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  • La "valeur" travail

     

     

    1. - Le matelot est assailli par la tempête ; le mineur vit entre le grisou et les éboulements, l'ouvrier se meut au milieu des roues et des courroies de la machine de fer ; la mutilation et la mort se dressent devant le salarié qui travaille : le capitaliste qui ne travaille pas est à l'abri de tout danger.

    2 - Le travail éreinte, tue et n'enrichit pas : on amasse de la fortune, non pas en travaillant, mais en faisant travailler les autres.

    3 - La propriété est le fruit du travail et la récompense de la paresse.

    4 - On ne tire pas du vin d'un caillou, ni des profits d'un cadavre : on n'exploite que les vivants. Le bourreau qui guillotine un criminel fraude le capital d'un animal à exploiter.

    5 - L'argent et tout ce qui rapporte n'ont point d'odeur.

    6 - L'argent rachète ses qualités honteuses par sa quantité.

    7 - L'argent tient lieu de vertu à celui qui possède,

    8 - Un bienfait n'est pas un bon placement portant intérêt.

    9 - En se couchant mieux vaut se dire j'ai fait une bonne affaire qu'une bonne action.

    10 - Le patron qui fait travailler les salariés quatorze heures sur vingt-quatre ne perd pas sa journée.

    11 - N'épargne ni le bon, ni le mauvais ouvrier, car le bon comme le mauvais cheval a besoin de l'éperon.

    12 - L'arbre qui ne donne pas de fruits doit être arraché et brûlé ; l'ouvrier qui ne porte plus de profits doit être condamné à la faim.

    13 - L'ouvrier qui se révolte, nourris-le avec du plomb.

    14 - La feuille du mûrier prend plus de temps à se transformer en satin que le salarié en capital.

    15 - Voler en grand et restituer en petit, c'est la philanthropie.

    16 - Faire coopérer les ouvriers à l'édification de sa fortune, c'est la coopération.

    17 - Prendre la plus grosse part des fruits du travail, c'est la participation.

    18 - Le capitaliste, libertaire fanatique, ne pratique pas l'aumône ; car elle enlève au sans-travail la liberté de mourir de faim.

    19 - Les hommes ne sont rien de plus que des machines à produire et à consommer : le capitaliste achète les uns et court après les autres.

    20 - Le capitaliste à deux langues dans sa bouche, l'une pour acheter et l'autre pour vendre.

    21 - La bouche qui ment donne la vie à la bourse.

    22 - La délicatesse et l'honnêteté sont les poisons des affaires.

    23 - Voler tout le monde ce n'est voler personne.

    24 - Démontre que l'homme est capable de dévouement ainsi que le caniche, en te dévouant à toi-même.

    25 - Méfie-toi du malhonnête homme, mais ne te fie pas à l'homme honnête.

    26 - Promettre prouve de la bonhomie et de l'urbanité, mais tenir sa promesse dénote de la faiblesse mentale.

    27 - Les pièces de monnaie sont frappées à l'effigie du souverain ou de la République, parce que, comme les oiseaux du ciel, elles n'appartiennent qu'à celui qui les attrape.

    28 - Les pièces de cent sous se relèvent toujours après être tombées, même dans l'ordure.

    29 - Tu t'inquiètes de beaucoup de choses, tu te crées bien des soucis, tu t'efforces d'être honnête, tu ambitionnes le savoir, tu brigues les places, tu recherches les honneurs ; et tout cela n'est que vanité et pâture de vent ; une seule chose est nécessaire : le Capital, encore le Capital.

    30 - La jeunesse se fane, la beauté se flétrit, l'intelligence s'obscurcit, l'or, seul, ne se ride, ni ne vieillit.

    31 - L'argent est l'âme du capitaliste et le mobile de ses actions.

    32 - Je le dis en vérité, il y a plus de gloire à être un portefeuille bourré d'or, et de billets de banque, qu'un homme plus chargé de talents et de vertus que l'âne portant des légumes au marché.

    33 - Le génie, l'esprit, la pudeur, la probité, la beauté n'existent que parce qu'ils ont une valeur vénale.

    34 - La vertu et le travail ne sont utiles que chez autrui.

    35 - Il n'y a rien de meilleur pour le capitaliste que de boire, manger et paillarder : c'est aussi ce qui lui restera de plus certain quand il aura terminé ses jours.

    36 - Tant qu'il demeure parmi les hommes qu'éclaire et que réchauffe le soleil, le capitaliste doit jouir, car on ne vit pas deux fois la même heure et on n'échappe pas à la méchante et à la vilaine vieillesse qui saisit l'homme par la tête et le pousse dans le tombeau.

    37 - Au sépulcre où tu vas, tes vertus ne t'accompagneront pas ; tu ne trouveras que des vers.

    38 - Hors un ventre plein et digérant gaillardement et des sens robustes et satisfaits, il n'y a que vanité et rongement d'esprit.

    Paul Lafargue, « La religion du capital » (1887).

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    Source : 'Précieuses pépites' sur Plan C. Pdf à télécharger librement


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  • Résultat de recherche d'images pour "adolescent école"

    Ça te passera !

    Ça ira mieux, ça te passera, va voir quelqu’un !

    Voici les sempiternels refrains de notre société psychiatrisée et dépressive. Petit individu isolé dans la masse tu es ballotté d’établissements en établissements dès ta plus tendre enfance. Subissant exclusions, compétitions, brimades, autorités, horaires et j’en passe, tu es enfermé dans une prison scolaire où toute remise en cause sera de fait punie par les autorités compétentes. Que ce soit de façon stricte et tangible ou de manière plus insidieuse par les parents, les profs, les directeurs.

    Mais pourquoi ? C’est une question à ne pas formuler, à ne pas se poser. Si tu dis que tu ne vas pas bien, que ces choses t’oppressent, on te remettra forcément dans le droit chemin en te disant "mais tu vois c’est comme ça ". Toi bien sûr tu ne seras pas plus avancé, mais tant pis tu vas plus ou moins continuer à faire ce qu’on te dit. Même que paraît t-il, c’est dans ton intérêt. Rien ne changera avec ton boulot de merde qu’on t’aura imposé, comme ton éducation ; ta haine de la société ne te quittera jamais.

