agit du lien entre l'esprit et le corps, puisque le mouvement respiratoire s'effectue automatiquement ou de manière volontairement contrôlée. 

    La respiration est la pierre angulaire de la technique. Apprendre à utiliser la respiration efficacement nous permet d'atteindre une plus grande profondeur dans la pratique puisqu'elle contribue à augmenter la flexibilité, la force, l'endurance et l'équilibre. J'utilise une variation de la technique « ujjayi », une respiration profonde qui survient au niveau de la cage thoracique et qui se prolonge à l'aide du contrôle glottique. Un mouvement de va-et-vient des poumons sur la glotte à l'inspir et à l'expir nous aide à approfondir les postures et procure une relaxation instantanée. Dans les postures comportant un fléchissement, une compression et une flexion avant, le mouvement et l'étirement sont initiés à l'expir, en retenant la posture puis en relaxant ou en se redressant à l'inspiration. Inversement, les étirements qui exigent une expansion des poumons et de la cage thoracique s'effectuent à l'inspir, en relaxant ou en se redressant à l'expir. 

    Le souffle même est un exemple intéressant de contrôle et de lâcher-prise. En utilisant la respiration et non le mental pour guider et contrôler le mouvement et l'étirement, le corps peut s'abandonner dans la posture plus aisément. Lorsque la respiration et le corps ne font qu'un, le courant d'énergie s'achemine dans la musculature, ce qui modifie entièrement la qualité de notre pratique. L'utilisation d'une bonne respiration nous permet de quitter le mental pour se reconnecter au corps apportant ainsi grâce et sensualité au mouvement, état impossible à atteindre lorsque la volonté prend le dessus. Cette technique de respiration procure à tout l'organisme un niveau d'attention dans la détente et l'équilibre et peut servir à diffuser l'énergie dans diverses parties du corps.  

    Les limites physiques 

    « Le respect de ses limites physiques » constitue un autre aspect important du yoga. Notre corps possède ses propres limites lorsqu'il s'agit d'étirement, de force, d'endurance et d'équilibre. La flexibilité constitue un bon exemple à ce sujet. Dans chaque posture, nous atteignons, à un certain moment, nos limites maximales ou finales. Nous ressentons alors un niveau d'intensité qui se rapproche de la douleur physique sans pour autant la provoquer. Ce seuil varie d'une journée à l'autre et d'un souffle à l'autre. Nous sentons parfois que nous régressons au lieu de progresser. S'abandonner à cette limite constitue un aspect important de notre apprentissage puisque cela nous permet de nous adapter à tout changement. Sur le plan psychologique, il est plus facile de progresser que de régresser. Toutefois, il est important de savoir se retirer lorsque nous ressentons un blocage et aller de l'avant lorsque le corps s'ouvre.  

    L'exécution d'une posture finale entraîne une accoutumance subtile sur le plan psychologique. La tendance à vouloir atteindre rapidement une posture finale nous empêche d'être réceptifs à la rétroaction physique et nous fait quitter une posture dans un trop court laps de temps. En nous remémorant le niveau de flexibilité réussi lors d'une pratique précédente, nous pouvons inconsciemment vouloir l'atteindre à tout prix, être satisfaits si nous l'atteignons, heureux si nous le dépassons et déçus si nous n'y arrivons pas. 

    Idéalement, chaque posture fait appel à tout le corps bien que nous ressentions un étirement plus profond à certains endroits en l'exécutant. Lorsque nous atteignons notre limite maximale trop rapidement, nous contournons plusieurs étapes dans la posture. Nous ressentons l'impression de l'étirement complet alors que le corps peut ne pas être bien aligné ni aussi ouvert que nous le croyons. L'ouverture de la musculature auxiliaire du corps avant d'atteindre la posture finale nous aide à obtenir l'alignement approprié et à procurer un étirement profond dans la posture finale.  

    Il est très facile de contourner ce que j'appelle la « limite initiale ». Cela se produit lorsque nous effectuons une posture et que le corps rencontre sa toute première résistance. Nous abordons d'abord la posture avec aisance jusqu'à ce que nous éprouvions une sensation de blocage ou d'immobilisation, soit la limite initiale. Il est primordial de s'y attarder pour laisser notre corps s'y adapter, réaligner la posture, prendre conscience de notre respiration et l'approfondir. Nous devons fixer notre attention sur la sensation ressentie, attendre qu'elle diminue, laisser le corps aller plus loin dans le mouvement et progresser vers une autre étape, et ainsi de suite jusqu'à l'étape finale en déployant très peu de résistance ou d'effort. En abordant les premières étapes lentement et calmement, nous atteignons une plus grande profondeur dans la posture finale. Pour augmenter l'endurance physique, nous devons rester plus longtemps dans les premières étapes de la posture et augmenter peu à peu l'intensité. Plus nous approchons de la limite finale plus l'endurance a tendance à diminuer. Apprendre à garder une posture aux étapes intermédiaires jusqu'à ce que nous puissions approfondir et ralentir la respiration nous permet de relaxer tout au long du processus. De plus, aborder une posture de cette façon procure un meilleur alignement et une écoute attentive à la rétroaction physique et nous permet d'atteindre des niveaux d'intensité sans douleur tout en minimisant les risques de blessures. La stratégie des limites nous met en relation avec la nature sensuelle de la posture et la qualité du senti de l'étirement, chaque pose pouvant ainsi devenir une expérience esthétique. 

     

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    DOULEUR ET RÉTROACTION 

    Il est primordial de savoir différencier douleur et intensité. Bien que la frontière entre ces deux états puisse sembler floue, notre psychique nous servira immanquablement de guide. En effet, la douleur ressentie est non seulement physique mais également physiologique et en raison du sentiment d'inconfort qu'elle suscite, nous voulons quitter cet état. Si nous évitons la sensation, c'est qu'il s'agit de douleur. L'intensité qui n'est pas une douleur génère de l'énergie et un état sensuel qui nous transporte. 

    La peur et l'ambition viennent souvent brouiller notre compréhension de la douleur et de l'intensité. Lorsque nous craignons de nous blesser, nous pouvons interpréter les inconforts comme une douleur et l'éviter alors que l'ambition nous rend plus tolérant et insensible à sa présence. Lorsqu'une posture engendre un sentiment réel de peur, il est préférable de ne pas insister pour faire preuve de « courage », car nous risquons davantage de nous blesser et augmenter ainsi la probabilité que l'événement se produise. Par ailleurs, nous pouvons expérimenter nos limites, trouver un endroit dans la posture qui ne suscite aucun sentiment de peur, retenir la position, approfondir la respiration et attendre que la relaxation provoque une ouverture. Si nous sommes généralement poussés par l'ambition, il est fortement recommandé de rester plus longtemps dans la première étape et d'approfondir la posture plus lentement. De cette façon, nous développons une sensibilité à la rétroaction physique, ce qui peut nous aider à contrer cette tendance à ignorer les messages transmis par notre corps.  

    La douleur en tant que telle est souvent difficile à reconnaître, car elle n'est pas forcément aiguë, extrême ni synonyme de grande intensité. Si une crainte s'installe, même à un faible niveau de douleur, il s'agit de notre limite par définition. Il est préférable d'apprivoiser sa peur en créant lentement une ouverture plutôt qu'en forçant ses limites. 

    Nous avons tous différentes façons d'éviter la douleur : endurer courageusement jusqu'à la fin de la posture, penser à autre chose ou se hâter à quitter cet état d'inconfort. La douleur entraîne un manque d'attention dans la posture, résultant par conséquent un risque plus élevé de blessure. En fait, la majorité des blessures en yoga proviennent d'une trop grande ambition ou d'un état d'inattention. L'ambition dans la pratique se définit comme suit : retenir la posture selon la durée prédéterminée, tenter d'aller aussi loin qu'un autre participant, essayer d'atteindre inconsciemment des niveaux de flexibilité réussis par le passé, ou d'obtenir ou reproduire des états psychiques. L'ambition, tout comme la comparaison, sont des caractéristiques intrinsèques du mode de pensée de l'être humain. Par conséquent, on ne peut éliminer ce désir par la volonté puisque la volonté même est une forme d'ambition. L'observation attentive des différentes étapes d'une posture permet de contourner le désir ardent de réussite et nous ramène aux sensations corporelles. Idéalement, une posture ne devrait pas provoquer de douleur. Lorsque nous ignorons cette sensation ou tentons de la surpasser, des blessures en résultent. Pratiquer le yoga dans cet état d'inconfort continu altère notre attitude envers sa pratique même et génère des sentiments de réticence. Le yoga devient alors une tâche et non un plaisir. 

    Les lignes d'énergie 

    En plus de la respiration et du respect de ses limites, une troisième dimension vient s'ajouter au yoga physique. Cette dimension occasionne une canalisation de l'énergie dans différents endroits du corps, créant ainsi ce qu'on appelle les « lignes d'énergie ». Ce type d'énergie comporte des courants vibratoires qui sont diffusés dans différentes directions lors de l'exécution des postures. La description de ces états internes est approximative. Même le mot « énergie », lorsqu'il est utilisé pour décrire un niveau intérieur d'activation, peut sembler vague. Nous sommes toutefois conscients des fluctuations d'énergie. En effet, si nous portons attention, certaines parties de notre corps nous semblent débordantes d'énergie et de vitalité alors que d'autres nous semblent inertes et coincées. Nous remarquerons aussi que des courants subtils traversent notre corps. Ce phénomène n'est pas surprenant puisque le corps est doté d'un système hydraulique (circulatoire) et d'un système électrique (nerveux). 

    Les mouvements d'étirement sollicitent généralement les muscles et les tendons. Il existe toutefois un autre type d'étirement, celui des nerfs. Plutôt que d'acquérir un plus grand étirement dans la posture, nous utilisons les muscles pour étirer les nerfs et créer un courant d'énergie interne. En portant une attention particulière à la production de ce courant interne, nous pouvons le ressentir et l'amplifier. L'intensité du courant d'énergie peut être contrôlée par les muscles. Cette intensité procure une sensation vibratoire qui se déplace généralement vers l'extérieur. Par exemple, pour produire un courant d'énergie interne, il suffit de maintenir le bras parallèle au plancher et de l'étirer vers l'extérieur. Ce mouvement entraîne une vibration qui prend naissance dans l'épaule, descend dans le bras et ressort par les doigts. Chaque posture possède ses propres courants d'énergie qui se produisent à différentes étapes et qui se complètent et travaillent ensemble pour que tout le corps participe. 

    Ces courants d'énergie affectent notre pratique de plusieurs façons :  

    1. ils augmentent le niveau d'énergie dans la posture;  
    2. ils tonifient et relaxent le système nerveux;  
    3. ils réduisent les risques de blessures causées par un trop grand étirement musculaire;  
    4. ils accroissent la force et l'endurance dans la posture et;  
    5. ils permettent d'aligner le corps.  