    Car c’est bien de haine dont nous pouvons parler, présente depuis le plus jeune âge. Cela ne correspond pas pour moi, comme certains le pensent, à une prise de conscience qui descendrait d’on ne sait où, ou à une « révolte adolescente ». Mais c’est tout simplement ce sentiment des choses, devenant trop oppressant, qui fait qu’à tout âge des personnes peuvent péter un câble ou déprimer à en crever.

    Alors la société a trouvé les moyens pour remédier à tout cela. Ils se nomment « dérivatifs ». Drogues, alcools, jeux vidéos et j’en passe, la liste est longue pour te faire oublier qu’au fond tu n’es qu’un rôle social imposé pour ce monde. Mais il faut bien te garder en vie et docile le plus longtemps possible pour continuer à faire tourner la machine, même si au fond ces dérivatifs te tuent aussi à petit feux.

    Résultat de recherche d'images pour "dépressif"

    Le plus dangereux c’est quand tu te rends compte qu’on se fout de ta gueule, que l’on nie ton individualité et que tu n’es qu’un rouage de la machine, une vulgaire pièce à entretenir de temps en temps. La plupart des gens aujourd’hui, lorsqu’ils s’en aperçoivent, ne voient aucune solution à leurs problèmes ou ne veulent pas les voir. Dans ce cas la société a encore un atout en poche, il se nomme science, accompagnée de ses fidèles serviteurs.

    Psychiatres et psychologues vont donc s’allier pour d’une part nous soutirer du fric, mais aussi pour remettre sur le droit chemin les « égarés » du système. Si la psychologie peut s’avérer intéressante, elle n’est pas sans faille. En effet les psychologues remettent rarement en cause la médecine, les médocs et la psychiatrie, et vont se comporter comme des experts. De plus on en devient assez dépendant.

    Pour le psychiatre, rendez vous sur rendez vous tu vois un/e charmant/e énergumène qui te prescrit des cachetons censés t’aider à affronter ce que tu ressens. Mais tout cela t’aide-t-il vraiment ? Ils te rendent seulement amorphes, n’ayant plus goût à rien, et dépendant, comme tout bon dérivatif.
    Dans les établissements psychiatriques les gens vont se zombifier, en déprimant seuls dans une chambre, isolés de tout et de tous comme si c’était la solution, errant dans ces centres aux barreaux et aux murs infranchissables, aux matons en blouses blanches, ou bien enfermés dans des camisoles et des cellules capitonnées. Mais la bonne morale humaniste et chrétienne ne permet pas à la société de ne pas « s’occuper » de ces gens, ou de s’en débarrasser comme l’histoire et certains pays ne se sont pas privés ou ne se privent pas de faire. Alors ces médocs et ces centres sont les seules méthodes trouvées pour sauver la face humaniste.

    Résultat de recherche d'images pour "dépressif"

    Ceci n’empêche pas bien sûr de nombreuses personnes ayant été confrontées à cela, ou qu’on a voulu entraîner dans cet engrenage malsain de se délivrer de cet univers carcéral et de le combattre.
    « Le suicide, c’est une vengeance personnelle, et moi, personnellement, je ne m’en veux pas »
    Cette phrase résume bien tout le rapport des gens face à leurs problèmes. Car peu souvent des critiques profondes seront émises à l’encontre de la société. Et un des autres travers de la psychologie, c’est qu’elle dira que tout est en nous et ne remettra que rarement en cause le monde qui la produit, et qui produit nos malaises. Nous sommes bien d’accord que les problèmes psychiques, les névroses diverses, les tocs, les pulsions phobiques, l’envie de se faire du mal, de se suicider ou la dépression sont le résultat d’une intériorisation de notre haine. Exploitation, travail, horaires, chefs, domination, prisons, amours, les exemples sont variés et chaque être humain sait ce qu’il subit au fond de lui-même. Soit il l’accepte et se satisfait de dérivatifs capables de lui faire accepter ces choses (ce qui ne l’empêchera pas de se reprendre tout ça en pleine gueule), soit il se bat.

    Résultat de recherche d'images pour "dépressif"

    La société nous impose constamment des choses, jours après jours, des gens se suicident, se font du mal, cessent de lutter, ou se morfondent dans leur coin. Plutôt que de remettre en cause cette société, ils se remettent en cause eux mêmes comme si tout ce que la société nous imposait allait de soi. Ce qui est certain, c’est que les personnes qui font tenir ce système, parfois malgré leur haine, doivent êtres combattus avec la société qu’ils nous infligent. Écouter leurs sempiternels conseils, se traîner à son taf, à son bahut, chez les psys, tout cela rend dingue. Et pour ces oppresseurs, si une révolte s’exprime, ils considéreront comme « déviants », « dangereux » ou « fous », ceux qui ne supportent plus cette société.

    Nous au contraire, en bons « déviants », nous nous réjouissons de voir sans rester passif que les gens pètent leurs usines, tabassent leurs patrons, leurs syndicalistes, leurs profs, leurs flics. Bref, qu’ils s’opposent par divers moyens aux normes qui nous sont imposées, à la domination. La société a créée ses « déviants » : qu’elle en subisse les conséquences.

    De la même façon les « déviants » n’ont pas à s’en vouloir, même si la société tente de les culpabiliser par la psychiatrie ou la taule. Bien sûr que nous dérangeons , mais nous ne sommes jamais seuls, bien au contraire.

    Nous avons mille et un moyens d’agir contre cette société, de la détruire, de reprendre en main notre vie et de ne la laisser à personne. Montrer à ce monde que non, effectivement, ça ne nous passera pas !

    Un déviant.

    Extrait de Non Fides

     


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  • http://www.rfi.fr/sites/filesrfi/imagecache/rfi_43_large/sites/images.rfi.fr/files/aef_image/Travail_344_0.jpg

    Le problème : de plus en plus de chômeurs, des riches de plus en plus riches et le nombre de pauvres, de précaires, de laisser-pour-compte qui augmentent encore et encore, de même que le nombre des travailleurs mal payés ou sous payés, toujours plus exploités et avilis par des emplois indignes ou inutiles , et à qui on ne propose en échange que la consommation de biens inutiles ou dangereux pour leur santé, et à la sortie du boulot, juste assez d'énergie pour quelques heures devant la télé où on leur manipule les neurones par des infos trafiquées, orientées, anxiogènes et limitées, histoire de leur montrer l'horreur environnante et la chance qu'ils ont de faire ce boulot pourri et inintéressant en échange de miettes qu'ils dépenseront en biens de consommation toujours plus périssables et inutiles.

    Il suffirait d'arrêter de consommer, de fermer la télé, de se contenter de moins mais avec une meilleure qualité de vie, du temps pour ceux qu'on aime...etc... Mais ça fait peur, on préfère être "comme tout le monde", rester dans le rang, se lever chaque matin pour faire un boulot même nul ou inutile. Mais ça rassure, on pense à la retraite, à l'avenir, à la santé et on finit par se réveiller vieux, moche et un peu abimé de partout, on a perdu sa vie à la gagner, on a enrichi le système, le patron, les politiques et leurs sbires.

    Il y a tant de choses à faire qui ne coutent rien, tant de merveilles à découvrir autour de nous, tant de possibilités de s'enrichir intellectuellement, intérieurement, personnellement. Tant de choses à apprendre, ne serait-ce que pour faire nous-mêmes ce qui nous fait besoin ou qui nous manque, seul ou contact des autres, ceux qui nous environnent et qu'on ne prend plus le temps d'écouter, de regarder faire, de regarder vivre.

    La société qu'on nous propose ne fonctionne que si une grande majorité se laisse manipuler, museler, standardiser pour qu'une poignée de privilégiés en profite. Annihilés par la peur de "perdre", de régresser, ce pourcentage énorme de la population s'auto-esclavagise silencieusement, alors qu'une semaine ou deux de grève du travail généralisée et pacifiste suffirait à faire passer plus de justice, plus de respect de l'homme et de la nature, n'importe quelle revendication honnête et globale en fait.

    Arrêter de consommer permet d'arrêter de travailler.

    Limiter ses besoins permet de limiter ses contraintes.

    Revenir à l'essentiel, notre essentiel à chacun différent, retrouver le temps et l'énergie de faire nous-mêmes plutôt que de "payer pour", d'avoir le temps et l'énergie pour apprendre à faire et ainsi retrouver le plaisir et la satisfaction d'un travail utile, intéressant et constructif voilà qui peut remplir une vie et calmer cette peur de manquer, de perdre son travail, ses avantages sociaux, ses petits privilèges perso.

    Ouvrons les portes et les fenêtres, de notre maison et de notre coeur, de notre esprit et de nos rêves, ne laissons personne être maître de notre temps, de nos envies, de notre vie. La vie est belle quand on retrouve la liberté et le temps de partager. Il suffit d'oser faire le premier pas, vous verrez, ensuite c'est facile parce que le bonheur est au bout du chemin !

    P.S. : depuis que j'ai visionné le reportage d'Arte sur l'exploitation animale, je ne peux m'empêcher de penser à la vie de cet homme qui chaque jour passe des heures à trier des poussins qu'il jette devant lui dans une vis sans fin qui les broie vivants. Quel karma pour lui ? comment l'aider ? quel avenir pour lui après ça ? combien qui comme lui sacrifient leur santé mentale et physique, et pour quoi, pour qui ? En fermant les yeux, nous cautionnons. Nous avons tous notre part de culpabilité (oh le vilain mot !), nous n'avons pas le droit d'ignorer les dégâts que nos styles de vie impliquent pour nous, pour les autres et pour notre petite planète encore verte et bleue mais plus pour longtemps sans prise de conscience globale, sans révolte salutaire à notre échelle et à l'échelle du monde.

    Vivre ou travailler ?

    23 Août 2013

     
    Publié par Pam

    7 commentaires
  • https://i.pinimg.com/originals/d1/85/fc/d185fceed52d210318ff3451cc4709ae.jpg