    L'alignement dans les postures est un aspect important. Toutefois, plusieurs pratiquants utilisent uniquement des méthodes d'alignement extérieures, par exemple l'assistance d'une autre personne qui possède, espérons-le, l'expérience nécessaire pour faire des ajustements ou encore la reproduction de la posture idéale selon une photographie. Bien que les méthodes extérieures soient parfois utiles, j'estime que nous avons « réellement » compris la posture lorsque l'alignement provient de l'intérieur. 

     Figure 1

    Dans l'illustration ci-contre représentant la posture du triangle, les flèches représentent la direction de cinq courants d'énergie. La direction appropriée de ces courants permet d'aligner automatiquement le corps de l'intérieur. Un bon alignement engendre une meilleure circulation de l'énergie, permet de libérer les blocages corporels sans « forcer » l'alignement dans la posture et permet une plus grande extension. 

    Dans le triangle, la rectitude de la ligne à partir de l'épaule en passant par le bras qui est soulevé entraîne une ouverture du thorax et l'alignement du bassin. Une ligne traverse la jambe arrière en partant de la hanche, jusqu'à l'extérieur du pied dont l'arche est soulevée. Cette direction permet également d'aligner le bassin et de libérer la hanche. La ligne de la jambe avant part du fessier et traverse la jambe jusqu'au pied pour aligner le genou avant dans un angle rectiligne avec le bassin. La ligne qui traverse la colonne vertébrale produit un allongement qui permet une meilleure mobilité. Cet alignement libère aussi la hanche et produit une opposition avec la ligne de la jambe arrière. La cinquième ligne, qui prend source à partir de l'épaule jusqu'au bout des doigts du bras abaissé, aide à garder les épaules sur un même plan que le bassin et procure une plus grande profondeur dans la posture.  

    Ces lignes décrivent un mouvement énergétique dans cinq directions différentes et produisent des oppositions musculaires. Une telle utilisation des groupes musculaires nous aide à isoler chaque partie de notre corps (même au niveau des vertèbres de la colonne dans certaines postures), procurant ainsi contrôle, allongement, énergie et relâchement. Nous apprenons à générer et à canaliser les courants d'énergie, lesquels nous guideront tout au long de la posture. 

     Figure 2

    La figure 2 représente un mouvement d'allongement beaucoup moins profond. Tenons pour acquis qu'il s'agit de l'endroit dans la posture où nous rencontrons la première résistance. En respirant plus profondément et en augmentant consciemment les cinq directions opposées, nous faisons ce que j'appelle, « un étirement à l'intérieur de la posture » ou « un étirement des nerfs » en opposition à un étirement musculaire qui vise l'atteinte d'une plus grande extension. Ceci nous permet d'aligner le corps, nous aide à surmonter la première résistance et d'aller plus en profondeur. 

    Les leviers 

    Il existe trois types de leviers ou forces qui permettent le mouvement musculaire : 

    1. les leviers accessoires (plancher, mur et autres objets),  
    2. les leviers corporels (où une partie du corps en déplace une autre), et  
    3. les leviers internes (où les muscles apprennent à être eux-mêmes des leviers sans aide extérieure).  

    Les leviers accessoires sont les plus faciles à utiliser et les leviers internes, les plus difficiles à ressentir. Il est important toutefois de faire appel aux leviers internes le plus souvent possible puisqu'ils nous enseignent le mouvement de l'intérieur, nous aident à développer une sensibilité au niveau des tissus et procurent le type de contrôle nécessaire à l'approfondissement de notre pratique. Nous risquons davantage de nous blesser en utilisant des leviers accessoires parce que la force appliquée au corps provient de l'extérieur. Les leviers corporels font également appel à une force extérieure mais permettent une plus grande sensibilité à la rétroaction. Nous risquons moins de nous blesser en utilisant les leviers internes puisque le corps peut difficilement surpasser ses propres limites intérieures. Un bon fonctionnement des leviers internes nécessite la participation des courants d'énergie. (Toutefois, les lignes d'énergie ne sont pas toutes forcément des leviers internes.). Apprendre à utiliser ces leviers ajoute une nouvelle dimension au yoga.  

    Comprendre la posture 

    J'ai constaté qu'il est plus important de « comprendre » le fonctionnement d'une posture que de vouloir « atteindre » la posture finale à tout prix.  

    Lorsque des éléments (paraissant à prime abord totalement disparates) tels l'attention, les limites, les leviers et les lignes d'énergie s'entrelacent pour ne devenir qu'une seule et unique démarche, c'est alors que nous comprenons pleinement la posture. En fait, une bonne compréhension d'une posture va plus loin que le placement mental du corps. Ce niveau de compréhension est atteint lorsque nos muscles, nos nerfs et même nos cellules « savent » travailler en harmonie dans une posture. 

    Il existe différentes façons d'utiliser la respiration, les limites, les lignes d'énergie, l'alignement, ensemble ou séparément. Par exemple, nous pouvons nous concentrer sur la respiration, l'approfondir et la prolonger dès que nous atteignons la première limite et lorsque le souffle se régularise, ramener l'attention sur la direction de la première ligne d'énergie. 

    Dès le premier signe de relaxation dans la posture, nous pouvons ajouter une seconde ligne d'énergie ou simplement porter notre attention sur une autre ligne d'énergie. Une démarche plus difficile sur le plan technique consiste à créer et intensifier dans un même temps toutes les lignes d'énergie en utilisant la respiration pour contrôler l'intensité. Ces lignes d'énergie procurent une relaxation dynamique des muscles. Bien que les nerfs produisent un courant d'énergie, les muscles se relâchent éventuellement pour atteindre une plus grande extension. Lorsque nous avons compris la posture et que nous suivons les courants d'énergie de notre corps, nous découvrons de nouvelles dimensions, possibilités et variations à notre posture.  

     

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    LES ASPECTS PSYCHOLOGIQUES 

    La résistance 

    Plusieurs d'entre-nous souhaitons que la pratique nous apporte transformation, changements, croissance et réalisation de notre potentiel. Toutefois, nous savons également que tout processus de croissance personnelle entraîne immanquablement un phénomène de résistance. En yoga, nous ressentons cette résistance dans nos tissus musculaires, au cours de notre pratique quotidienne. Aussi, nous éprouvons de la difficulté à changer certaines habitudes ou modes de vie, ce qui ralentit notre croissance personnelle. En tant que pratiquant du yoga et d'activités liées à la croissance personnelle depuis plusieurs années, j'aimerais pouvoir vous rassurer en vous disant que j'ai réussi à surmonter ce phénomène de résistance. Pourtant, ce n'est pas le cas. Je ne crois pas que nous puissions jamais le surmonter complètement, bien que cela ne soit pas un problème grave en soi. Au contraire, nous pouvons utiliser la résistance comme guide, puisqu'elle nous renseigne sur nos habitudes et nos dépendances, nos blocages et nos mécanismes de surprotection. Ceci m'amène à vous parler davantage des aspects psychologiques du yoga. 

    Il ne fait aucun doute que l'esprit et le corps s'influencent mutuellement. Les tensions psychologiques prennent naissance dans la musculature : lorsque nous sommes nerveux ou « tendus », nous contractons littéralement les muscles et bloquons l'énergie. En raison des tensions accumulées au fil des ans, le corps devient la demeure de l'inconscient puisqu'il « apprend » à fermer certaines régions qui affectent les états émotifs. Par exemple, lorsque la région de la poitrine est comprimée, il sera plus difficile d'éprouver des émotions profondes. Puisque l'intensité des émotions qui provient d'une ouverture de la poitrine peut créer un malaise, il se peut que nous y résistions. 

    Les entraves à notre pratique ne sont pas nos limites corporelles mais plutôt nos états d'esprit et nos habitudes. La résistance de l'esprit se présente sous plusieurs formes : l'oubli, les excuses, la soi-disant « paresse » et même la maladie et les blessures. En diminuant les résistances du mental, nous pouvons libérer peu à peu les résistances physiques. Plus nous approfondissons notre pratique du Hatha yoga, (physique) plus il devient important de connaître la nature de l'esprit. 

    Nous distinguons généralement tout ce qui nous entoure à l'aide de notre mental, sans réaliser que ce n'est là qu'un des nombreux systèmes de l'être humain. L'importance du mental est considérable et son pouvoir est infini, à un point tel qu'il ignore, bouleverse ou supplante nos autres systèmes qui possèdent leur propre intelligence. Notre corps peut nous dire qu'il n'a pas faim et nous mangeons quand même, ou qu'il est fatigué et nous persévérons. Bien que le yoga nous permette de porter une plus grande attention aux messages que nous transmet notre corps, le mental les interprète malgré tout de par sa nature et son expérience (conditionnement). Le mental ne nous paraît que très rarement comme structuré et conditionné puisqu'il est comme une lentille à travers laquelle nous percevons le monde et nous-même. Pourtant, tout comme le corps, le mental s'articule autour de principes bien établis, qui lorsque nous les comprenons, tracent la voie jusque-là insoupçonnée vers la découverte et la transformation.  

    Pour comprendre la nature de l'esprit, il suffit d'observer le phénomène de résistance; ce à quoi nous résistons est souvent ce à quoi nous aspirons le plus. Qu'est-ce qui me pousse à faire du yoga? Ma pratique est-elle animée par la peur, celle de vieillir, de mourir, de perdre mon énergie? Ma pratique est-elle dictée par l'ambition et l'accomplissement, par la réalisation de niveaux de conscience plus élevés, l'atteinte d'une jeunesse éternelle ou par des questions de santé et de vitalité? Nous apportons tous nos peurs et nos ambitions sur notre tapis de yoga. Cela ne pose pas de problème en soi, à moins de se laisser envahir inconsciemment par cet état. Lorsque ceci se produit, l'esprit vagabonde et nous perdons contact avec le processus vital du yoga, soit la sensation au niveau des muscles, la génération de l'énergie et les changements subtils qui demandent une attention soutenue. Prendre conscience de la façon dont les raisons inhérentes à la peur et à l'ambition nuisent à notre pratique ne les élimine pas pour autant. Toutefois, cette prise de conscience peut nous aider à ne plus y penser pendant la pratique, à éviter les automatismes et à rester attentifs et présents. 

    Les habitudes 

    Pourquoi posons-nous des gestes néfastes pour notre santé? « Comment cesser de le faire »? ou plutôt, « Pourquoi agissons-nous de la sorte »? et « Quelle est la nature de cette autodestruction? ». Bien que nous cherchions à accroître notre réserve d'énergie, nous ne prenons pas toujours les mesures nécessaires pour y arriver. Nous faisons preuve de contrôle et de prudence. Si notre énergie s'amoindrit, notre vie bascule et un certain niveau d'énergie est requis pour ne pas perdre contrôle. Paradoxalement, lorsque nous ressentons un surplus d'énergie, nous dérogeons à nos activités habituelles qui nous procurent habituellement plaisir et sécurité. Plusieurs activités exigent une dépense d'énergie quelconque. Par exemple, écouter la télévision lorsque nous ressentons un surplus d'énergie peut engendrer un état d'agitation. Si par exemple, nous sommes accros de la télé, nous serons portés à manger plus pour diminuer notre énergie. Nous contrôlons donc inconsciemment notre énergie avec un excès de nourriture, une habitude autodestructrice, tout cela pour préserver un simple plaisir. La pratique de yoga augmente notre niveau d'énergie de façon contrôlée, ce qui nous aide à contrer et à changer nos habitudes en général.  

    Les mauvaises habitudes sont parfois considérées comme un moyen de résistance. L'alimentation est source de réconfort et nous savons qu'il est difficile de ne pas se laisser dominer par les excès. Le sentiment de perdre le contrôle, d'être incapable de résister est habituellement un signe d'accoutumance physique et psychologique. L'autodestruction nous porte, entre autres, à vouloir obtenir une gratification immédiate sans considérer la douleur qui en découle. Une résistance à notre pratique provient d'une profonde hésitation à laisser tomber les plaisirs liés à l'accoutumance. Pratiquer le yoga de façon sensée peut nous aider à surmonter ces accoutumances. 

    Lorsque nous reconnaissons le rôle important du mental lors d'une pratique, nous comprenons pourquoi il est essentiel d'explorer l'esprit. Le conditionnement corporel se traduit par une restriction au niveau des mouvements et nous incite à nous refermer sur le plan de l'esprit. L'étroitesse d'esprit étouffe la joie de vivre et nous amène à nous accrocher à des convictions bornées. De plus, elle restreint notre vision des choses et nous empêche d'être réceptifs et de faire preuve d'empathie. La rigidité du mental limite les possibilités de l'esprit d'explorer de nouveaux horizons. Les croyances, les valeurs, les attitudes mentales et même les désirs qui forment la pensée nous renvoient des images de nous-mêmes, lesquelles détermineront ce que nous croyons et imaginons. Par conséquent, elles influeront sur les gestes que nous posons dans la vie de tous les jours. En yoga physique, le processus qui consiste à affronter et repousser les limites corporelles, les blocages et les conditionnements produit une ouverture, nous transforme et nous fait découvrir de nouvelles dimensions jusque-là inexplorées de notre conscience.  

    La mémoire, les attentes et la gratification immédiate affectent-t-elles notre pratique? Quel est le cours de nos pensées lorsque nous faisons du yoga? Aimons-nous davantage exécuter certaines postures alors que nous cherchons à en éviter d'autres? Nous hâtons-nous dans certaines postures pour nous en débarrasser? Notre esprit s'égare-t-il? Pensons-nous à la prochaine posture, combien de temps il reste ou les activités que nous ferons après la pratique? Ces types de pensées peuvent parfois nous traverser l'esprit et il va sans dire qu'elles influenceront considérablement la façon dont nous exécutons une posture ainsi que la qualité de l'énergie générée.  

    La grande majorité d'entre nous qui pratiquons le yoga prenons notre croissance personnelle à coeur. En posant un regard lucide sur cette question, nous réalisons que pour nous, la signification réelle du mot « croissance » correspond à préserver précieusement ce qui nous plaît dans nos vies, à nous défaire du reste et à acquérir encore plus de ces choses qui nous rendent heureux. La véritable croissance et la transformation nous éloignent non seulement des aspects de nos vies que nous n'aimons plus mais aussi de certains plaisirs et habitudes que nous apprécions. « Qui serions-nous si nous avions pris un autre chemin? ». « Où la croissance personnelle nous mènera-t-elle? ». La croissance véritable comporte des aspects intrinsèques d'imprévisibilité qui influent non seulement sur nos habitudes mais aussi sur nos goûts, nos aversions ou nos préférences. 

    Les gens posent souvent ce genre de questions : « Dois-je cesser de manger du steak ou de boire du vin parce que je pratique le yoga? » Nous devons comprendre que la peur d'abandonner ou de perdre certains plaisirs (peu importe ce qu'ils sont) peut susciter une plus grande accoutumance qui nous limite dans notre pratique et notre croissance personnelle. Plusieurs plaisirs et habitudes définissent nos vies et même notre personnalité. Ce qui est chose du passé, de par sa nature, représente une source de réconfort; nos problèmes et nos « phobies » conservent même un aspect sécurisant. Nous adoptons certaines habitudes de vie et nous approprions certains plaisirs pendant un moment seulement. Nous conserverons certaines habitudes en les modifiant alors que d'autres dureront une vie entière. Le yoga nous permet d'atteindre une plus grande sensibilité et de reconnaître ce qui est bénéfique pour nous.  

    Nos habitudes peuvent disparaître ou évoluer pendant le processus du yoga. Nous affronterons certainement d'autres résistances associées à d'anciens plaisirs et devrons nous libérer d'aspects de notre vie qui ne sont plus appropriés. L'énergie et la prise de conscience qui découle du yoga nous aident à éliminer ce qui va à l'encontre de notre bien-être. Notre pratique quotidienne nous renvoie des messages qui sont très difficiles à ignorer.  

    Chacun de nous se heurte à la limite entre la croissance personnelle, qui est une aventure en soi, et la zone de sécurité à laquelle il s'accroche. Une certaine sécurité est nécessaire comme base de départ. Toutefois, elle peut rendre nos vies monotones et nous empêcher de découvrir de nouvelles choses. Le yoga augmente notre champ d'énergie pour créer plus d'ouverture tout en bâtissant nos forces physiques et psychologiques, lesquelles nous permettront d'accueillir favorablement le changement dans notre vie. Une toute autre sécurité s'offre à nous : celle de savoir que nous pourrons surmonter les défis que la vie nous présente.  

    La compétition et la comparaison 

    Combien de temps accordons-nous à nos pensées chaque jour? Notre mode de pensée peut être très mécanique et répétitif. En fait, lorsque nous somme confrontés à différentes situations, nos modes de pensée ressemblent tellement à des cassettes que je les qualifie de « cassette du mental ». Elles remplissent plusieurs rôles : certaines réduisent la tension, d'autres servent à canaliser la colère qui servira à blesser ou à blesser pour susciter la colère (selon le mode de pensée utilisé le plus fréquemment ou avec lequel nous sommes le plus à l'aise). Plusieurs de ces cassettes servent également à évaluer et à juger. Combien de temps passons-nous à penser « je suis mieux que », « je ne suis pas aussi bon que »? Quels sentiments animent ces pensées? Nous utilisons nos pensées pour contrôler le plus possible ce que nous ressentons. En agissant de la sorte, nous ressentons un sentiment de gratification ou de soulagement immédiat. Toutefois, à long terme, ce comportement entraînera des problèmes plus sérieux. Par exemple, si j'éprouve de l'envie envers une personne et un sentiment négatif envers moi-même pour avoir posé un tel jugement, je m'empêche de ressentir la vraie source du problème et le refoule profondément dans mes tissus musculaires. De là naît la tension. 

    Le yoga est généralement présenté comme une démarche non compétitive. À la base, cet énoncé est exact mais cela ne veut pas dire pour autant que le yoga soit exempt de toute compétition. À mesure que notre pratique atteint des niveaux plus profonds, nous devons observer attentivement cet aspect. Autrement, la compétition s'installe automatiquement et nous envahit sans que nous en ayons conscience. Canaliser nos efforts sur l'accomplissement résultera éventuellement à des blessures et tenter de réprimer l'aspect compétitif peut nuire au processus d'apprentissage qui ne s'obtient que par celui de la comparaison. Adhérer à un système de valeur qui perçoit la compétition comme étant négative nous empêche d'une part, de reconnaître qu'au fond de nous, nous la recherchons, et d'autre part, d'acquérir une bonne connaissance de soi. Cela nous isole et nous renferme davantage. 

    La comparaison est un outil pratique et nécessaire et constitue la base du principe de rétroaction. Pratiquer le yoga quotidiennement nous permet d'obtenir de l'information sur la façon dont nous avons pris soin de nous la journée précédente et de constater nos tendances à long terme. Nos habitudes alimentaires, nos émotions, le stress que nous vivons et les relations influent sur notre pratique et sur nous-même. Nous pourrons les utiliser comme guide pour nous aider à comprendre comment ces aspects inhérents à nos vies s'influencent mutuellement. Ce type de rétroaction est basé sur la comparaison. 

    Le désir de vouloir s'améliorer nous place en compétition avec nous-même, car nous voulons être meilleur qu'hier ou que l'an passé. En outre, nous comparer avec les autres, que nous le voulions ou non, est inévitable. Nous ne pouvons pas éliminer la comparaison ou par extension, la compétition même si nous le voulons. Chercher à ne pas être compétitif comporte déjà un aspect de compétition avec nous-même ou avec les autres. Si nous estimons y être arrivés (et le mental se persuadera de tout), ceci peut engendrer des sentiments de supériorité considérés également comme compétitifs. L'état méditatif de l'esprit, qui dirige notre attention pour transcender la compétition, nous permet de faire notre pratique sans combattre cet aspect, mais en le considérant plutôt comme une source de rétroaction qui comporte ses limites et ses dangers. 

    La comparaison contribue à percevoir le changement. Toutefois, la compétition nous guette et peut s'installer subtilement. Nous évaluons alors l'intensité et la rapidité avec laquelle nous nous transformons par rapport aux autres. En ce sens, l'idée même de la transformation peut devenir un objectif en soi. Il s'agit pourtant d'un processus sans fin que nous devons vivre. Nous ne pouvons nous en emparer ni le posséder; nous pouvons seulement y participer. 

    Le yoga, à la base, tend à répondre à l'éternelle question, « Qui suis-je »? À mesure que nous atteignons les profondeurs de notre être, nous réalisons que la connaissance de nous-même n'est pas la seule chose qui surgit. Nous retrouvons aussi notre dimension universelle, notre place en communion avec les autres. Nous sommes partie intégrante de l'univers et nous avons aboli les frontières qui nous séparaient. 

    Le mouvement est au coeur de l'énergie; les relations et la croissance, au coeur de la vie même. L'évolution est la façon dont le mouvement s'exprime à travers l'univers. Elle peut être perçue comme le mouvement des formes pour atteindre des niveaux d'une plus grande complexité et adaptabilité. Il s'agit toutefois de l'enveloppe externe, la peau de l'évolution en quelque sorte, ce qui rend possible le mouvement de base de l'évolution : l'éveil. La maturation et l'évolution viennent lorsque le seuil d'éveil croît et s'intériorise.  