    Je suis un homme avec un parapluie.
    Et, devant moi, il y a un homme sans parapluie.
    Et il pleut.
    Et je me dis : mais pourquoi pleut-il toujours.
    Pourquoi, pourquoi la pluie ne s'arrête-t-elle pas.
    Pour moi c'est pas grave, bien sur j'ai un parapluie.
    Je peux me protéger de la pluie.
    Pas vrai Carmelo ?
    Mais lui pas, lui, il n'a pas de parapluie.
    Et il est là, sous la pluie.
    Alors, je pourrais donner mon parapluie à cet homme sans parapluie,
    c'est vrai.
    Mais dans une vision globale des choses, Carmelo et moi,
    on y a déjà réfléchi, ça ne changerait rien ;
    c'est à dire que nous resterions tout de même :
    un homme avec un parapluie et un homme sans parapluie.
    A la seule différence qu'à présent ce serait moi celui qui se mouille.
    Attention, parce que le fait que ce soit moi qui ai un parapluie,
    ça ne signifie absolument pas que je sois un violent.
    Vous le savez, n'est-ce-pas, cher monsieur ?
    Moi je me protège de la pluie parce que j'ai un parapluie,
    et que mon père, déjà, lui-même, avait un parapluie,
    et que mon grand-père, aussi, avait un parapluie,
    mon arrière-grand-père avait déjà un très très beau parapluie.
    Nous, nous sommes des hommes à parapluie,
    depuis vraiment, hé hé, plusieurs générations.
    Donc, vraiment, à part le problème de la pluie,
    qui est un vrai problème, cher monsieur,
    et que je comprends très très bien ;
    eh bien, il y a lien affectif avec le parapluie.
    D'ailleurs, Carmelo, je pense que cet homme, sans parapluie,
    est probablement le fils d'un autre homme sans parapluie.
    Je pense que son père n'avait pas de parapluie,
    Que son grand-père n'avait pas de parapluie,
    que son arrière arrière arrière grand-père, bref,
    je crois qu'ils sont sans parapluie depuis plusieurs générations.
    Donc, si les choses sont comme ça depuis plusieurs générations,
    pourquoi ça devrait être à moi, maintenant, tout à coup de les changer ?
    Surtout, je le répète, dans une vision globale des choses,
    Carmelo et moi on y a déjà réfléchi, ça ne changerait rien.
    On resterait un homme avec un parapluie et un homme sans parapluie.
    A la seule différence qu'à présent ce serait moi celui qui se mouille.
    Mais on pourrait être solidaire avec lui, Carmelo. On y a pas pensé à ça.
    Je pourrais être solidaire avec vous cher monsieur !
    On pourrait lui faire un don d'un euro par sms.
    On l'a fait avec les enfants pauvres, on l'a fait avec les trisos,
    avec la dystrophie musculaire, avec les aveugles.
    On pourrait aussi le faire avec lui.
    On pourrait le faire avec vous, cher monsieur !
    Vous savez, moi je suis de son côté.
    Je suis embarrassé par ma condition de privilégié.
    J'éprouve même de la compassion pour sa condition de défavorisé.
    Mais en revanche, je ne suis pas responsable de la pluie.
    Moi, j'ai juste un parapluie.
    Dans un certain sens je suis même, politiquement, solidaire avec lui.
    Vous pouvez demander à Carmelo, s'il y avait une manifestation organisée,
    s'il y avait une pétition à signer, n'importe quoi, je serais en première ligne.
    Mais me priver de mon parapluie, eh bien,
    ça renverserait la situation sans la résoudre.
    A quoi ça servirait de le couvrir lui, pour me découvrir, moi ? A rien !
    Le monde ne change pas, seule ta place dans le monde change.
    Maintenant l'homme sans parapluie s'avance vers moi.
    Je ne suis pas dupe, je sais qu'il veut mon parapluie.
    La compréhension ne lui suffit pas.
    La compassion ne le protège pas de la pluie.
    Évidemment, il veut tout. Il veut l'amour, et le parapluie.
    Je me défendrais, je me défendrais et,
    il ferait la même chose, j'en ai les preuves.
    Pourquoi est-ce que je devrais lui donner mon parapluie ?
    Carmelo, réponds moi franchement, très très sérieusement :
    Est-ce que tu crois que, si, lui, il avait un parapluie,
    il me le donnerait, le sien ?
    Non, absolument pas, s'il avait un parapluie il le garderait,
    bien sur, très jalousement, il le défendrait, exactement,
    comme je suis en train de défendre le mien.
    Mais il a de la chance, il a beaucoup de chance,
    parce que je suis un pacifiste moi, je suis un pacifiste.
    Vous avez de la chance monsieur,
    je ne suis pas un inconditionnel du conflit.
    Alors je vous permet d'être en dessous.
    Pas dessous le parapluie bien sur, mais sous mes pieds.
    Et là, ça signifie, tout de même, être sous le parapluie.
    Moi je suis un homme avec un parapluie.
    Lui il est un homme sans parapluie.
    Mais maintenant grâce à moi,
    eh bien il se protège de la pluie.
    Je ne nie pas, bien sur, que ma condition soit meilleur que la sienne,
    mais lui ne peut pas nier que sa condition, à lui, ne se soit améliorée.
    Par exemple : je mange un morceau de pain.
    Les miettes tombent. Eh bien lui il lèche le sol.
    Grâce à moi et ma disponibilité, il se protège et il se nourrit.
    Alors, je ne nie pas que il soit plus agréable, bien sur,
    de manger un morceau de pain plutôt que de lécher
    les miettes qui sont au sol, c'est évident.
    Mais, si lui mangeait un morceau de pain
    les miettes ne tomberaient pas vers le haut.
    Moi je n'aurais rien à lécher.
    Donc lui peut profiter de mes miettes ,
    et moi je ne peux pas profiter des siennes.
    La loi de la gravité est de ton côté, mon vieux.
    Je fumes une cigarette, je jette le mégot.
    Eh bien lui tire un dernier coup.
    Objectivement, je le sais, c'est plus agréable
    de fumer une cigarette plutôt que de fumer le mégot,
    Mais moi les cigarettes je les paye,
    alors que pour lui les mégots sont gratuits.
    Donc, en résumé : il se protège, il mange, il fume et,
    en échange, il reste là, en dessous, à ne rien faire. Rien.
    Mais puisqu'il est sous mes pieds, en fait,
    peut-être que, il pourrait me les masser.
    Quoi ? Ça ne se fait pas de penser,
    ça ne se fait pas de penser comme ça,
    évidement que ça ne se fait pas.
    Enfin, moi, je veux dire que je constate, juste objectivement,
    que ça ne lui demande aucun effort de lécher le sol,
    pour ramasser les miettes qui y sont, il pourrait, au passage,
    donner un petit coup sur mes chaussures.
    Carmelo, je me trompe ?
    Je voudrais juste lui rappeler qu'avant il était un homme sans parapluie,
    et que, maintenant, grâce à moi, sa condition s'est améliorée.
    Et ça signifie pas qu'il peut rester, en dessous,
    à ne rien faire et se la couler douce. Non.
    Bien sur, c'est pas amusant d'être sous mes pieds,
    mais c'est certainement plus amusant,
    d'être sous mes pieds, que d'être sous la pluie.
    En effet, maintenant, nous pourrions affirmer que nous ne sommes plus :
    un homme avec un parapluie et un homme sans parapluie;
    nous sommes celui qui est au-dessus et celui qui est en-dessous.
    Et je suis celui qui est au-dessus.
    Et je chie, parfois, sur celui qui est en-dessous.
    J'imagine qu'il est pas content.
    Mais qu'est-ce que vous voulez que j'y fasse, moi ?
    Ça m'arrive toujours après avoir fumé, ça me stimule.
    Et puis j'ai mangé un gros morceau de pain.
    Ma mère m'a toujours dit :
    si ça rentre d'un côté, ça doit sortir de l'autre.
    C'est un fait naturel.
    C'est comme la pluie,
    A vrai dire, c'est comme la pluie.
    La pluie tombe.
    Les miettes tombent.
    Les mégots tombent.
    La merde aussi tombe.
    Tout tombe, cher monsieur.
    C'est la loi de la gravité.
    Maintenant celui qui est en-dessous se lamente.
    Il se lamente, exactement, comme quand il était sous la pluie.
    Et maintenant que je lui ai permis d'avoir un abri sous mes pieds
    avec un tas de miettes et de mégots, eh bien, il se lamente de nouveau.
    Il y a des gens qui ne sont jamais contents.
    Tu vois ce que je veux dire, Carmelo ?
    Ces gens là, tu leur donnes un doigt, ils te prennent le bras.
    Qu'est-ce qu'il veut celui d'en-dessous ?
    Il veut changer le monde ?
    Ça lui va pas comment vont les choses ?
    Le monde ne change pas.
    Seule ta place dans le monde change !
    Sous la pluie ou sous mes pieds, moi je suis solidaire avec toi.
    J'en ai fait les preuves, je t'ai laissé un abri.
    Maintenant tu te lamentes parce que je te chie dessus ?
    Si sous mon cul il y avait eu le sol, moi, j'aurais chié sur le sol.
    Sauf que sous mon cul il y a toi.
    Il y a toi qui fumes les mégots.
    Il y a toi qui lèches les miettes.
    Il y a toi qui te protèges de la pluie.
    Et si ça ne te plaît pas, vas-t-en.
    Vas-t-en, vas-t-en sous la pluie.
    Tu sais combien ils sont sous la pluie ?
    Il sont des dizaines, des centaines, des milliers.
    Certains prétendent qu'ils sont même plus d'un milliard sous la pluie.
    Et sous mes pieds il n'y a pas assez de miettes pour tout le monde.
    Il n'y a pas assez de place, il n'y a pas assez de mégots.
    Vous savez le danger est grand.
    La situation devient compliquée.
    Nous risquons de tous finir sous la pluie,
    ceux avec un parapluie et ceux sans parapluie.
    Alors je prie.
    Je prie le plus grand fabricant de parapluie, le grand parapluiseur.
    Je le prie d'interrompre immédiatement la fabrication de parapluie,
    et de se mettre à fabriquer des fusils.
    Des fusils pour nous, les hommes avec un parapluie.
    Et des fusils aussi pour les plus volontaristes des hommes sans parapluie.
    Les plus volontaristes, d'entre-eux, seulement, qui accepteront de défendre notre parapluie contre tous ces terroristes.
    Les plus volontaristes, d'entre-eux, qui accepterons de se faire chier dessus,
    pourvu qu'ils trouvent une place sous nos pieds avec un tas de miettes et de mégots.
    Nous sommes les hommes avec un parapluie mais aussi avec un fusil.