    Le yoga entraîne une ouverture qui nous permet d'approfondir le mouvement jusqu'à la dernière fibre de notre être, d'accroître notre niveau de conscience et d'augmenter notre capacité de communication. Cette transformation de l'être nous mène vers une relation plus intense avec la vie et suscite une participation plus éveillée au processus évolutif. Ces deux états finissent par n'en constituer qu'un seul. 

     

     


    4 commentaires
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    http://yogaintegral.dojodubrochet.be/gallery/25/gallery/brahmane2/shivpooja.jpg

    1. En vue d’aider les adeptes à avancer sur la voie du Yoga je vais en exposer les principes; qui entendra et assimilera cet enseignement sera à jamais lavé des souillures du péché.

    2. Visnu, le Grand-Adepte, le Grand-Etre, le Grand-Ardent, illumine la Voie de Vérité, en tant qu’Âme universelle.

    3. Un jour le Démiurge vint à Lui et Lui demanda, après Lui avoir rendu hommage, d’expliquer la vraie nature du Yoga aux huit degrés.

    4. Et le Seigneur Visnu lui ayant répondu qu’il le lui expliquerait très exactement, enseigna ce qui suit

    5. Les âmes individuelles sont prisonnières des heurs et malheurs qui les affectent en ce monde; pour les délivrer du pouvoir de l’Illusion il faut leur donner la connaissance du brahman, grâce à quoi l’individu n’est plus affecté par la mort, et ne risque plus de renaître.

    6. Cette connaissance est difficile à acquérir, mais elle est le bateau qui permet de franchir le fleuve des renaissances;

    On peut l’atteindre par mille chemins divers, mais elle est Une en vérité, refuge suprême au delà de quoi il n’y a rien!

    Certains cherchent leur voie dans la pratique des rites tels que l’enseignent les Ecritures védiques ils tombent dans le piège du ritualisme. Ni les liturgistes, ni les Dieux mêmes, ne peuvent rendre compte de cette Réalité indicible, car comment cette forme suprême que seule l’âme connaît serait-elle connue des Ecritures?

    7. Non ce brahman, par quoi toutes choses, depuis le Soleil là-haut jusqu’à la jarre la plus modeste, sont manifestés, ne peut être révélé par les Ecritures

    Cela se manifeste de soi-même, et la vraie nature de ce brahman est au-delà du langage sous toutes ses formes, tant humaines que divines

    8. Cela ne peut se mesurer, Cela ne bouge pas, Cela ne peut être souillé, Cela ne peut éprouver de souffrance, Cela transcende toute réalité,

    9. et cependant Cela est investi par les effets du péché et du mérite, lorsque Cela prend la forme d’une âme individuelle!

    Mais comment est-il possible que l’Âme universelle prenne la forme d’une âme individuelle?

    10. Au commencement, l’Âme universelle qui transcende toutes formes d’existence et dont l’essence est faite de connaissance se mouvait sur les eaux comme une brise légère, en Elle se manifesta d’abord l’Ego, racine de toutes choses, en quoi s’équilibraient les trois qualités de Lumière, d’Energie et d’Inertie;

    11. De là naquirent les cinq éléments subtils et les cinq éléments grossies, évoluant à partir de l’oeuf originel; et lorsque un tel ensemble est affecté par les heurs et malheurs de l’existence, on le nomme jîva c’est à dire âme individuelle !

    Ainsi donc l’âme individuelle qui dans chaque être est captive du monde, retrouve sa vraie nature d’ãtman lorsqu’elle est libérée des entraves

    12. que sont le désir, la colère, la peur, l’égarement, la concupiscence, l’orgueil, la passion, le fait de naître et le fait de mourir,

    13. la misère et la douleur, la paresse, la faim et la soif, la honte, la crainte, le malheur, la désolation

    et l’horreur.

    14. Je vais donc te dire comment délivrer l’âme de ses liens. Sans la pratique du Yoga comment la connaissance pourrait-elle assurer la libération de l’âme?

    Inversement, comment la pratique seule non étayée de connaissance assurerait-elle cette libération ?

    15. L’adepte avisé, s’il désire la libération doit s’efforcer à la fois d’acquérir la connaissance et de pratiquer le Yoga comme il convient car la source du malheur est dans l’ignorance

    16. Le savoir au contraire délivre. On l’acquiert en s’exerçant d’abord au raisonnement logique par lui on distingue tout ce qu’il convient vraiment de connaître.

    Par le raisonnement, on se rend compte que l’objet de la connaissance est le brahman suprême et sans second.

    17. D’évidence, on le perçoit comme Seigneur, indivis et sans tâche, Être, Conscience, Béatitude, qui transcende les trois moments cosmiques création, conservation, dissolution et toute manifestation et toute connaissance

    Savoir cela mérite seul le nom de connaissance.

    18. Je vais maintenant t’exposer le Yoga. Quoique unique, il est, en fait, multiple, du moins quant aux façons de le pratiquer

    19. Mantra-Yoga, Laya-Yoga, Hatha-Yoga, Rãja-Yoga, tous sont des formes du Yoga qu’on peut décrire de la sorte

    20. Le Mantra-Yoga consiste à répéter incessamment durant douze années, des formules et des lettres matrices;

    21. on acquiert ainsi progressivement la connaissance et les pouvoirs tels que de se faire aussi ténu qu’un atome.

    22. Un tel Yoga, pourtant, ne concerne que l’adepte peu doué intellectuellement.

    23. Le Laya-Yoga quoique diversement décrit consiste uniquement à détruire l’activité mentale. Qu’il marche ou se tienne immobile, qu’il dorme, ou mange, l’adepte médite sans relâche sur le seigneur sans limites ainsi parvient-il à détruire son activité mentale. C’est cela le Laya-Yoga.

    24. Et maintenant le Hatha-Yoga, les huit degrés qu’il comporte sont les réfrènements et disciplines

    les postures et le contrôle du souffle la rétraction des pouvoirs sensoriels la fixation de la pensée enfin la méditation profonde et l’Enstase-finale.

    25. Il faut y ajouter trois groupes de Sceaux et diverses contractions musculaires.

    26. Ces degrés et ces Sceaux sont nombreux, mais ne sont pas tous indispensables. Des dix réfrènements, par exemple, le plus important est de s’abstenir de nourriture trop riche;

    27. De même, la plus importante des dix disciplines est celle qui concerne la non-violence

    28. enfin des innombrables postures enseignées par les maîtres du Yoga quatre vingt sont importantes mais quatre seulement sont indispensables

    29. savoir: la Perfection, le Lotus, le Lion et la Prospérité.

    30. L’adepte devra surtout tenir compte des obstacles à surmonter s’il veut progresser dans la voie du Yoga.

    31. La paresse, la fatuité, les mauvaises fréquentations, la pratique de la magie, le désir d’acquérir de l’or ou des femmes, ne sont que mirages mondains : prendre conscience de cela c’est pour l’adepte s’en libérer.

    32. Pour contrôler efficacement ses souffles, l’adepte avisé se bâtira une hutte munie d’une petite porte, mais dépourvue d’autres ouvertures

    33. le sol en sera bien nettoyé et arrosé d’urine de vache ou de jus de citron, afin d’en éliminer tous insectes moustiques, ou vermine;

    34. la hutte sera balayée chaque jour, on y fera brûler de l’encens elle ne sera ni trop haute, ni trop basse;

    35. L’adepte étendra à terre un tapis, une peau d’antilope, ou une litière d’herbe; il s’y installera en prenant la Posture du Lotus, et s’efforcera de contrôler ses souffles,

    36. Tenant son corps bien droit, l’adepte honorera d’abord, les mains jointes, la divinité de son choix, puis, avec le pouce de sa main droite, il se bouchera la narine droite qui est l’orifice du canal Piñgalã, et insufflera doucement de l’air par la narine gauche, orifice de l’Idã

    37. Il retiendra alors son souffle aussi longtemps qu’il lui sera possible, puis l’expulsera progressivement, sans forcer, par sa narine gauche.

    38. Ensuite il insufflera à nouveau, par sa narine gauche cette fois conduisant l’air jusqu’à son ventre qu’il emplira progressivement; après l’y avoir maintenu le plus longtemps qu’il lui sera possible, il l’expulsera par la narine droite, doucement, sans forcer.

    39. Il procèdera ainsi, inspirant par une narine, expirant par l’autre, alternativement, et, chaque fois retenant le souffle aussi longtemps qu’il le pourra.

    40. Pour mesurer le rythme respiratoire on utilise comme unité, le temps qu’il faut à un homme pour se frotter le genou en rond et ensuite claquer du doigt.

    41. Lorsqu’on inspire par la narine gauche, on le fait durant seize unités de temps, on tient le souffle ensuite durant soixante-quatre unités

    42. et l’on expire enfin, par la narine droite durant trente deux unités. De même lorsque l’on changera de narines.

    Ainsi fera-t-on quatre fois par jour:

    43. au matin, à midi, le soir, à minuit, tâchant chaque fois de pratiquer jusqu’à quatre vingt tenues de souffles.

    44. Après trois mois, les deux canaux Ida et Piñgalã seront tout à fait purifiés et ceci se manifestera dans la constitution même de l’adepte

    45. il deviendra ténu, lumineux, le feu de la digestion brûlera plus fort et il perdra du poids.

    46. L’adepte engagé dans de telles pratiques s’abstiendra, s’il est sage, de consommer des aliments épicés, renonçant donc au sel, à la moutarde, et en général à toute nourriture acide, forte, astringente, ou aigre

    47. il évitera également de manger trop de légumes, se tiendra à l’écart du feu et des femmes ; ne voyagera pas,

    48. s’abstiendra de bains matinaux, de jeûnes intempestifs et de tout ce qui entraîne des excrétions corporelles excessives.

    49. Au contraire une diète lactée combinée avec l’usage du beurre clarifié est recommandée, comme le sont les céréales bouillies

    50. les fèves et le riz:

    Tous ces aliments sont en effet connus comme favorables à la pratique du yoga.

    51. En observant ces prescriptions l’adepte parviendra à tenir le souffle aussi longtemps qu’il le voudra: c’est ce que l’on nomme la Tenue Parfaite.

    Inspiration et expiration y sont alors comme abolies : qui est maître de cette technique peut réussir n’importe quoi dans les trois mondes.

    52. Lorsque l’on tient ainsi le souffle, la transpiration se fait abondante et il est nécessaire de masser le corps. Plus tard, le corps se met à trembler alors même que l’on est assis dans la Posture du Lotus.

    53. Et si l’on avance encore dans ce type de pratique, paraît le phénomène dit la “grenouille” l’adepte assis dans la posture du Lotus saute et bondit comme une grenouille.

    54. Plus tard ces mouvements cessent mais le corps se soulève au dessus du sol, et bien qu’étant toujours assis dans la posture du Lotus, l’adepte se déplace sans toucher terre!

    55. Apparaîtront également d’autres phénomènes surhumains, mais il se gardera d’en faire état; il ne dira pas non plus que maintes misères corporelles lui seront dès lors épargnées

    56. car il ne dormira plus que très peu, éliminera un minimum d’excrétions, sera préservé d’hémorragies, de bavements, sueurs profuses, mauvaises odeurs et autres;

    57. et, s’il progresse encore dans la pratique de Tenue du souffle il acquerra bientôt une force prodigieuse qui lui permettra

    58. non seulement de circuler à volonté sur toute la terre mais encore de l’emporter sur n importe quelle créature

    59. tigres, panthères, éléphants, buffles sauvages, lions, il les tuera tous d’une simple chiquenaude!

    60. Devenu aussi beau que le Dieu Amour lui-même, il attirera les femmes qui languiront de faire l’amour avec lui

    61. mais il s’en abstiendra afin d’éviter de perdre sa semence. Oui, qu’il se garde de la gent féminine:

    62. du fait qu’il ne répandra pas sa semence, son corps conservera une odeur agréable.

    63. Seul dans sa retraite, il se trouvera bien de pratiquer la répétition constante d’OM, allongement de la voyelle : ainsi effacera-t-il les péchés accomplis avant de s’engager dans le Yoga;

    64. OM en effet délivre du Mal et détruit les écueils sur la voie du Yoga; c’est pourquoi la répétition constante du monosyllabe sacré est une pratique efficace pour qui veut avancer en Yoga.

    65. Ensuite vient la “Jarre” exercice accompli pour contrôler les souffles : l’adepte s’efforce d’unir le couple inspiration-expiration avec les couples pensée-intelligence et âme individuelle-âme universelle en supprimant leurs rivalités.

    66. Pour y parvenir, voici ce qu’il faut faire : pratiquer la Tenue du souffle comme elle a été décrite précédemment mais seulement pour un quart de sa durée;

    67. ou, si l’on veut la Tenue Parfaite, mais une seule fois par jour, à l’aube ou au crépuscule.

    68. Quant au cinquième degré du Yoga, qui consiste en une rétraction des pouvoirs de sensation et

    d’action, afin d’abolir tous désirs, l’adepte du Hatha-Yoga le réalise lorsqu’il pratique la Tenue du souffle

    69. Et maintenant le sixième degré savoir: la fixation de pensée, ou attention concentrée sur un objet unique.

    70. Quelle que sera la vision que verront ses yeux, l’adepte devra la reconnaître comme étant son âme,

    quel que sera le son qu’entendront ses oreilles, l’adepte devra le reconnaître comme étant son âme,

    71. quel que sera le parfum que sentiront ses narines, l’adepte devra le reconnaître comme étant son âme,

    quel que sera le goût que percevra sa langue, l’adepte devra le reconnaître comme étant son âme;

    72. quel que sera le contact qu’éprouvera sa peau, l’adepte devra le reconnaître comme étant son âme:

    ainsi fixera t’il sur son âme l’attention de ses facultés sensorielles;

    73. Un tel effort sera fait chaque jour durant trois heures, avec application et sans paresse; alors l’adepte verra naître à coup sûr des pouvoirs merveilleux dans sa pensée:

    74. il entendra de loin, verra de loin, se rendra au loin instantanément ; il acquerra la perfection du langage et pourra prendre n’importe quelle forme, aussi bien que de se rendre invisible, s’il le désire; à l’aide de boue et d’urine il pourra transformer en or le cuivre ou n’importe quel métal;

    75. il pourra même, en s’appliquant avec persévérance à la pratique de fixation de la pensée obtenir le pouvoir merveilleux de voyager dans l’espace cosmique;

    76. cependant, l’adepte dont l’intelligence est ordonnée à la réalisation complète du Yoga considérera ces pouvoirs exceptionnels comme des obstacles sur le chemin conduisant à la Réalisation:

    77. il ne recherchera pas ces pouvoirs et s’il les a, n’en tirera pas gloire s’il veut être un vrai Seigneur du Yoga.

    78. Bien au contraire, pour tenir secrets ses pouvoirs il agira dans le monde comme s’il était un homme ordinaire, ou même un simple d’esprit, voire un sourd-muet.

    79. Les néophytes, en effet, font toutes sortes de questions et si l’adepte voulait y répondre, il perdrait de vue sa propre démarche qui est de progresser sur la voir du Yoga sans se préoccuper du monde.

    80. Qu’il s’applique, nuit et jour, à contrôler ses souffles, selon les prescriptions de son guru : ainsi parviendra-t-il à la maîtrise.

    81. Une telle étape n’est pas aisément franchie la volonté n’y suffit pas, encore moins les bavardages elle ne l’est que par un effort constant ordonné à la réalisation du Yoga.

    82. Vient ensuite le Paricaya: grâce à cette pratique, le souffle s'associes avec le Feu du Fondement, puis est guidé par l’adepte jusque dans la Susumnã.; le souffle et le feu y pénètrent après avoir pris la forme et la fonction de l’Energie-lovée;

    83. y pénètre alors également l’esprit de l’adepte, qui désormais suivra cette voie majeure : le Paricaya est effectivement réalisé lorsque l’esprit entre avec le souffle dans la Susumnã.

    84. Les cinq éléments sont la Terre, l’Eau, le Feu, l’Air, et l’Ether : en rapport avec eux, il existe une Fixation de la Pensée s’exerçant sur les cinq Dieux Brahman, Visnu, Rudra, Isvara, Sad~siva dite pour cela “la Quintuple Fixation”. Voici en quoi elle consiste:

    85. Dans le corps de l’adepte, la part comprise entre pieds et genoux relève de l’élément Terre; La Terre est carrée, et de couleur jaune; elle est symbolisée par la syllabe LAM; l’adepte fait entrer le souffle dans la part de son corps relevant de Terre, en association avec le son LAM,

    86. il médite alors sur Brahman le Dieu couleur de l’or à quatre visages et quatre bras, tout en tenant son souffle pour cinq fois vingt quatre mesures; par ce moyen, l’adepte se rend maître de l’élément Terre et se protège de la mort sur terre.

    87. Dans le corps de l’adepte, la part comprise entre genoux et anus relève de l’élément Eau ; l’Eau a la forme d’un croissant, elle est de couleur blanche; son symbole est la syllabe VAM;

    l’adepte fait entrer le souffle dans la part de son corps relevant de l’Eau, en association avec le son VAM;

    88. il médite alors sur Visnu Nãrãyana, le Dieu à quatre bras, qui porte un diadème de cristal et une robe de soie blanche tout en retenant son souffle pour cinq fois vingt-quatre mesures;

    89. ainsi est-il lavé de ses péchés ; l’eau ne présente plus de danger pour lui et il se protège de la mort dans l’eau.

    90. Dans le corps de l’adepte, la part comprise entre l’anus et le coeur relève de l’élément Feu; le Feu a la forme d’un triangle, il est de couleur rouge, et son symbole est la syllabe RANI

    91. l’adepte fait entrer le souffle dans la part de son corps relevant du Feu en association avec le son RAM;

    92. il médite alors sur Rudra le Dieu qui a trois yeux, qui exauce toute prière, et resplendit comme le soleil levant

    93. méditant sur ce Dieu gracieux dont le corps est couvert de cendres, l’adepte tient son souffle pour cinq fois vingt-quatre mesures;

    94. par ce moyen, l’adepte est à jamais protégé du feu: son corps, jeté dans un brasier ne s’y consumerait pas.

    95. Dans le corps de l’adepte, la part comprise entre coeur et sourcils relève de l’élément Air; l’Air a la forme d’un hexagone, il est de couleur noire, et son symbole est la syllabe Yam;

    96. l’adepte fait entrer le souffle dans la part de son corps relevant de l’Air, en association avec le son YAM

    97. il médite ensuite sur Îshvara l’omniscient, l’omniprésent, et tenant son souffle pour cinq fois vingt- quatre mesures,

    98. par ce moyen, l’adepte acquiert la possibilité de se mouvoir dans l’espace aussi librement que l’air; l’air n’a plus de danger pour lui.

    99. Dans le corps de l’adepte, la part comprise entre les sourcils et le sommet de la tête relève de l’élément Ether; l’Ether a la forme d’un cercle, il est de couleur bleutée son symbole est la syllabe HAM;

    100. L’adepte fait entrer le souffle dans la part de son corps relevant de l’éther, en association avec le son HAM

    il médite alors sur Siva, le Dieu de majesté, l’auspicieux qui a l’apparence d’une goutte-de-lune et ressemble à l’Ether lui-même;

    101. Il médite sur Sadãsiva couleur de cristal limpide, dont la tête s’orne d’un croissant de lune;

    sur le Dieu à cinq têtes, dont chaque visage a trois yeux;

    sur le Dieu dont les bras sont dix tenant des armes et ornés de joyaux;

    102. sur le Dieu dont le corps est pour moitié celui d’Umã, sur le Dieu qui exauce les prières, oui, sur Siva, cause première de l’univers il médite en tenant son souffle;

    103. ainsi gagne-t-il le pouvoir de voyager dans les espaces cosmiques jouissant en quelque lieu qu’il s’arrête d’une béatitude sans fin.

    104. Ainsi doit-on pratiquer la Quintuple Fixation: par elle, on obtient un grand renom; il n’y a plus de mort pour l’adepte qui la pratique car rien dès lors ne peut l’atteindre même si l’univers venait à se dissoudre

    105. L’étape suivante sur le chemin du Yoga est la méditation profonde que l’on pratique en tenant le souffle pour soixante fois vingt-quatre mesures;

    106. la méditation se dit “qualifiée” lorsqu’elle a pour objet une divinité on gagne, à la pratiquer toutes sortes de pouvoirs merveilleux, tels que de réduire son corps à la taille d’un atome.

    Lorsqu’il parvient à pratiquer la méditation dite “non qualifiée” l’adepte atteint en douze jours ce but suprême du Yoga qu’est l’enstase-finale.

    107. Il est, dès lors, un délivré-vivant grâce à son pouvoir de tenir le souffle aussi longtemps qu’il le veut et au fait que son âme individuelle a pu s’unir à l’âme universelle.