    La charrue trace le sillon, mais c'est l'épée qui le défend !!!

    (Ascanio Celestini – Discours à la Nation – L'homme au parapluie.)


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  • "Je suis désolé, mais je ne veux pas être empereur, ce n'est pas mon affaire.
    Je ne veux ni conquérir, ni diriger personne.

    Je voudrais aider tout le monde dans la mesure du possible, juifs, chrétiens, païens, blancs et noirs. Nous voudrions tous nous aider si nous le pouvions,
    les êtres humains sont ainsi faits.

    Nous voulons donner le bonheur à notre prochain, pas lui donner le malheur.
    Nous ne voulons pas haïr ni humilier personne.

    Chacun de nous a sa place et notre terre est bien assez riche, elle peut nourrir tous les êtres humains.

    Nous pouvons tous avoir une vie belle et libre mais nous l'avons oublié.

    L'envie a empoisonné l'esprit des hommes, a barricadé le monde avec la haine,
    nous a fait sombrer dans la misère et les effusions de sang.

    Nous avons développé la vitesse pour nous enfermer en nous-mêmes.
    Les machines qui nous apportent l'abondance nous laissent dans l'insatisfaction. Notre savoir nous a fait devenir cyniques.

    Nous sommes inhumains à force d'intelligence,

    nous pensons beaucoup trop et nous ne ressentons pas assez.

    Nous sommes trop mécanisés et nous manquons d'humanité.

    Nous sommes trop cultivés et nous manquons de tendresse et de gentillesse.

    Sans ces qualités humaines, la vie n'est plus que violence et tout est perdu.

    Les avions, la radio nous ont rapprochés les uns des autres,
    ces inventions ne trouveront leur vrai sens que dans la bonté de l'être humain,
    que dans la fraternité, l'amitié et l'unité de tous les hommes.

    En ce moment même, ma voix atteint des millions de gens à travers le monde, des millions d'hommes, de femmes, d'enfants désespérés,
    victimes d'un système qui torture les faibles et emprisonne des innocents.

    Je dis à tous ceux qui m'entendent:

    Ne désespérez pas !

    Le malheur qui est sur nous n'est que le produit éphémère
    de l'habilité,de l'amertume de ceux qui ont peur
    des progrès qu'accomplit l'Humanité.

    Mais la haine finira par disparaître et les dictateurs mourront,
    et le pouvoir qu'ils avaient pris aux peuples va retourner aux peuples.

    Et tant que des hommes mourront pour elle, la liberté ne pourra pas périr.

    Soldats, ne vous donnez pas à ces brutes,
    à une minorité qui vous méprise et qui fait de vous des esclaves,
    enrégimente toute votre vie et qui vous dit tout ce qu'il faut faire
    et ce qu'il faut penser, qui vous dirige, vous manoeuvre,
    se sert de vous comme chair à canons et qui vous traite comme du bétail.

    Ne donnez pas votre vie à ces êtres inhumains,

    ces hommes-machines avec une machine à la place de la tête
    et une machine dans le coeur.

    Vous n'êtes pas des machines !

    Vous n'êtes pas des esclaves !

    Vous êtes des hommes !

    des hommes avec tout l'amour du monde dans le coeur.
    Vous n'avez pas de haine, sinon pour ce qui est inhumain,
    ce qui n'est pas fait d'amour.

    Soldats ne vous battez pas pour l'esclavage mais pour la liberté.

    Il est écrit dans l’Évangile selon Saint Luc
    "Le Royaume de Dieu est dans l'être humain",
    pas dans un seul humain ni dans un groupe humain,
    mais dans tous les humains, mais en vous,
    en vous le peuple qui avez le pouvoir.
    Le pouvoir de créer les machines,
    le pouvoir de créer le bonheur.
    Vous, le peuple, vous avez le pouvoir.
    Le pouvoir de rendre la vie belle et libre,
    le pouvoir de faire de cette vie une merveilleuse aventure.