    108. Il peut, dès lors, s’il le désire, abandonner son corps et reposer à jamais dans le sein du brahman suprême, ou, au contraire, préserver son intégrité corporelle;

    109. il peut, s’il le désire, parcourir les mondes grâce à ses pouvoirs tels que de se déplacer à son gré;

    110. il peut, s’il veut devenir Dieu, et jouir des plaisirs du Ciel, ou se transformer à son gré en homme, en animal ou en génie, devenir lion, tigre, éléphant, cheval, ou même atteindre au statut de Seigneur Suprême!

    111. Ces différentes métamorphoses ne sont qu’affaire de pratiques diverses, le but ultime cependant reste le même qui est d’atteindre l’état d’isolement absolu.

    112. Et maintenant les Sceaux:

    Le Lien de majesté se pratique ainsi : l’adepte place son pied gauche sur son sexe

    113. et tient à deux mains son pied droit;

    inclinant sa tête jusqu’à ce que son menton touche sa poitrine,

    114. il inspire, et tient son souffle aussi longtemps qu’il le peut, puis expire;

    115. il recommence ensuite en inversant la position : à chaque fois le pied tenu à deux mains doit être placé au haut de la cuisse opposée.

    116. On appelle “Grande Perforation” une variante du Lien de Majesté qui consiste à bloquer l’air aspiré, grâce au Geste du Porteur de Lacs

    117. afin d’emplir complètement les deux canaux Idã et Pingalã.

    Les adeptes les plus avancés pratiquent volontiers la Perforation

    118. Quant au Sceau de l’Oiseau il consiste à replier l’extrémité de la langue, en arrière, jusqu’à ce qu’elle vienne se loger dans le trou du crâne, derrière la glotte; on le pratique tout en fixant son attention sur le point situé entre les deux sourcils.

    119. On connaît également la contraction dite du Volant, grâce à laquelle le souffle monte, par la Susumnã jusqu’en haut de la tête;

    120. et l’on connaît encore le Lien de la Matrice, grâce auquel l’Apãna est rejeté vers le haut, grâce à une contraction de la région génitale opérée par les talons;

    121. également, le Lien de la base, grâce auquel les deux souffles s’identifient à la voyelle O et à sa nasalisation (NI), le but suprême du Yoga;

    122. quant à l’attitude inversée elle plaît aussi aux adeptes avancés car elle garde de maintes maladies du corps et de l’esprit;

    123. Si on la pratique quotidiennement, le feu de la digestion brûle mieux et l’on doit consommer plus de nourriture qu’à l’ordinaire, faute de quoi le feu de la digestion consumerait le corps lui-même;

    124. tête en bas, pieds en l’air, l’adepte restera ainsi, le corps bien droit, pendant une minute le premier jour; deux minutes le second jour, et ainsi de suite, augmentant progressivement la durée de l’exercice;

    125. en trois mois, rides et cheveux gris disparaîtront, et si l’on pratique l’Attitude Inversée durant trois heures chaque jour, l’on ne mourra point.

    126. Existe aussi le “Sceau de la foudre” : qui le pratique acquiert tous les pouvoirs et la réalisation suprême

    127. est en quelque sorte à portée de sa main; il connaît le passé et l’avenir; et les bénéfices obtenus par qui pratique le Sceau de l’Oiseau il les acquiert à coup sûr.

    128. Une variante est l’Amaroli, elle consiste à boire sa propre urine, en en gardant un quart, dont on s’asperge tout en pratiquant le Sceau de la Foudre.

    129. Lorsque l’adepte a franchi toutes ces étapes sans exception il peut dire qu’il a maîtrisé complètement le Rãja-Yoga;

    130. il est enfin délivré de ses pulsions passionnelles et sait discriminer le spectateur du spectacle; devenu un Grand Adepte, un Grand Etre, un Grand Ascète, il est Visnu lui-même; sur le chemin qui mène à l’absolu il brille comme un flambeau, lui qui est désormais le Grand Esprit!

    131. L’enfant qui suce le sein de sa mère connaît la joie: c’est le même sein qu’il avait tété dans une vie antérieure

    132. l’homme prend son plaisir dans la matrice de son épouse : c’est dans cette même matrice qu’il fut conçu dans une vie antérieure; celle qui fut la mère est aujourd’hui l’épouse et l’épouse demain sera mère à son tour

    133. Celui qui fut le père est aujourd’hui le fils, et le fils demain sera père à son tour; ainsi, par la faute du samsãra, les hommes sont comme les augets d’une roue hydraulique !

    134. Trois sont les mondes, trois sont les Vedas, trois les jonctions rituelles, trois les tons; trois sont les Feux du sacrifice, trois sont les qualités naturelles; et toutes ces triades ont pour fondement les trois phonèmes de la syllabe OM;

    135. qui connaît cette triade à laquelle il faut ajouter la résonance nasale, connaît Cela sur quoi l’univers entier est tissé, Cela est la Vérité et la Réalité suprême !

    136. de même que le parfum est dans la fleur, le beurre dans le lait, l’huile dans le sésame, et l’or dans les pépites,

    137. un lotus se tient dans le coeur: incliné vers le bas, il dresse sa tige et porte une marque à sa base en son milieu l’esprit repose;

    138. lorsque disant “OM!” l’adepte prononce la voyelle A, le lotus se redresse, et il est percé lorsque est prononcé U;

    139. avec la nasale M, OM est complet prolongé par la résonance en forme de croissant:

    140. Sous l’apparence du Verbe pur, c’est là le brahman indivisible, par quoi le mal est détruit; l’âme ainsi attelée par le Yoga atteint au but suprême.

    141. Et de même qu’une tortue rétracte en elle-même ses mains, ses pieds, sa tête, l’adepte ayant empli son corps grâce à l’air inspiré, rétracte en lui ses sens.

    142. Quand les neuf portes sont fermées le souffle inspiré s’élève, puis reste immobile au centre du corps comme la flamme d’une lampe.

    143. L’adepte alors est au désert, dans la paix:

    144. il y trouvera la certitude parce qu’il jaugera toutes choses à la mesure de l’âme, et le mal l’épargnera grâce à l’aide efficace que lui apportera le Yoga.

      Telle est l’Upanisad.

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    Le yoga, c'est quoi ? Si vous posez la question à un médecin qui pratique cette vieille technique indienne, vous n'obtiendrez pas la même réponse que si vous allez consulter un guru dans son ashram des contreforts de l'Himalaya. "Le yoga c'est une discipline en action", dit la Bhagavad Gita, l'un des plus importants textes de la philosophie indienne. Et le sage Patanjali, qui rédigea voici 2000 ans les principaux écrits du yoga, en parle comme d'une "science du mental". "Pour ma part, je dirai que c'est une hygiène corporelle, qui peut devenir une hygiène de vie et une hygiène mentale", explique Isabelle Brachet, docteur en médecine, spécialiste de psychiatrie, pratiquante de yoga.

     

    Autant dire qu'aujourd'hui le yoga, c'est une sorte d'auberge espagnole. "Chacun peut y apporter ce qu'il veut, en fonction de sa manière d'être et de vivre, mais il est rare, pour ceux qui s'y intéressent, qu'on ne modifie pas un tant soit peu sa façon de voir les choses de la vie", explique Isabelle Morin-Larbey, enseignante membre de l'Ecole Français du Yoga.

    Ceci explique peut-être cela, à savoir l'étonnante vitalité de cette science et technique de la sagesse et de la souplesse. Pourtant, il y a de quoi s'étonner. De méprisé, ignoré au siècle dernier, le yoga a déferlé sur les civilisations occidentales au cours de la deuxième moitié de ce siècle seulement, mettant à profit la facilité croissante de voyage des maîtres et disciples, et le goût occidental pour le mystique abordable à travers des recettes. C'est tout l'avantage du yoga. Une technique qui met relativement facilement sur la voie de la Pensée, de la Recherche. Facilité et signes extérieurs des positions yogi ont fait de cet art antique un label, une marque de fabrique pour "soixante-huitards" et autres routards en quête de marginalité reconnue. Un piège ? Nombreux sont ceux qui ont pensé qu'avec son goût pour le folklore des ashrams, et les marques d'obédience à des divinités comme Krishna, la méditante pratique ne passerait pas le cap des années 80. Erreur. Le yoga est toujours là. Mais cette fois, accepté, digéré, banalisé par un Occident qui y puise ce qu'il veut.

     

    "La vitalité, elle se comprend surtout quand on sait que le yoga peut très bien s'adapter à la façon de vivre de chacun, et qu'il répond très bien aux problèmes majeurs de la société, qui sont à la fois le stress, la fatigue, la course, et pour certains la recherche de vraies valeurs, au lieu de la course à la consommation...", précise une pratiquante.

     

    "C'est normal que la yoga soit fort et toujours présent, puisque c'est une pratique authentique, qui ne date pas d'hier", explique le guru Maesh.

     

    Et puis, à côté du grand déferlement actuel de dizaines de techniques "New Age", qui proposent à tous de se réconcilier avec le "Grand Tout", de faire corps avec l'Univers, il y a probablement place pour une technique qui propose cela depuis plusieurs millénaires, et puise une légitimité dans la pratique quotidienne de millions d'Indiens.

     

    Et puis le yoga, c'est une fantastique porte ouverte. En entamant sa première "salutation au Soleil", le disciple vit un instant magique celui ou il se penche avec son corps tout entier sur des millénaires de pensée et de réflexion spirituelle de l'une des plus ancienne civilisations du monde. Un sacré voyage, tout de même, qu'une plongée aussi facile vers un univers ou les questions les plus angoissantes de l'existence ont été résolues...

     

    "C'est dans le combat que réside la connaissance. La douleur est ton maître, et c'est d'elle que surgit la lumière", ponctue Bellur Krishnamachar Sundaraya Iyengar. Cet homme de 73 ans se plie en deux comme une couleuvre, sous nos yeux, raconte comment il a enseigné le yoga au violoniste Yehudi Menuhin, à Aldous Huxley et à feu la reine Elisabeth de Belgique. Iyengar est le maître de l'institut de Pooma, à 200 kilomètres de Bombay. Son "Yogashala", lieu ou il enseigne sa connaissance du chemin à ses disciples, est bondé. On vient du monde entier pour se frotter à lui, à sa technique, à sa vision. Pour apprendre les Voies.

     

    "Si tu veux avoir un contenant, il te faut un bon sol, si tu veux accrocher ta chemise, un cintre. Le yoga est une base qui te permettra d'aller loin sur le chemin que tu choisis", commente le "guruji" (cher maître), qui n'hésite pas au passage à envoyer un coup de pied aux élèves distraits de son ashram, à ceux n'équilibrent pas bien les énergies dans leur corps au supplice. Son attention est partout, sa voix aussi, qui transporte les disciples vers l'horizon de la méditation. Un instant de pitié pour ces corps au martyr. Le yoga est-il vraiment compatible avec l'anatomie d'un occidental. Certaines postures paraissent tellement "extrèmes". "Ce n'est pas un problème, le yoga est universel, pour tous", laisse tomber Iyengar.

     

    Le terme de yoga vient de la racine sanskrite Yuj, qui signifie lier, unir, diriger son attention, utiliser, mais aussi communion. "C'est l'union même de notre volonté avec celle de Dieu", poursuit Iyengar. Tous les pouvoirs du corps, de l'esprit et de l'âme doivent être soumis à Dieu. En schématisant, les hindous pensent que tout est imprégné par l'Esprit Suprême Universel (Paratma, Dieu) dont le jivatma (esprit individuel) de chacun est une partie. La manière de créer l'union, d'unir le jivatma de tous, de le mettre en communion avec le Parata et permettre la libération (Moska) c'est le yoga. C'est le moyen, par la peine et la souffrance, de devenir un Yukta (celui qui est en communion avec Dieu). Le yoga permet par différentes voies d'atteindre cet état, en maîtrisant l'esprit, l'intelligence et le soi, de les libérer du désir et de l'effervescence. C'est le plus grand des trésors, la joie éternelle, selon la Bhagavad Gita. Ces efforts de l'homme pour se réunir à Dieu (c'est vrai pour le boudhisme, le tantrisme et l'hindouisme) ont plusieurs aspects. Il y a donc plusieurs yogas, comme le Karma Yoga (yoga de l'action, des gestes quotidiens, du travail), le Yoga Marga (yoga de la méditation), ou connu chez nous sous le terme générique de yoga, Hatha Yoga (hatha pour force, effort soutenu).

     

    Yoga a depuis fort longtemps fasciné les voisins de l'Inde. Dont les Arabes, qui mentionnent le yoga dans des textes datant du 2-ème siècle après Jésus-Christ. Très rapidement aussi, ces techniques ont été assimilées au "folklore" local, notamment sous la colonisation britannique. Les exploits des yogis et des bonzes ont été assimilés aux "trucs" des fakirs et autres magiciens, auxquels les Européens accordaient facilement crédit. Bien peu d'officiers ou de négociants de l'Empire Britannique se sont alors laissés tenter par cheminement spirituel au sein des ashrams. Il faut se souvenir que les pratiques religieuses des indigènes étaient considérées avec dégoût, les rites funéraires de crémation ou d'abandon aux fleuves, les pratiques orgiaques de quelques sectes, les sacrifices humains étant rapportés, amplifiés et confondus pêle-mêle dans l'esprits des colons. Les yogis, parfois constitués en bandes armées, pour défendre leurs ashrams contre les musulmans n'étaient en outre pas vraiment bien vus par les Britanniques chargés de maintenir un semblant d'ordre dans ces contrées "sauvages". Ce n'est que vers la fin du dix-neuvième siècle que peu à peu, un nombre significatif d'informations vont transpirer, esquissant un profil plus précis et réaliste de la quête spirituelle des hindous.

     

    Pour les occidentaux, la subtile réalité de la pensée indienne a brutalement surgi dans le panorama vers les années 1940, à travers les travaux de quelques chercheurs, et les interrogations de Georges Dumezil, Max Müller ou Mircea Eliade. Identifié, la pensée religieuse indienne a été utilisée et "récupéré" dans les années 60. Avec l'apothéose bien connue de 1968, et la période hippie où les thèmes mystiques indiens transportèrent des troupes d'Occidentaux vers la quête spirituelle. Cliché historique, le chemin de Katmandou que prirent alors bon nombre de vedettes, d'intellectuels et de jeunes. D'autres semaient des ashrams, lieux de vie et de méditation dans nos campagnes, qui en Auvergne, qui en Haute-Provence.

    Les choses ont changé. Krishna ne fait plus guerre recette de ce côté de l'Euphrate, et le yoga se pratique désormais aussi au Club Méditerrannée, entre 17 et 19h00, entre le ski nautique et l'apéro-spectacle du soir. Ils sont plusieurs centaines de milliers, comme à la Fédération Française du Yoga, à pratiquer régulièrement dans des cours, sans guru, comme d'autres font de la danse ou de l'aviron. Font-ils fausse route ? Sont-ils hors de l'authentique Voie ? La spiritualité, la recherche de la communion avec le Grand Tout est-elle indispensable à la pratique du yoga ?

     

    "Pas du tout", estime Ysé Masquelier, la présidente française de la Fédération Nationale des Enseignants du Yoga. "On peut pratiquer le yoga comme une détente, acquérir par une série d'exercices une unification de la personnalité sur le plan physique, affectif et mental". A condition de ne pas en demander trop à cette pratique "légère" et purement physique. Si l'on veut aller plus loin et rejoindre les Sentiers, c'est à un véritable travail sur soi auquel il faudra se livrer.

    "En Occident, de nombreuses personnes se tournent vers le yoga comme vers une gymnastique. Et en effet les asanas (postures) calment, détendent, les dos se redressent, les attitudes deviennent plus libres, les sentiments plus sereins et les idées claires. Mais il faut bien constater que l'Européen normal est radicalement différent de l'Hindou, ce qui explique bien des échecs, allant parfois jusqu'au désespoir de disciples ayant voulu aller trop loin dans la Recherche", note Arnaud Desjardins, auteur de « Yoga et Spiritualité » (Ed La Table Ronde).

     

    Desjardins, célèbre porte-parole du yoga en France, met en garde les esprits européens contre les abîmes qui peuvent s'ouvrir sous les pas de ceux qui en demandent trop à une quête spirituelle pour laquelle ils sont mal préparés.

    Car paradoxalement l'Illumination se reçoit, elle ne se gagne pas. Il faut se mettre en position d'être prêt, à travers la pratique yoga, mais il n'y a pas de logique. Ce n'est pas parce que l'on a souffert, martyrisé son corps dans des asanas extrêmes, médité, que la récompense tombe comme un fruit mur. Il faut aller plus loin, se donner, se déstabiliser intellectuellement, au risque de ne jamais connaître l'état magique. Se livrer totalement, s'abandonner sans être certain d'être payé de retour. "Un voyage qu'un Occidental accepte difficilement", estime Desjardins.

     

    C'est pourquoi, plus mystique que l'association d'Ysé Masquelier, la Fédération Française de Hatha Yoga fondée par Sri Mahesh, un indien installé en France depuis une trentaine d'année s'insurge contre la consommation du yoga à l'occidentale. On y considère qu'apprendre le yoga à d'autres fins que la réalisation d'un voyage spirituel est un appauvrissement. Le maître s'oppose également à la publication d'ouvrages techniques sur le sujet (leurs fins sont commerciales, ce qui est une contradiction avec la philosophie de la discipline), estimant que rien ne peut remplacer la relation guru-disciple, ou maître-élève, et l'enseignement oral.

     

    Faux débat ? Dans le duel yoga-gym ou yoga-voie spirituelle, on tourne un peu en rond. Mais a regarder les pratiques en Inde, on s'aperçoit que souvent le yoga est d'abord une pratique physique et devient une quête spirituelle plus tard. Pourquoi n'en serait-il pas de même en Europe, même s'il est vrai que nous ne baignons pas dans le même océan de spiritualité ? Une autre manière de faire la part des choses est de déterminer s'il vous faut un guru. Si les choses sont claires en Inde, où le disciple (aussi appelé religieux) doit se remettre totalement entre les mains d'un guru qu'il s'est choisi, chez nous, cela se complique. "Pour notre part, nous recommandons aux gens d'être vigilants, car il est vrai qu'une relation très intime avec un enseignant peut dériver vers la domination si celui-ci est animé de mauvaises intentions", explique un professeur. Comment reconnaître un professeur d'un maître, et un vrai guru d'un faux ? C'est tout le problème. "Il faut laisser parler son cœur", estime Sri Mahesh. "Peut-être faudrait-il un cadre règlementaire pour la profession d'enseignant du yoga", se risque un enseignant indépendant.

     

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    Il faut savoir qu'aujourd'hui, n'importe qui peut lire quelques livres, suivre des cours, passer quelques semaines en Inde et visser sur sa porte une plaque de professeur de yoga. Imposteurs ?

    Rassurons-nous, ce phénomène est universel. Car si aux pieds de l'Himalaya la tradition impose le guru, (de gu- qui signifie ténèbres et -ru, lumière) qu'il faut chercher activement, trouver, ce n'est pas simple non plus. Et les faux prophètes sont légions... même au pays des Dieux.

     

    Vigilance donc. Surtout que l'influence d'un maître peut être très grande, notamment au moment du passage à la phase du Yoga Mantra. Une phrase, une formule, une prière que le guru confie à l'élève, et que celui-ci devra réciter pendant des années pour la faire pénétrer dans son être, à la faveur de la méditation et d'un état de transe. Le risque est réel de pratiquer, dans de mauvaises conditions, une suggestion détournée.

     

    Il y a aussi le pranayama. Ces techniques respiratoires très poussées peuvent mener le disciple à un état d'hyper-ventilation, ou d'excès de dioxyde de carbone dans le sang qui le mettent dans des états secondaires dont les risques physiques ne sont pas absents. Et sa réceptivité au conditionnement accrue. On est loin de simples et inoffensives recettes de cuisine. Le yoga utilise de vrais leviers physiques et psychiques pour agir sur les équilibres et les mécanismes biologiques, et sa pratique demande certaines précautions. Sous peine de provoquer d'authentiques dégâts.

     

    Arnaud Desjardins, bien que totalement conquis par la voie des yogis en avertissait déjà ses lecteurs dans les années 60. "Nous n'admettons pas l'exercice illégal de la médecine, les indiens n'admettent pas l'exercice illégal de la sagesse, car les techniques efficaces sont dangereuses. D'innombrables livres décrivent des exercices de yoga, mais la théorie livresque est une chose, la pratique une autre. Personne ne risque de se noyer en lisant à domicile des livres sur la natation, mais il est dangereux de nager dans les remous et les courants, et il est dangereux de jouer avec son mental, avec son corps, ses émotions, et les révélations de son inconscient".

     

    Indubitablement actif, le yoga a donné naissance à quantités de dérivés, qui contournent l'obstacle du débat spirituel.