    Alors au nom même de la Démocratie,
    utilisons ce pouvoir.
    Il faut tous nous unir,
    il faut tous nous battre pour un monde nouveau,
    un monde humain qui donnera à chacun l'occasion de travailler,
    qui apportera un avenir à la jeunesse et à la vieillesse la sécurité.

    Ces brutes vous ont promis toutes ces choses
    pour que vous leur donniez le pouvoir : ils mentaient.
    Ils n'ont pas tenu leurs merveilleuses promesses ; jamais ils ne le feront.
    Les dictateurs s'affranchissent en prenant le pouvoir
    mais ils font un esclave du peuple.

    Alors, il faut nous battre pour accomplir toutes leurs promesses.

    Il faut nous battre pour libérer le monde,
    pour renverser les frontières et les barrières raciales,
    pour en finir avec l'avidité, avec la haine et l'intolérance.

    Il faut nous battre pour construire un monde de raison,
    un monde où la science et le progrès mèneront tous les hommes vers le bonheur.

    Soldats, au nom de la Démocratie, unissons-nous tous !"

     


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  • Il se passe et se prépare des choses terribles dans le monde et chez nous. Nous avons l'obligation de le dénoncer.

    Ce n'est pas un délire: les enfants sont réellement en danger. Ariane Bilheran (doctorat de psychologie et études de lettres classiques) a décortiqué "Déclaration des droits sexuels de l’IPPF" .
    PARTAGEZ cette vidéo au plus grand nombre. Consultez les liens sous la vidéo sur youtube et ceux dans les commentaires.
    Son livre: https://www.amazon.fr/Limposture-dr…/…/ref=tmm_pap_swatch_0…

    Autre vidéo: https://www.youtube.com/watch?v=xDN4zvfgGGg&feature=youtu.be

    Par la même occasion, voici ce qui se passe en France: https://www.youtube.com/watch?v=50n-F0iqbZk

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Ariane_Bilheran

    https://www.youtube.com/watch?v=aoduXWroAw0

    https://pedopolis.com/2017/09/28/cavale-des-nouvelles-de-severine-la-maman-de-amoris-partie-1/

     

     

     


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  • Paria, marginal ou cynique, le fainéant a toujours suscité autant louanges que dédain ou critiques, jusqu'à Emmanuel Macron. Depuis l'Antiquité, les philosophes font l'éloge de l'oisiveté contre le dogme du travail. Mais pourquoi Sénèque, Rousseau, Lafargue ou Russell défendent-ils la paresse ?

    ParesseuxParesseux Crédits : DEA / C. DANI I. JESKE - Getty

    "Je ne céderai rien, ni aux fainéants, ni aux cyniques, ni aux extrêmes", déclarait le chef de l'État, Emmanuel Macron, vendredi 8 septembre depuis Athènes. Mais pourquoi s'insurger contre ces "fainéants", la paresse ne pourrait-elle pas être ce terreau de la réflexion et de la liberté ? Les philosophes interrogent cet art de ne rien faire : Sénèque, Rousseau, Lafargue et Russell font ainsi l'apologie de l'oisiveté et des loisirs.

    Parce que l’oisiveté est une activité de l'esprit chez Sénèque

    Préférer l’oisiveté ("otium", en grec) n’est pas un vilain défaut. C’est, à l’inverse, une nécessité pour ceux qui souhaitent se détacher d’une activité physique incessante et chronophage. Cet exil de la pensée permet, selon Sénèque (dont la mort est attestée en 65 ap. J.C), de se déprendre des affaires et des passions de la vie quotidienne. Cultiver son oisiveté, c’est se donner l’occasion de méditer sur soi-même, sur les autres et sur le monde. Farniente et apathie sont ainsi proscrits pour donner lieu à un idéal de sagesse. Persévérer dans cette activité de l'esprit n'est ni un vice, ni une fuite, mais le privilège du sage qui sait vivre en autarcie.

    Extrait de la Lettre LV, issue des Lettres à Lucilius, écrites en 63-64 :

    Il y a loin du vrai repos à l'apathie. Pour moi, du vivant de Vatia, je ne passais jamais devant sa demeure sans me dire : "Ci-gît Vatia." Mais tel est ô Lucilius, le caractère vénérable et saint de la philosophie, qu'au moindre trait qui la rappelle le faux-semblant nous séduit. Car dans l'oisif le vulgaire voit un homme retiré de tout, libre de crainte, qui se suffit et vit pour lui-même, tous privilèges qui ne sont réservés qu'au sage. C'est le sage qui, sans ombre de sollicitude, sait vivre pour lui ; car il possède la première des sciences de la vie. Mais fuir les affaires et les hommes parce nos prétentions échouées nous ont décidées à la retraite, ou que nous n'avons pu souffrir de voir le bonheur des autres ; mais, de même qu'un animal timide et sans énergie se cache par peur, c'est vivre, non pour soi, mais de la plus honteuse vie : pour son ventre, pour le sommeil, pour la luxure. Il ne s'ensuit pas qu'on vive pour soi de ce qu'on ne vit pour personne. Au reste, c'est une si belle chose d'être constant et ferme dans ses résolutions, que même la persévérance dans le rien faire nous impose.

    Parce que la liberté consiste parfois à s'abstenir d'agir, chez Rousseau

    La paresse serait inscrite dans la nature de l’homme. C'est cette "délicieuse indolence" dont nous parle Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) dans son Essai sur l’origine des langues, que l’homme aime perpétuer naturellement. En effet, "dormir, végéter et rester immobile", au lit ou ailleurs, sont pour lui autant d’inactions relevant de la paresse, notre passion naturelle la plus forte après la conservation de soi. L’activité, la prévoyance et l’inquiétude sont quant à elles les peines de l’homme civilisé. Le doux repos de la paresse serait notre ultime désir et à défaut de ne pouvoir perdurer dans cet état, nous pouvons encore nous y efforcer. C’est d’ailleurs "pour parvenir au repos que chacun travaille : c’est encore la paresse qui nous rend laborieux.". Fondement de notre nature ou refuge pour notre liberté, l'inaction est parfois l'unique possibilité d'affirmer sa volonté de ne pas se laisser imposer.

    Dans Les rêveries du promeneur solitaire, "sixième promenade", rédigées entre 1776 et 1778 et publiées à titre posthume en 1782, Jean-Jacques Rousseau écrivait ceci :

    Je m'abstiens d'agir, car toute ma faiblesse est pour l'action, toute ma force est négative, et tous mes péchés sont d'omission, rarement de commission. Je n'ai jamais cru que la liberté de l'homme consistât à faire ce qu'il veut, mais bien à ne jamais faire ce qu'il ne veut pas, et voilà celle que j'ai toujours réclamée, souvent conservée, et par qui j'ai été le plus en scandale à mes contemporains ; car, pour eux, actifs, remuants, ambitieux, détestant la liberté dans les autres et n'en voulant point pour eux-mêmes, pourvu qu'ils fassent quelque-fois leur volonté, ou plutôt qu'ils dominent celle d'autrui, ils se gênent toute leur vie à faire ce qui leur répugne, et n'omettent rien de servile à commander.

    Peinture de Vincent Van Gogh, "la sieste".Peinture de Vincent Van Gogh, "la sieste". Crédits : LEEMAGE - AFP

    Parce que la paresse est un droit, chez Lafargue

    Paul Lafargue, dans son pamphlet Le droit à la paresse, prône un renversement de l’ordre social actuel. Le travail devrait seulement être "un condiment de plaisir à la paresse" et, en ce sens, il ne devrait nous occuper que trois heures par jour. Le reste du temps, nous pourrions le consacrer "à fainéanter et bombancer le reste de la journée et de la nuit". Pour le philosophe français (1842-1911), la paresse devrait alors être considérée comme la norme, un droit pour chacun d’user de sa propre personne à des fins désintéressées. "Au lieu de réagir contre cette aberration mentale, les prêtres, les économistes, les moralistes, ont sacro-sanctifié le travail", écrit encore Paul Lafargue. Dans cette lutte contre l'amour illusoire du travail et pour la reconnaissance du droit à la paresse, les machines seraient nos meilleurs alliés.

    Extrait de Le droit à la paresse de Paul Lafargue, paru en 1880 :

    Et cependant le génie des grands philosophes du capitalisme reste dominé par le préjugé du salariat, le pire des esclavages. Ils ne comprennent pas encore que la machine est le rédempteur de l'humanité, le Dieu qui rachètera l'homme des sordidæ artes et du travail salarié, le Dieu qui lui donnera des loisirs et la liberté.

    Parce que le travail est une morale d'esclave et l'oisiveté un fruit de la civilisation chez Russell

    Avez-vous déjà entendu un travailleur dire : "Je ne suis jamais aussi content que quand vient le matin et que je dois retourner à la besogne qui est la source de mon bonheur" ? Bertrand Russell (1872-1970) en doute fortement dans son essai Eloge de l’oisiveté. Les heures passées au prélassement sont pour lui les seuls véritables instants de bonheur. Il est indéniable pour le philosophe que l’oisiveté soit le fruit de la civilisation et de l’éducation. La morale du travail serait comme "une morale d’esclave", or "le monde moderne n’a nul besoin d’esclaves".

    Russell écrivait dans L'éloge de l'oisiveté, en 1932 :

    Si le salarié ordinaire travaillait quatre heures par jour, il y aurait assez de tout pour tout le monde, et pas de chômage (en supposant qu'on ait recours à un minimum d'organisation rationnelle). Cette idée choque les nantis parce qu'ils sont convaincus que les pauvres ne sauraient comment utiliser autant de loisir. [...] Le bon usage du loisir, il faut le reconnaître, est le produit de la civilisation et de l'éducation. Un homme qui a fait de longues journées de travail toute sa vie n'ennuiera s'il est soudain livré à l'oisiveté. Mais sans une somme considérable de loisir à sa disposition, un homme n'a pas accès à la plupart des meilleurs choses de la vie. Il n'y a plus aucune raison pour que la majeure partie de la population subisse cette privation ; seul un ascétisme irréfléchi, qui s'exerce généralement par procuration entretient notre obsession du travail excessif à présent que le besoin ne s'en fait plus sentir.

    Source

    Des bonus si vous n'avez pas trop de paresse pour lire smile

    https://vivre-en-resilience.com/2016/09/07/je-suis-un-faineant-ou-pas/

    http://www.philomag.com/lactu/breves/pourquoi-il-faut-etre-faineant-24884

     

     


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  • Il était une fois la vie au pays du progrès. On y inventait des machines à aller plus vite nulle part et à désirer l’indésirable. Les gens y vécurent de plus en plus vieux et eurent beaucoup de maladies…

    Même plus vrai !

    En 2015, l’espérance de vie a diminué de trois mois pour les hommes et de quatre mois pour les femmes. La faute à qui ? A la grippe et à la météo, dixit les experts officiels. Ouf.

    Pas d’inquiétude, donc. Sur le long terme, on vit de plus en plus longtemps… malades ! Ainsi, l’espérance de vie sans incapacité diminue depuis plusieurs années – 2006, si mes informations sont bonnes. Un progrès allant rarement seul, on est malade de plus en plus tôt.

    Des chiffres ? Puisqu’il faut tout mettre en chiffres, y compris nous-mêmes, allons-y gaiement. Le diabète et les maladies cardiovasculaires progressent cinq fois plus vite que la population. Et les cancers ? Quatre fois plus vite, avec une incidence chez les adolescent(e)s de + 1,5 % par an depuis 30 ans. De plus en plus vite nulle part ? Même plus vrai : de plus en plus vite dans le mur !

    Soyons optimistes : ce n’est qu’un début. Nous pouvons faire beaucoup mieux. Les générations nées à partir des années 1960 ont bénéficié, dès leur naissance, des pollutions tous azimuts, d’une alimentation appauvrie et de la sédentarité. Depuis le nouveau millénaire, les ondes nocives du progrès améliorent encore le désastre, faites excuse pour les oxymores des temps modernes – occis et morts en un seul mot, c’est un cauchemar. La synergie est parfaite, donc : les ondes pulvérisent la barrière protégeant le cerveau, la voie est libre pour les cocktails chimiques… Et les nanotechnologies ajoutent la touche finale. Du grand art.