    La méditation transcendantale, la sophrologie, la relaxation respiratoire, le stretching en sont quelques exemples. La thérapie médicale par le yoga, pour sa part, se fonde sur la philosophie indienne, qui définit cinq "enveloppes" dont le physique constitue la première. Viennent ensuite le corps vital, le mental, l'intelligence supérieure et la béatitude. Dans ce cadre, la maladie est un court-circuit, une sorte de déséquilibre entre les trois premiers niveaux. "Les asanas détendent, tonifient les muscles et massent les organes internes, le pranayama ralentit le rythme respiratoire et régule le flux du prana (énergie vitale), la relaxation et la méditation tendent à apaiser le mental et le travail sur les émotions guérit l'esprit", explique le Dr Robin Monro, responsable d'un centre de recherche sur le yoga à Cambridge en Grande-Bretagne, auteur de "Le Yoga pour mieux vivre" (Ed Robert Laffont). Dans cet ouvrage, le biologiste propose toute une série d'asanas pour quantités de troubles. Une démarche qui irrite passablement les puristes. "Si vous considérez le yoga comme une simple thérapie, votre approche sera impropre, votre compréhension très partielle. Certes vos troubles peuvent régresser, et vous vous direz que le yoga est une médecine. Mais c'est faux, le yoga n'est pas une thérapie, il y a des limitations très précises", estime le Dr Gharoté, dans la revue de la Fédération Française de Hatha Yoga. Une manière d'enfoncer le clou de la spiritualité.

     

    Dans cette querelle des anciens et des modernes, dans le choix entre yoga terre à terre et outils mystique, ce sera à chaque pratiquant de trouver sa Voie. Dans le calme et la sérénité.

     

     

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    Les pouvoirs du yoga.

     

    La kundalini, la "force cosmique" qu'éveille le yoga provoquerait des états "assimilables aux extases des mystiques chrétiens", indique Arnaud Desjardins. Perceptions lumineuses, éblouissements, phénomènes sonores, visions du passé et de l'avenir (siddhis), sont parmi les impressions que Desjardins assimile aux "états supérieurs de la conscience" et dont parlent de nombreux voyageurs qui sont partis au pays des gurus. Ils relatent des impressions de "mental qui cesse de fonctionner" (samadhis).

    Reste à savoir comment le Hatha Yoga modifie le fonctionnement du corps. De nombreuses recherches ont été menées. Le Dr Bernard Auriol, auteur de l'"Introduction aux méthodes de relaxation" (Ed Privat), note que certains travaux ont montré une amélioration du rythme cardiaque, et de l'homéostasie (auto-régulation, comme celle de la température du corps) physique et psychologique. Ces phénomènes ont des correspondances dans bon nombre d'autres techniques, comme la "méditation transcendantale", note le Dr Bernard Auriol. Directement dérivée du mantra yoga (répétition d'une phrase chargée de sens), cette technique de méditation permet de réduire la consommation d'oxygène, de diminuer le métabolisme, et d'améliorer le passage de l'air dans les bronches. La respiration s'arrête carrément pendant les périodes vécues par le méditant comme de "pure conscience". Ce phénomène n'est pas expliqué, mais mettrait plus particulièrement en jeu un facteur hormonal au niveau de la régulation du transport de l'oxygène par les hématies dans le sang.

    L'analyse des ondes électriques du cerveau (EEG) est évoqué comme "caractéristique d'un état qui n'est ni celui du sommeil, ni du rêve, ni de l'éveil". Une sorte de quatrième état de la conscience, qui s'accompagne de phénomènes endocriniens (diminution de sécrétions de substances urénales, et de catécholamines, et un abaissement à long terme du taux de cholestérol).

    Physiquement, la pratique régulière du Hatha Yoga entraînerait une diminution de l'asthme, des troubles fonctionnels, de l'hypertension. Sans oublier l'assouplissement considérable du corps. "Il vaut cependant mieux consulter un médecin avant de se mettre au yoga par motivation médicale", note Isabelle Brachet.

     

     

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    La pratique du Yoga

     

    Le yoga donne-t-il des résultats rapidement ? De nombreux témoignages mentionnent que c'est le cas, que l'on se sent mieux physiquement, au terme de quelques séances. Mais il y a aussi des réfractaires, qui n'éprouvent rien, sinon la douleur de leur raideur. A chacun d'essayer. Mais avant de parvenir, comme Jacques Mayol, plongeur instigateur du film le "Grand Bleu", à contrôler votre rythme cardiaque et votre concentration, il faudra de la pratique. Pour débuter, le plus simple est de vous adresser aux différentes fédérations et écoles qui fleurissent, en n'hésitant pas à changer si le type d'enseignement ne convient pas à votre démarche. En quelques questions, vous saurez rapidement si la tendance du cours est "gym" ou "mystique". A éviter : les cours trop nombreux (plus de 20), et les pratiques "sauvages" en appartement.

    De nombreux livres proposent également des asanas, à exécuter tout seul chez soi. Pratiquement tous nos interlocuteurs déconseillent la pratique solitaire, chez soi, du yoga, qui prive du contact motivant des autres, et expose toujours à de mauvaises pratiques, voire des accidents.

     

    Ça m'intéresse 1991

     

     

    Une émission TV avec Isabelle Morin Larbey

     

    Beaucoup de vidéos sur "Bonjour docteur"

     

    Réponses du Dr Lionel Coudron, formateur en yoga et d'Isabelle Morin Larbey, professeur de yoga et présidente de la Fédération nationale des enseignants de yoga :

    "Je crois que sur un cours, c'est trop court pour sentir si le yoga nous correspond ou pas. Il faut surtout trouver le cours de yoga qui nous correspond. Il y a des professeurs très différents qui vont amener des approches différentes. Il faut surtout se dire que le yoga s'adapte à la personne. Ce n'est pas vous qui essayez de vous couler dans un moule.

    "Il ne faut pas hésiter à changer de cours de yoga. En tant que professeurs, nous sommes habitués à cela. On peut accueillir quelqu'un, lui proposer d'essayer deux à trois cours. Si ça ne convient pas à la personne, on lui conseille d'essayer ailleurs. Il n'y a vraiment aucun problème pour ça. La relation à l'enseignant est importante. Il faut que le groupe se sente bien parce que l'on ne va pas simplement toucher le corps mais aussi l'individu en entier. Il y a une relation de confiance ne serait-ce que parce que les personnes vont venir s'allonger et l'enseignant sera debout ou assis. Il y a quelque chose dans la relation à l'autre quand on enseigne, qui est vraiment essentielle, dans une confiance que l'on sent, dans de la bienveillance.

    "Il y a beaucoup de yogas différents. Cet élève formule deux remarques dans sa question. La première chose est qu'il se sent raide dans son corps. Ce qu'il faut bien comprendre est qu'on ne fait pas du yoga parce que l'on est souple, mais pour être plus souple. Le fait de ressentir une raideur est normal. Cela ne doit pas nous empêcher d'accéder à une sensation agréable.

    "La deuxième chose est que la respiration perturbe le débutant parce que l'on va lui demander de lier le mouvement et le souffle et ça va le déstabiliser. Souvent, il faut deux à trois séances avant de rentrer dans une séance de yoga. Pour cette personne, je la rassurerais vraiment. Je lui dirais qu'il faut qu'elle réessaye deux à trois séances et elle va voir qu'elle va apprivoiser ces premières sensations de défense. Cela devrait très bien se passer. Il est vrai qu'il y a plusieurs formes de yogas et on est tout à fait en droit de changer de cours, d'aller voir ailleurs, si c'est mieux et si ça nous convient mieux."

    En savoir plus :

    Questions/réponses :

    • Il paraît que quand on suit une chimiothérapie, il faut faire du yoga, que ça aide. J'ai toujours été rétif à ça, qu'en pensez-vous, cela pourrait-il me faire du bien ?
      Voir la réponse en vidéo*
    • Le yoga peut-il muscler et renforcer le dos ? J'ai très souvent des douleurs dans les lombaires et aux cervicales.
      Peut-on se faire mal en faisant du yoga ? Par exemple si on souffre d'inflammations des articulations ?
      Voir la réponse en vidéo*
    • Le yoga va-t-il de pair avec une certaine philosophie de vie ? J'aimerais essayer mais j'ai peur de ne pas être assez zen.
      Voir la réponse en vidéo*
    • Le yoga peut-il aider à calmer les troubles chroniques du sommeil ?
      Voir la réponse en vidéo*

    * Réponses du Dr Lionel Coudron, formateur en yoga et d'Isabelle Morin Larbey, professeur de yoga et présidente de la fédération nationale des enseignants de yoga

     

     

     

    Blibliothèque:

    Pierre Etévenon, l'homme éveille, Tchou,

    les aveugles éblouis, Albin Michel

    Bernard Auriol, Introduction aux méthodes de relaxation, Pricat

    Mircéa Eliade, Le yoga, Payot

    Arnaud Desjardins, Yoga et spiritualité, Table Ronde

    BKS Iyengar, yoga dipika, lumière sur le yoga, Buchet-Chastel

    Dr Robin Monro, Le yoga pour mieux vivre, Laffont

    Fédération Nationale des Enseignants de Yoga, 3 rue Aubriot 75004 Paris

     

    http://www.nowandzenlodi.com/images/YogaBalance1.jpg


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  • Quand nous avons dépassé les savoirs
    Alors nous avons la Connaissance
    La raison fût une aide
    La raison est l'entrave
    Quand nous avons dépassé les velléités
    Alors nous avons le Pouvoir
    L'effort fût une aide
    L'effort est l'entrave

    Quand nous avons dépassé les jouissances
    Alors nous avons la Béatitude
    Le désir fût une aide
    Le désir est l'entrave

    Quand nous avons dépassé l’individualisation
    Alors nous sommes des Personnes Réelles
    Le moi fût une aide
    Le moi est l'entrave
    Quand nous dépasserons l'humanité
    Alors nous serons l'Homme
    L'animal fût une aide
    L'animal est l'entrave

    Quand nous dépasserons l'humanité
    Alors nous serons l'Homme
    L'animal fût une aide
    L'animal est l'entrave
    L'animal fût une aide
    L'animal est l'entrave
    L'animal fût une aide
    L'animal est l'entrave

     

    Découvert cette chanson en écoutant cette émission (à la 28ème mn)

     

     

     

    Georges Moustaki à propos du yoga:

    "Adorer un maître nous empêche d'être maître de soi"

     


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    La discipline est le comportement qui suit tout naturellement la naissance du disciple. Ce n'est jamais quelque chose que l'on peut s'imposer artificiellement. La discipline est la vie même de celui qui est né disciple, et l'on ne peut naître disciple que le jour où l'on a enfin compris à quel point on était victime.

    Nous sommes victimes de nos croyances, de nos attentes, de nos dépendances, de nos stratégies liées à la quête incessante du bonheur; tant que nous n'avons pas pénétré intimement les arcanes de notre histoire et mis au jour les comportements quotidiens de la victime que nous sommes, il ne sert à rien de parler de discipline.

    Yvan Amar  "L'effort et la grâce"


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