    Au final, le marché de la maladie se porte à merveille. Une source de croissance durable bien de chez nous, enfin. Alors soyez patriotes ! Faites-vous dépister à coups de rayons X ! Vaccinez-vous aux métaux lourds ! Amalgamez vos chicots au mercure, rafistolez-vous en batterie, perfusez vos globules et, tant que vous y êtes, prothésez-vous du ciboulot ! Si vous êtes victime d’empoisonnement industriel, optez pour l’empoisonnement thérapeutique ! Suivez la progression de votre diabète et de vos métastases sur votre smartphone, prolongez votre espérance d’agonie et finissez vos jours entouré de machines à respirer, à digérer, à uriner…

    A ce rythme-là, il va devenir scabreux de se souhaiter une bonne santé. Personnellement, je le déconseille, sauf à être assuré en cas de procès pour vœu non exaucé. Mieux vaut prévenir. D’ailleurs, c’est ce qu’on nous répète : « On vous aura prévenus. » Respirer tue, alors inspirons un jour sur deux ou expirons, à nous de choisir.

    Mais il n’y a pas que l’espérance de vivre en bonne santé. Il y a l’espérance de vivre tout court, comme des vivants du genre humain, l’espérance de fleurir. La menace n’a jamais été aussi grande, de n’être plus que des ombres errantes, ni vraiment mortes, ni franchement vivantes. Exproprié(e)s de nos vies, dépouillé(e)s de notre autonomie, occupé(e)s à ne pas vivre vraiment, à ne pas habiter notre humanité, à laisser des machines décider à notre place… Nous inaugurons joyeusement l’ère des cyborgs post-humains.

    La joie, même la joie se retire de nos visages, de plus en plus, elle s’en va et le sens du sacré tout autant, le sacré quand la vie était un miracle, quand on pouvait encore se réjouir sans être saisi d’inquiétude. Ce châtaignier, là où je vis, vous le verriez, c’est un frère. Comment ne pas lui sourire et, dans le même instant, craindre pour lui et pour tant d’autres ?

    Mais voilà, il y a beaucoup plus important que la vie. Il y a les secondes que l’on gagne pour se rendre d’un non-lieu à un autre non-lieu. Ça vaut bien un aéroport ravageant des terroirs précieux et, au passage, le climat dont notre grand pays a fait la cause du siècle. Ça justifie un TGV détruisant des habitats et des paysages bouleversants de beauté. Nous sommes devenus si importants, nous et nos affaires à développer sans limites.

    L’état d’urgence est étendu. Il devient permanent. Pas l’urgence écologique, non, celle-là, c’est juste pour parader dans les grandes mascarades de la COP 21 et des campagnes électorales. L’urgence dont il est question ici est celle d’en finir avec la vie, le hasard, le don sans limite du vivant et, soyons fous, avec la mort. Comprenez bien : L’humanité est une bavure. Qu’elle soit obsolète, indésirable ou non rentable, elle doit dégager.

    Ainsi pourraient s’exprimer nos bons maîtres si, pour une fois, ils parlaient vrai :

    Demain sera parfait et vous aussi. Vos émotions, vos défaillances, ça commence à bien faire. La mort vous asticote ? Vos vies ne sont pas à la hauteur ? Place au pilotage universel. Plus rien ne doit échapper à la toute-puissance. Vous n’êtes pas conformes aux normes des intégristes de la machine ? Vous serez désintégré(e)s ! La déchéance physique vous guette ? Vous serez customisé(e)s en série, programmables et réparables à merci. Merci qui ? Merci la machine !

    Grâce à la machine, vos derniers restes d’humanité sont en voie d’éradication. Le transfert des données touche à sa fin. Votre restant de cerveau disponible est quasiment numérisé et votre code-barres génétique, sur le point d’être opérationnel. Alléluia !

    Grâce à la machine… Et grâce à vous. Vous êtes formidables, vraiment. Plus besoin de gardien du troupeau. Le gardien, c’est vous ! C’est une source d’économie et surtout, de consentement et donc, d’efficacité. D’après les derniers chiffres, le taux de pénétration des mouchards électroniques progresse comme jamais. Vous pouvez être fiers. Surtout, ne changez rien.

    Continuez à plébisciter vos camisoles numériques. Tout le monde doit tout savoir sur tout le monde. Exhibez-vous ! Twittez, selfiez, restez connectés. Internet et les data centers foutent en l’air le climat ? Connectez-vous pour vous indigner ! L’absurdité menace le cours de votre vie ? Exigez un GPS qui donne un sens à votre existence. Vous vous sentez l’âme d’un(e) rebelle ? Réclamez des smartphones sans antenne-relais près de chez vous ! Vous passez votre vie derrière des écrans ? Syndiquez-vous ! Le digital labour mérite reconnaissance et rémunération. Négociez un statut de larbin que l’on sonne avec treizième mois et réduction du forfait téléphonique.

    La planète sera intelligente ou ne sera pas. Il y va de l’optimisation du cheptel et de ses prothèses, de la bonne croissance des flux et du flicage participatif. Pas d’alternative au règne du calcul et de la marchandise. Point de salut en dehors du sacrifice au cyber-Dieu des machines. Tout doit passer par lui, désormais : vos liens avec les autres, vos gestes, votre parole ou ce qu’il en reste. Votre rapport sensible au monde, oubliez-le. Ce qui faisait la vie imprévisible, précieuse, habitée, remplacez-le par le non-espace, le non-temps, la non-vie. Scannez vos aliments et vous avec par la même occasion, évaluez-vous, équipez-vous d’urgence de la fourchette connectée et de la gamelle intelligente pour chat et chien 2.0…

    La déchéance de nationalité n’est finalement qu’une étape. Demain, c’est de l’humanité que nous serons déchu(e)s.

    Celles et ceux qui veulent nous transformer en machine sont clairement des ennemis. Nous ne sommes pas négociables. Nous ne le serons jamais.

    Ne laissons pas leur monde désherber nos vies. Plus que jamais, sauvons ce qui peut l’être : notre humanité, dans ce qu’elle a de plus vulnérable – ses limites et sa finitude – et de plus humble aussi – une espèce parmi d’autres espèces. Quitte à être des « chimpanzés du futur », protégeons les arbres qui nous protègent. Soyons des veilleurs de nos jours, des veilleuses dans nos nuits. Cherchons l’aube, interminablement.

    Source

     


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